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06/04/2018 16:40 EDT | Actualisé 06/04/2018 21:41 EDT

Au Brésil, Lula retranché négocie les conditions de son arrestation

Il était censé se rendre au siège de la police fédérale de Curitiba à 17h.

Bloomberg via Getty Images

L'ex-président brésilien Lula, retranché au siège d'un syndicat entouré de milliers de partisans fervents, négociait vendredi soir avec la police les conditions de son arrestation avant de commencer à purger une peine de 12 années de prison pour corruption.

En tête des intentions de vote pour la présidentielle d'octobre, Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, était censé se rendre au siège de la police fédérale de Curitiba (sud) à 17h00 heure locale.

Mais à l'expiration de ce délai, il se trouvait à plus de 400 km de là, au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, près de Sao Paulo, qu'il a dirigé dans les années 1970, pendant la dictature militaire.

"Une discussion est en cours entre la police et les avocats de l'ex-président. L'idée est d'éviter que le juge ordonne son arrestation, ce qui compliquerait la situation. Rien n'est joué pour l'instant", a déclaré à l'AFP un député du Parti des Travailleurs (PT), Carlos Zarattini.

Jeudi soir, son ennemi intime, le juge anticorruption Sergio Moro, en poste à Curitiba, a pris tout le monde de court avec l'émission d'un mandat de dépôt, que la plupart des observateurs n'attendaient que pour la semaine prochaine.

Une porte-parole de la justice fédérale a indiqué à l'AFP que Lula ne pouvait pas être considéré comme un fugitif, n'ayant pas "désobéi à un ordre judiciaire". Elle a souligné que le mandat de dépôt stipulait que le juge lui avait donné une "opportunité" de se présenter sans être arrêté.

Le député Zé Geraldo du PT fondé par Lula dans les années 1980, a affirmé à l'AFP que l'ex-président avait l'intention de passer la nuit au siège du syndicat, où il se trouve déjà depuis jeudi soir.

"C'est décidé", a-t-il expliqué. "Lula n'ira pas à Curitiba. Nous allons passer la nuit ici. Il y a même tout un programme prévu demain (samedi), y compris une messe" en hommage à sa défunte épouse Marisa, décédée en février 2017.

Lula aurait manifesté l'intention de se présenter aux autorités à l'issue de cette célébration prévue à 9H30, selon le site du journal Estado de S. Paulo.

- Marée humaine -

Ses avocats, qui ont présenté sans succès vendredi un énième recours devant le Tribunal supérieur de justice (STJ), se sont ensuite tournés vers la Cour suprême (STF) pour une ultime requête toujours en cours d'examen. C'est cette même instance qui a refusé mercredi à Lula l'"habeas corpus" qui lui aurait permis de rester en liberté jusqu'à l'épuisement des recours.

Sa défense a également sollicité l'intervention de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU pour qu'elle fasse pression sur Brasilia afin d'empêcher son incarcération.

"Cette incarcération est illégale. S'ils veulent l'arrêter, qu'ils viennent ici. Ce sera comme à l'époque de la dictature, avec une marée humaine devant la police", a assuré Lindbergh Farias, un sénateur du PT, présent au siège du syndicat des métallurgistes, où les discours enflammés pro-Lula se sont succédé toute l'après-midi.

"Lula doit résister jusqu'à la fin. Il ne s'enfuira pas et le peuple ne le livrera pas. Nous allons bloquer les rues, rester devant la porte et nous affronter à la police", a affirmé à l'AFP Adimir José da Silva, 57 ans, un membre du syndicat des cheminots ABC.

Une manifestation pro-Lula a rassemblé également plusieurs centaines de personnes dans le centre de Rio de Janeiro.

- Nettoyage complet-

Le camp opposé à l'icône de la gauche s'est également mobilisé, mais plus faiblement. À Curitiba, quelques dizaines de manifestants se sont rassemblés au siège de la police fédérale où l'ancien chef de l'Etat aurait dû se présenter, arborant les couleurs jaune et verte du drapeau du Brésil et chantant l'hymne national.

Peu avant 17h00, plusieurs d'entre eux ont entonné un compte à rebours, avant de s'écrier, à l'heure exacte : "Lula fugitif!"

"Je veux que Lula aille en prison, nous voulons un avenir meilleur. Je veux un nettoyage complet de tous les corrompus", a affirmé Maura Moraes de Oliveira, femme de ménage de 51 ans.

Ancien métallo ayant connu une fabuleuse ascension jusqu'à la présidence du Brésil, Lula a été condamné pour avoir reçu un triplex en bord de mer de la part d'une entreprise du BTP en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics.

Le poids lourd de la gauche au bord du KO, également sous le coup de six autres procédures judiciaires, nie farouchement ces accusations, invoquant l'absence de preuves et dénonçant un complot visant à l'empêcher de se présenter à la présidentielle.

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