DIVERTISSEMENT
07/04/2018 09:29 EDT | Actualisé 07/04/2018 09:29 EDT

Charles Lafortune n’abandonne pas le combat pour l'intégration des personnes handicapées

«J’aimerais que mon fils puisse réaliser sa vie d’autiste…»

Charles Lafortune est catégorique: «l'affaire Walmart» lui a fait prendre conscience que son prochain combat, la cause pour laquelle il se battra, sera celle de l'intégration en milieu de travail des personnes aux prises avec un handicap.

«Comme parents, on est toujours liés à la problématique de notre enfant. J'aimerais que mon fils puisse réaliser sa vie d'autiste...», a expliqué l'animateur de La voix, rencontré à TVA lors du dévoilement des nominations du 33e Gala Artis, mardi dernier.

Le vendredi 30 mars, Charles Lafortune – dont le fils de 16 ans, Mathis, est atteint du trouble du spectre de l'autisme -, s'est emporté contre Walmart, qui venait d'annoncer la fin de son programme aidant à l'embauche de personnes avec une déficience intellectuelle.

L'entreprise s'est depuis ravisée et a annoncé que les employés pénalisés par cette nouvelle mesure pourraient réintégrer leur poste, en demeurant toutefois vague sur les modalités concrètes de sa volte-face. Vendredi soir, Charles Lafortune est également revenu à la charge, sur Twitter, en déplorant que le mea-culpa de Walmart n'en est peut-être pas réellement un.

«Ce que je trouve le plus dommage là-dedans, c'est que Walmart a été un précurseur, là-dedans, dans l'intégration des gens différents», a glissé Charles Lafortune, mentionnant au passage que beaucoup de grandes entreprises, comme Jean Coutu, McDonald's ou Rona, pour ne nommer que celles-là, misent sur de tels programmes ou plateformes, sans que ça ne soit nécessairement publicisé.

«Moi, ce qui m'a fait le plus mal là-dedans, ce qui m'a fait réagir, c'était de voir des gens que ça faisait 5, 6, 7 ans [qui travaillaient chez Walmart], trisomiques, à qui on disait : «Tu ne peux plus venir travailler demain». J'imagine le parent qui doit expliquer [à son enfant] pourquoi il ne peut plus retourner là...»

«Ce n'est pas tellement pour le travail, c'est pour l'estime de soi, avoir un uniforme, avoir des collègues, faire partie du monde... Moi, probablement que mon fils ne pourrait même pas travailler dans un plateau comme ça, car son traumatisme est très sévère. Une personne de 35 ans, [qui avait un tel emploi], qui retourne à la maison, dont les parents ont 65 ans et qui se demande: «Qu'est-ce que je vais faire avec mon enfant...?» Oui, on peut les replacer ailleurs. Mais un autiste – ça fait partie de la problématique – a besoin d'un horaire. De le déplacer, comme ça, c'est très compliqué.»

«C'est pour ça que j'étais fâché et que j'ai dit que je n'irais plus [chez Walmart]. Je sais bien que le boycott, ça ne fonctionne jamais, mais s'il y a quelque chose de positif là-dedans, c'est qu'au moins, ç'a mis en lumière cette problématique-là, l'accession au travail, l'intégration des personnes différentes. Je ne pouvais pas ne pas le faire; moi, j'ai un fils qui est autiste non-verbal. Si, moi, je ne tape pas du pied, qui va le faire? Je ne suis pas le premier à monter aux barricades à chaque fois, pour tout et pour rien. Mais c'est une problématique que je connais à fond, depuis maintenant 16 ans. J'en connais six pieds, trois pouces, de cette problématique-là, donc je ne pouvais pas défendre Walmart face au monde qui souffre de trisomie...»

Cheval de bataille

Impliqué auprès de l'école À pas de géant – Giants Steps, une institution spécialisée accueillant des élèves âgés de 4 à 21 ans touchés par un trouble du spectre de l'autisme, Charles Lafortune compte approfondir son engagement dans les prochaines années, en approchant des personnes concernées ou en démarrant des projets. Il doit encore cogiter à la nature de l'aide qu'il peut apporter, mais il a bien senti, la semaine dernière, que les Québécois l'appuyaient dans sa protestation.

«Ça m'a vraiment fait prendre conscience que mon prochain combat, ce sera celui de l'intégration dans les milieux de travail», confirme le producteur de Victor Lessard, Au suivant et L'Indice McSween.

Charles Lafortune sera par ailleurs toujours aux commandes de Lâchés lousses, dont la reconduction à l'antenne de TVA a été confirmée pour l'automne prochain. Finaliste au Gala Artis pour son animation de la présente saison de La voix, dans la catégorie Animateur / Animatrice – Émissions de variétés ou de divertissement, l'artiste perçoit cet honneur comme une énième caresse de la part du public.

«Même si ça peut paraître cliché de dire ça, a-t-il spécifié. C'est l'impression, avec les années, de faire partie de la famille québécoise, comme un cousin ou un oncle...»

Charles Lafortune cumule plus d'une vingtaine de nominations en carrière au Gala Artis et a remporté presque autant de trophées.