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29/03/2018 06:48 EDT | Actualisé 29/03/2018 06:49 EDT

Aymen Derbali, le héros de la Grande Mosquée, espère que le deuil sera désormais moins difficile

«Je ne sais pas comment qualifier son geste. Si on ne peut pas dire un geste terroriste, c'est un geste islamophobe»

ALICE CHICHE via Getty Images

La dernière fois qu'Aymen Derbali avait vu Alexandre Bissonnette, le tireur de la Grande Mosquée de Québec pointait une arme en direction de sa tête.

Les événements qui ont suivi ont fait d'Alexandre Bissonnette un tueur de masse et d'Aymen Derbali un héros pour s'être tenu debout dans la ligne de tir du tueur.

Aymen Derbali, aujourd'hui confiné à un fauteuil roulant, était présent au tribunal, mercredi, pour entendre le plaidoyer de culpabilité enregistré par Alexandre Bissonnette sur les six chefs d'accusation de meurtre au premier degré et sur les six chefs d'accusation de tentative de meurtre relativement à l'attentat du 29 janvier 2017.

Le survivant, qui n'avait pas assisté aux autres procédures en cour, a dit avoir eu quelques souvenirs, mais pas de grande vague d'émotion au moment de revoir l'auteur du massacre.

«Je me suis senti normal. Au premier regard, j'ai été vraiment convaincu que c'était le même visage que j'ai vu (ce jour-là) en face de moi», a confié M. Derbali en entrevue au centre de réadaptation où il suit des traitements.

ALICE CHICHE via Getty Images
Aymen Derbali

Aymen Derbali se dit content de la décision d'Alexandre Bissonnette de plaider coupable parce qu'il croit que cela peut aider les victimes à compléter leur processus de deuil. Il met cependant en doute la sincérité du tueur qui a clamé qu'il n'était ni islamophobe ni terroriste dans sa courte déclaration à la cour.

«Je ne sais pas comment qualifier son geste. Si on ne peut pas dire un geste terroriste, c'est un geste islamophobe», a-t-il dit.

«Il s'est entraîné sur les armes, il a prémédité son geste, il est allé à la mosquée plusieurs fois, il a fait beaucoup de repérage et il est passé à l'action», énumère le survivant.

Est-ce que le fait d'avoir passé une année en prison, ça lui a fait changer ses avis? Ça, je ne peux pas savoir.Aymen Derbali

Sa décision de passer à l'action le 29 janvier, selon M. Derbali, démontre clairement qu'il voulait tuer des musulmans et en abattre le plus possible.

«Est-ce que le fait d'avoir passé une année en prison, ça lui a fait changer ses avis? Ça, je ne peux pas savoir», a ajouté M. Derbali.

Alors que les émotions liées à la tragédie demeurent très vives pour la communauté musulmane de Québec, Aymen Derbali dit aller de l'avant.

Son état s'améliore lentement et il espère pouvoir quitter le centre de réadaptation au cours de l'été.

Éventuellement, son épouse, leurs trois enfants et lui-même vont pouvoir emménager dans une maison adaptée qui lui a été offerte grâce aux dons amassés lors d'une campagne de sociofinancement sur internet.

La campagne orchestrée par une organisation musulmane en décembre a dépassé son objectif de 400 000 $ en février.

Bien qu'il dise regarder de l'avant, Aymen Derbali ne sait pas trop quoi penser de la demande de pardon formulée par Alexandre Bissonnette en cour.

Il dit avoir besoin de temps pour y réfléchir.

«Lorsque je serai convaincu qu'il regrette vraiment, là je pourrai (pardonner). Je n'ai pas de rancoeur», mentionne celui qui s'est tenu debout pour faire face au meurtrier.