POLITIQUE
04/04/2018 20:16 EDT | Actualisé 04/04/2018 20:16 EDT

Des militants du Bloc québécois veulent «refonder» leur parti

On efface tout et on recommence?

LA PRESSE CANADIENNE

QUÉBEC – À quelques semaines d'un conseil général du Bloc québécois pour déterminer les modalités du référendum sur le leadership de la chef Martine Ouellet et la mission du parti, des militants proposent la «refondation» pure et simple de la formation politique.

Le HuffPost Québec a obtenu la copie d'une ébauche d'un plan pour tenir une autre course à la direction, un vote préférentiel pour un nouveau nom de parti et l'adoption d'une nouvelle plateforme d'ici le mois de décembre 2018. Mais pas question de faire de compromis sur l'indépendance du Québec ni sur la langue française, nous dit-on en coulisses.

Les membres de tous les partis et organisations indépendantistes, ainsi que les sept députés démissionnaires, seraient invités à participer à la nouvelle mouture du Bloc québécois.

La proposition, en bref :

  • Congrès national extraordinaire en juin pour déterminer les modalités
  • Mise à zéro de la plateforme et des statuts
  • Pause pendant la campagne électorale au Québec
  • Course à la direction pendant deux mois
  • Grand congrès de fondation au début du mois de décembre pour l'adoption de la plateforme, le vote pour la chefferie et le vote pour le nouveau nom

«Nous devons transformer la crise actuelle en opportunité de renouveler de fond en comble le mouvement indépendantiste de la scène fédérale, peut-on lire dans le document. À travers ce processus de refondation (...) nous pourrons vivre un incroyable exercice de travail commun.»

Selon nos informations, il s'agit d'une initiative de la présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois et ancienne attachée de presse de la chef bloquiste, Camille Goyette-Gingras, qui a récemment pris ses distances de Mme Ouellet dans la foulée de la crise. L'idée de refonder le Bloc fait son chemin parmi les militants depuis deux semaines environ.

Elle avait publié une réflexion sur les réseaux sociaux, dans les derniers jours, où elle se disait nostalgique du temps où le caucus du Bloc était soudé. «Récemment, j'ai eu une idée, écrivait-elle. J'en discute un peu autour de moi et je suis contente de voir qu'elle redonne une petite étoile dans les yeux. On verra bien ce que ça donne.»

La V-P du Bloc en accord

La vice-présidente du Bureau national du Bloc, Kédina Fleury-Samson, dit qu'elle a déjà soulevé l'idée de la refondation du parti dans le passé. Même si elle a défendu Mme Ouellet sur toutes les tribunes depuis le début de la crise, elle trouve que le plan mis de l'avant par Mme Goyette-Gingras est une «bonne alternative» à la crise qui subsiste.

«Ma foi, profitons de l'opportunité! On peut soit se dire "Mon dieu, ça n'a pas de bon sens. Le Bloc est mort!" et alimenter le cynisme. On peut aussi être audacieux et créatifs et utiliser ça comme propulsion pour l'émergence de quelque chose de fichtrement plus adapté et collé à notre actualité politique.»

Le Bureau national du Bloc avait pourtant mis de l'avant l'idée d'un référendum, d'abord sur la mission du parti, puis sur le leadership de Mme Ouellet. Les modalités doivent être entérinées par les délégués du conseil général le 29 avril à Drummondville.

J'ai l'impression que la poussière est retombée.Jocelyn Beaudoin

Le scrutin se tiendrait ensuite les 1er et 2 juin. Puis, le résultat serait dévoilé le 3 juin. Mme Ouellet a déjà indiqué qu'elle resterait elle obtenait une majorité simple de la part des membres (50% + 1 des voix).

Le président de l'association bloquiste de Shefford, Jocelyn Beaudoin, penche plutôt pour cette option, même s'il considère l'option de refonder le parti comme «assez intéressante».

Dans tous les cas, il croit que les délégués seront capables de tenir un «débat serein» sur la question. «J'ai l'impression que la poussière est retombée, dit-il en entrevue. Les émotions se sont calmées un peu et avec moins d'émotions, parfois, on réfléchit mieux.»

Le groupe des 7 n'y sera pas

Une source proche des sept députés démissionnaires a confirmé qu'ils ne comptent pas être présents lors du conseil général à Drummondville. Au moment de publier, ils n'avaient pas non plus réagi à la proposition de refondation du parti.

D'autres propositions pourraient être amenées sur le plancher ce jour-là cependant. Des délégués pourraient demander de tenir un vote de confiance au conseil général et non au mois de juin, tel que proposé.

Si la «refondation» du parti va de l'avant, il n'est pas exclu que Mme Ouellet se présente à sa propre succession.