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07/04/2018 08:57 EDT | Actualisé 07/04/2018 11:03 EDT

L'ex-président brésilien Lula réapparaît avant sa probable incarcération

Il ne s'est pas rendu à la police au moment convenu.

L'ex-président brésilien Lula a quitté samedi matin les locaux d'un syndicat dans lequel il était retranché depuis deux jours pour assister à une messe à la mémoire de son épouse et probablement ensuite se livrer aux autorités pour purger une lourde peine de prison.

Luiz Inacio Lula da Silva et ses avocats ont négocié vendredi avec les autorités les conditions de l'arrestation du grand favori de l'élection présidentielle d'octobre. Celui-ci ne s'était pas rendu à la police fédérale de Curitiba (sud), comme le lui avait demandé la justice.

Les commentateurs s'attendaient à voir Lula se rendre peu après la messe catholique, mettant fin à une séquence de deux jours lors desquels il a défié la justice en restant retranché avec quelques milliers de sympathisants au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, dans la ceinture industrielle de Sao Paulo (sud).

Condamné à 12 ans et un mois de prison pour corruption et blanchiment d'argent, la figure emblématique de la gauche brésilienne devait ensuite être amenée à 400 km de là, dans une cellule de moins de 15 m2 de la ville de Curitiba (sud). Ses avocats ont perdu samedi un énième recours présenté devant la Cour suprême, selon la presse.

Lula est apparu en T-shirt et jean sur la plateforme d'un camion près du prêtre qui devait célébrer l'office catholique, devant des milliers de sympathisants remontés à bloc.

Le septuagénaire est apparu le poing levé, toujours apparemment combatif mais aussi visiblement très ému à la mention du nom de sa femme.

Une foule de sympathisants de gauche criait "Lula, ne te livre pas!". Puis des militants se sont mis à crier: "Lula je t'aime", en formant un coeur avec leurs mains. Beaucoup pleuraient.

"C'est les funérailles du pays. Ils ont mis en lambeaux la démocratie, ceci est une persécution politique", a déclaré à l'AFP Suzet Santos, créatrice d'une micro-entreprise et dont les trois enfants ont pu faire des études supérieures grâce aux programmes de bourses instaurés sous la présidence Lula (2003-2010).

Les autorités étaient visiblement soucieuses que l'incarcération de celui qui fut deux fois président d'un Brésil accédant à la croissance et à la reconnaissance internationale se fasse à la fois sans violence et le plus dignement possible.

L'épouse de Lula, Marisa Leticia, décédée en février 2017, aurait eu 68 ans ce samedi. Elle a été mise en cause pour l'octroi du triplex en bord de mer de la part d'une entreprise de construction qui a valu à Lula sa lourde condamnation. Cet appartement aurait été donné en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics.

Lula, qui a toujours nié farouchement sa culpabilité, avait souhaité à la mort de sa compagne de toute une vie de militantisme, également mère de ses trois enfants, que "les criminels qui ont accusé Marisa à la légère aient un jour l'humilité de demander pardon".

L'office catholique se déroulait au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, que Lula a dirigé dans les années 70, sous la dictature militaire. C'est là qu'a démarré la formidable ascension de ce leader combatif, aussi adoré que détesté par les Brésiliens, et dont la politique a été toute la vie.

"A l'écart des autres prisonniers"

S'il est arrêté dès samedi, Lula se retrouvera dans une cellule d'à peine quinze mètres carrés avec toilettes et douche privatives, au siège de la Police fédérale de Curitiba (sud), à priori avant un transfèrement.

Le juge anticorruption Sergio Moro a expliqué que la cellule avait été spécialement prévue en raison du statut d'ex-chef d'Etat de Lula, "à l'écart des autres prisonniers, sans aucun risque pour son intégrité morale ou physique", dans un pays tristement célèbre pour les violences liées à sa surpopulation carcérale.

Le juge Moro est le grand ordonnateur de l'enquête tentaculaire "Lavage express" autour du groupe Petrobras et c'est lui qui a condamné en première instance l'icône de la gauche.

Lula "a été condamné pour blanchiment d'argent et corruption. Il faut exécuter la sentence", a déclaré le juge vendredi à la chaîne de télévision chinoise CGTN, "je ne vois aucune raison spécifique de la reporter".

A Curitiba, des anti-Lula se trouvaient devant le siège de la police fédérale, anticipant une arrivée de Lula.

Luciano Aparecido Gimenes, enseignant, a indiqué à l'AFP "espérer qu'il soit prisonnier". "C'est une honte, pas seulement lui, mais tout ceux qui sont corrompus et restent impunis doivent être incarcérés", a-t-il dit.

Même en prison, Lula pourrait toutefois techniquement s'enregistrer comme candidat à la présidentielle d'octobre. C'est la justice électorale qui trancherait in fine sur l'éligiblité de celui qui a près de 20 points d'avance dans les intentions de vote sur son suivant immédiat.