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02/04/2018 11:07 EDT | Actualisé 02/04/2018 11:07 EDT

Une forte demande pour les services de transports réservés aux femmes

Devant le refus d'Uber et Lyft pour lancer des alternatives, des femmes ont pris les choses en main.

Aisha Addo, fondatrice du service torontois DriveHer.
La Presse canadienne/Chris Young
Aisha Addo, fondatrice du service torontois DriveHer.

Les femmes derrière le nombre croissant de services de transports réservés exclusivement aux femmes affirment que les obstacles auxquels elles se heurtent démontrent clairement pourquoi ils sont nécessaires.

De Halifax à Vancouver, des femmes ont essayé de lancer des alternatives entièrement féminines à des géants comme Uber et Lyft, mais la plupart d'entre elles se sont frappées à des barrières allant des règles municipales aux attitudes de la société.

Les fondatrices de la poignée de services qui sont actuellement sur les routes affirment qu'elles sont incapables de répondre à la demande de femmes qui recherchent une plus grande sécurité pendant leurs déplacements quotidiens.

Elles expliquent qu'il n'est pas rare pour les femmes de se sentir inconfortables quand elles doivent partager un véhicule avec un inconnu. De récents incidents d'agressions sexuelles alléguées impliquant des conducteurs ajoutent encore plus d'urgence à la nécessité d'offrir une alternative.

Un service de transports réservé aux femmes a récemment démarré à Toronto. Des efforts sont déployés dans au moins trois autres villes pour y lancer un tel service ou accroître la portée de services existants.

Les entrepreneures promettent de ne pas baisser les bras face à la résistance des dirigeants municipaux ou même des résidants.

Le simple fait que vous ayez un problème avec ce qu'on fait (...) prouve qu'on ne peut rien avoir pour nous-mêmes sans qu'on nous humilie.

«Le simple fait que vous ayez un problème avec ce qu'on fait (...) prouve qu'on ne peut rien avoir pour nous-mêmes sans qu'on nous humilie», a dit Aisha Addo, la fondatrice du service torontois DriveHer.

Mme Addo dit avoir eu cette idée quand elle s'est retrouvée seule avec un chauffeur de taxi qui la conduisait vers une banlieue à l'ouest de Toronto. Le chauffeur aurait commencé à lui poser des questions de plus en plus personnelles, même quand elle a appelé une amie pour tenter de changer le sujet.

Elle a demandé au chauffeur de la déposer à quelques coins de rue de chez elle et elle est arrivée saine et sauve, mais son expérience lui a démontré que les femmes ont besoin de nouvelles alternatives.

Plus d'une centaine de conductrices ont demandé à rejoindre les rangs de DriveHer, et la réponse des passagères a été estomaquante — l'application pour Android et iOS a été téléchargée plus de 3000 fois en seulement deux semaines.

Cet accueil chaleureux diffère grandement de la réception glaciale réservée à son projet par les autorités.

Le plus grand défi, a dit Mme Addo, a été de convaincre les gens que DriveHer n'est pas discriminatoire, et elle a dû embaucher une avocate spécialiste des droits de la personne pour convaincre les dirigeants municipaux. Cette avocate, Saron Gebresellassi, a notamment rappelé que Toronto offre une multitude de services réservés aux femmes, comme des refuges.

Mme Addo a aussi dû composer avec des hommes qui prétendent que DriverHer porte atteinte à leurs droits, ce que réfute immédiatement l'avocate torontoise et militante des droits des femmes Marcy Segal.

«Il n'y a aucun préjudice pour les hommes», a-t-elle dit, en comparant le tout aux salles de bain réservées aux femmes.

«Ils (les hommes) ne seront pas laissés à eux-mêmes, a-t-elle ajouté. Ils ont d'autres alternatives pour se déplacer (...) On ne persécute pas les hommes en leur refusant ce service de taxi.»

Les conductrices de DriveHer ont l'entière liberté d'accepter des clients masculins ou de les référer à des alternatives comme Uber ou un taxi traditionnel.

Les mesures mises en place dans certaines villes (comme des wagons de métro réservés aux femmes) pour offrir une plus grande sécurité aux passagères ne font toutefois pas l'unanimité. On craint par exemple que les victimes d'agressions sexuelles ne soient blâmées pour avoir utilisé des services habituels au lieu de ceux réservés aux femmes.

Julie Lalonde, la directrice du groupe anti-harcèlement Hollaback à Ottawa, croit qu'il y a de la place pour les deux options.

La Presse canadienne/Frank Gunn
Julie Lalonde

«Les femmes devraient pouvoir choisir ce qui les fait sentir le plus en sécurité, et donc pour moi des services comme DriveHer sont une solution à court terme, a-t-elle dit. Mais je suis intéressée par ces initiatives à long terme pour assurer que tous les moyens de transport sont sécuritaires pour tout le monde.»

À Kitchener, en Ontario, le service CabShe a cessé ses activités en raison de problèmes avec les permis municipaux. L'entreprise assure sur Facebook qu'elle s'affaire à régler le tout.

Les résidantes de l'île de Vancouver pourraient bientôt avoir accès à leur propre service si trois entrepreneures obtiennent les autorisations nécessaires.

Ailleurs, Ikwe Safe Ride offre un service à l'intention des femmes et des enfants autochtones de Winnipeg, et depuis juin 2017, Lady DriveHer fait des affaires d'or à Halifax.

La fondatrice de Lady DriveHer, Crissy McDow, explique que les règlements municipaux l'empêchent de couvrir toute la ville, mais elle et ses 11 conductrices travaillent à temps plein à transporter des femmes entre la ville et l'aéroport. Elle dit que «ses dames», qui sont 15 fois moins nombreuses que les hommes, doivent maintenant affronter l'intimidation et même le sabotage de ceux avec qui elles partageaient paisiblement la route jusqu'à présent.

Malgré tout, Mme McDow assure qu'elle ne suffit pas à répondre à la demande, aussi bien d'hommes que de femmes, ce qui la rend plus déterminée que jamais à propager son service dès que possible.

«Je pense qu'il est temps que le public apprenne qu'il y a des femmes dans une industrie dominée par les hommes, a-t-elle dit. Maintenant vous avez un choix.»