POLITIQUE
04/04/2018 21:35 EDT | Actualisé 04/04/2018 21:35 EDT

Mères porteuses payées: la réflexion est nécessaire, selon Justin Trudeau

«C'est une réflexion que nous devons avoir en tant que société»

FatCamera via Getty Images

Le premier ministre Justin Trudeau estime que le débat sur le paiement des mères porteuses est incontournable. «C'est une réflexion que nous devons avoir en tant que société», a-t-il déclaré mercredi après-midi, s'exprimant pour la première fois sur ce sujet controversé.

La semaine dernière, un député libéral d'arrière-ban a annoncé son intention de déposer un projet de loi qui rendrait légal de payer des femmes pour qu'elles portent les enfants des autres et pour qu'elles fassent des dons d'ovules. Une loi adoptée en 2004 interdit de rémunérer ces pratiques qui ne sont permises au Canada que lorsqu'elles sont gratuites.

Depuis la sortie du député Anthony Housefather, l'initiative a été dénoncée par des groupes féministes et au moins une députée libérale. Toutes se sont inquiétées de l'instrumentalisation et du marchandage qu'on ferait ainsi du corps des femmes.

«Ce n'est pas une situation facile. C'est une situation complexe. Mais c'est quelque chose sur lequel il va falloir qu'on se penche», a répondu M. Trudeau. Le premier ministre a répété à quelques reprises que c'est «un enjeu difficile mais important».

Puis, il a donné des raisons à son député Housefather d'espérer.

«C'est un enjeu qui va certainement susciter de grandes émotions et des opinions fortes et en tant que gouvernement, nous allons respecter, nous allons écouter, nous allons essayer de trouver la meilleure façon d'aller de l'avant», a-t-il encore dit lors d'un point de presse au foyer de la Chambre des Communes.

Des critiques prudentes

Les femmes qui siègent au conseil des ministres du gouvernement Trudeau semblent divisées sur le sujet.

Celles qui appuient l'initiative du député Anthony Housefather, comme Carolyn Bennett, applaudissent sans hésiter. «J'ai toujours pensé que de criminaliser à nouveau les corps des femmes était une erreur», a dit la ministre Bennett qui siégeait au Parlement, dans un gouvernement libéral, en 2004.

Tandis que celles qui se montrent critiques s'expriment avec prudence.

«Quand on parle de payer pour le service, c'est toute une question d'éthique. J'ai besoin de plus de temps pour réfléchir à la question, puis en discuter avec mes collègues avant de me faire une opinion là-dessus», offrait Marie-Claude Bibeau, mardi de la semaine dernière.

Deux jours plus tard, sa collègue ministre du Travail allait plus loin. «Il peut toujours y avoir un risque, quand les services sont payés, que certaines gens qui sont dans le besoin soient tentées d'offrir ces services», s'est inquiétée Patty Hajdu, citant son expérience professionnelle passée auprès de populations vulnérables.

L'élue libérale qui a parlé le plus fort — la députée Hedy Fry, invoquant «pente glissante» et des «relents de la Servante écarlate» — a semblé s'être fait rappeler à l'ordre. Son bureau a envoyé un courriel à La Presse canadienne où on affirme que la députée «est en faveur de la décriminalisation» des mères porteuses, ce que le projet de loi de M. Housefather propose.

Et ce n'est pas non plus la ministre de la Condition féminine qui contredira le député Housefather. «C'est une conversation opportune, a dit Maryam Monsef, jeudi. La nature des familles, la réalité des familles changent.» La ministre reprend ainsi un des arguments du député Housefather.

«Il faut revenir sur les conclusions de 2004. Nous sommes 14 ans plus tard. Les moeurs au Canada ont changé», disait M. Housefather la semaine dernière. «Les personnes qui étaient des parents gais n'étaient pas à la table (en 2004) pour décider quoi faire», selon lui.

La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, s'est déjà dite «ouverte». Mélanie Joly s'est dite «ouverte sur le principe, tout à fait». La ministre Joly attend tout de même de lire le projet de loi sur ce «sujet qui (la) passionne» avant d'avoir une opinion définitive.

Mauvaises comparaisons?

En 2004, un des arguments avancés pour rendre illégale la rémunération suivait la même logique que l'interdiction de payer pour un don de rein ou de sang. Il fallait éviter que des personnes vulnérables ne vendent du tissu humain par nécessité.

Le député Housefather et ses alliés rejettent toute comparaison.

«Quand vous parlez du nombre d'ovules qu'une femme peut avoir au courant d'une vie, je ne considère pas que ça se compare à acheter un des deux seuls reins que vous avez dans votre corps», a argué M. Housefather. Quant à qualifier le paiement de mères porteuses de location d'utérus de femmes vulnérables ou pauvres, encore là, M. Housefather se braque. «Une femme doit avoir le droit de (prendre) sa propre décision. (...) Ce n'est pas juste les femmes riches qui devraient avoir le droit de choisir d'être mères porteuses.»

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