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05/04/2018 05:44 EDT | Actualisé 05/04/2018 05:44 EDT

Les malades attendent «inutilement» plus d'un an pour avoir accès à de nouveaux médicaments, estime l'IEDM

Et les délais risquent de s'allonger en raison d'une nouvelle réforme.

outline205 via Getty Images

Entre le moment où un nouveau médicament est approuvé par Santé Canada et celui où il est remboursé par les régimes provinciaux d'assurance médicaments, le délai moyen est de 15 mois. Une «course à obstacles» qui a des répercussions sérieuses sur la santé des patients et qui s'apprête à devenir encore plus complexe, déplore l'Institut économique de Montréal (IEDM) dans une note publiée jeudi.

L'économiste Mathieu Bédard, de l'IEDM, s'est penché sur «la longue marche réglementaire» que doit franchir un nouveau médicament avant d'être couvert par un assureur public comme la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

Une fois qu'un médicament reçoit l'avis de conformité de Santé Canada, il doit être étudié par le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB), un organisme fédéral dont la mission est de fixer un prix maximal auquel il pourra être vendu en fonction de son degré d'innovation.

Des agences provinciales se chargent ensuite d'évaluer le médicament et de recommander (ou non) son remboursement. Au Québec, c'est l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) qui se charge de cette tâche.

Même si l'INESSS recommande au ministre de la Santé d'inscrire un traitement sur la liste des médicaments remboursés, l'affaire est loin d'être dans le sac.

Quinze mois, quand on est malade, c'est une éternité!Mathieu Bédard

Les provinces doivent ensuite négocier ensemble les prix avec le fabricant par l'entremise de l'Alliance pancanadienne pharmaceutique. «C'est l'étape la plus longue; ça peut prendre plusieurs mois», explique Mathieu Bédard. Ce n'est qu'une fois que cette négociation s'est conclue que le ministre de la Santé Gaétan Barrette décide si le médicament sera remboursé par la RAMQ. D'un bout à l'autre, le processus a pris en moyenne 450 jours en 2015-2016.

«Quinze mois, quand on est malade, c'est une éternité!» martèle M. Bédard.

Des conséquences désastreuses

En plus d'ajouter des délais que l'IEDM qualifie d'«injustifiables», le processus d'évaluation économique prive parfois les malades canadiens d'un médicament innovant disponible ailleurs dans le monde.

«Si on regarde le délai médian, les médicaments sont soumis à Santé Canada six mois plus tard qu'aux autres marchés», explique Mathieu Bédard. L'économiste explique que le fardeau réglementaire important au Canada fait en sorte que les fabricants préfèrent explorer d'autres marchés en priorité. «Le Canada est un petit marché. Si on augmente le fardeau réglementaire, ça peut très vite décourager les fabricants», met en garde M. Bédard.

Un problème qui pourrait s'accentuer avec une réforme prévue du rôle du CEPMB, qui étendra ses pouvoirs, quitte à dupliquer le travail d'agences provinciales comme l'INESSS. Dans une lettre ouverte publiée dans La Presse+, Mélanie Bourassa Forcier, professeure agrégée à l'Université de Sherbrooke et spécialiste des politiques de la santé, concédait récemment que la réforme contribuera probablement à faire baisser le prix de certains médicaments.

Mais la baisse des prix est-elle une fin en soi? Pas nécessairement, soutient Mathieu Bédard. L'économiste rappelle que ces médicaments, même s'ils sont parfois coûteux, permettent à l'État d'économiser des sommes considérables ailleurs dans le système de santé, en évitant par exemple des hospitalisations prolongées.

Il est catégorique: «Il ne faut pas augmenter le rôle du CEPBM. Dupliquer ce que font d'autres agences, ça me semble inutile. Ça va alourdir le processus et le gain pour les malades est inexistant.»

Le modèle allemand

Pour l'IEDM, une refonte du processus s'impose. Mathieu Bédard cite en exemple l'Allemagne, où les médicaments sont remboursés dès leur approbation par les autorités sanitaires. «Les évaluations économiques ne débutent qu'un an après leur mise en marché. Le gouvernement décide ensuite si le médicament doit continuer à être remboursé, et à quel prix», explique l'économiste.

Pour éviter une explosion des coûts, chaque médecin dispose d'un budget en fonction de sa spécialité et des dépenses des années précédentes. C'est donc dire que si le coût d'un médicament est exorbitant, les médecins ne le prescrivent qu'en cas d'extrême nécessité.

«Des études démontrent qu'il n'y a pas plus de médicaments coûteux qui sont prescrits en Allemagne avec ce système-là. Il n'y a pas de free for all», assure l'économiste. «On fait beaucoup plus confiance aux professionnels de la santé et les patients ont accès aux médicaments plus rapidement.»

«Si on peut trouver des moyens de s'inspirer de ce qui se fait ailleurs pour améliorer la vie des malades, il faut le faire. C'est une question de respect», conclut-il.

Contacté par le HuffPost Québec, le CEPMB a affirmé que la réforme était une initiative de Santé Canada, qui n'était pas en mesure de répondre à nos questions immédiatement. La Régie de l'assurance maladie du Québec nous a redirigé vers l'INESSS, qui, au moment de mettre en ligne, n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue.