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28/03/2018 09:55 EDT | Actualisé 28/03/2018 16:40 EDT

Tuerie à la mosquée de Québec: Alexandre Bissonnette se ravise et plaide coupable

Il est passible de 150 ans de prison.

Dans une salle de cour où les émotions étaient à fleur de peau, Alexandre Bissonnette a demandé pardon pour avoir ouvert le feu dans la Grande Mosquée de Québec en janvier 2017, tuant six hommes et faisant plusieurs blessés. "J'ai été emporté par la peur, par la pensée négative et une sorte de forme horrible de désespoir", a déclaré le jeune homme, mercredi, pendant que les veuves des victimes sanglotaient.

Il a finalement plaidé coupable aux six accusations de meurtre au premier degré et de six tentatives de meurtre avec une arme à autorisation restreinte. Cette décision en a surpris plusieurs, dont le juge du procès, car il avait d'abord enregistré lundi matin des plaidoyers de non-culpabilité.

Ce changement de cap de dernière minute fait en sorte qu'il n'y aura pas de procès.

Et ses conséquences sont lourdes: le jeune homme de 28 ans est passible d'une peine de 150 ans de prison.

Alexandre Bissonnette a tenu à lire mercredi en cour une déclaration qu'il avait écrite au préalable.

"À chaque minute de mon existence je regrette amèrement ce que j'ai fait, les vies que j'ai détruites, la peine et la douleur immense que j'ai causées à tant de personnes, sans oublier les membres de ma propre famille, a-t-il lu. J'ai honte. Honte de ce que j'ai fait."

D'un ton calme et posé, il a dit ne pas savoir pourquoi il a ouvert le feu dans un centre de culte musulman et même avoir de la difficulté à croire l'avoir fait.

"Malgré ce qui a été dit à mon sujet, je ne suis ni un terroriste, ni un islamophobe."

Le jeune homme a ajouté qu'il avait des pensées suicidaires depuis un bon moment et était obsédé par la mort. "C'est comme si je me battais avec un démon qui a fini par m'avoir", a-t-il dit.

J'aimerais vous demander pardon pour ce que j'ai fait, mais je sais que mon geste est impardonnable.Alexandre Bissonnette

Il a prononcé le mot "coupable" 12 fois, en autant de salves le condamnant.

De nombreuses personnes dans la salle de cour ont alors éclaté en sanglots. La tension était palpable: plusieurs femmes de la communauté musulmane pleuraient et d'autres écoutaient le juge d'un air tendu et crispé. Les gens se tenaient la main et essuyaient leurs larmes. Une femme semblait prier, les yeux fermés.

Alexandre Bissonnette a écouté le juge en gardant la tête baissée. Il a aussi essuyé des larmes.

Les six veuves des hommes abattus le 29 janvier 2017 étaient dans la salle. Elles ont quitté le palais de justice sans vouloir parler aux journalistes.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) s'est dit satisfait du résultat.

"Nous souhaitons de tout coeur que la culpabilité d'Alexandre Bissonnette permette aux survivants d'assouvir leur soif de justice et d'apaiser leurs souffrances", a déclaré devant les journalistes Me Thomas Jacques, le procureur de la Couronne.

Il a aussi insisté sur le fait qu'il n'y a eu aucune entente sur la peine.

Me Jacques promet de réclamer une peine qui reflétera l'ampleur des "crimes odieux" commis.

Le procureur d'Alexandre Bissonnette, Me Charles-Olivier Gosselin, a indiqué que son client était "un jeune homme troublé" et qu'il allait présenter, dans le cadre des représentations sur la peine, une preuve détaillée sur son état de santé et son potentiel de réhabilitation.

Les représentations sur la peine auront lieu à partir du 10 avril.

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Changement de plaidoyer

Le coup de théâtre s'était produit lundi. Les plaidoyers de non-culpabilité avaient été enregistrés vers 9 h 30, mais en après-midi, Alexandre Bissonnette avait fait savoir qu'il allait plutôt plaider coupable.

"Dans mon coeur, c'est la décision que je voulais prendre pour éviter un procès et éviter que les victimes revivent encore cette tragédie", avait-il déclaré pour expliquer sa décision.

Ce revirement à 180 degrés s'était produit en quelques heures à peine.

Le juge Huot avait toutefois refusé d'accepter immédiatement les plaidoyers de culpabilité. Il avait plutôt ordonné que l'accusé soit évalué par un psychiatre pour s'assurer qu'il comprenait bien les conséquences graves de son changement de plaidoyer.

Une ordonnance de non-publication prononcée par le juge avait interdit aux médias de rapporter avant mercredi tout ce qui s'était passé lundi.

Mercredi, le juge Huot a pu prendre connaissance des conclusions du psychiatre et sur cette base, a entériné les plaidoyers de culpabilité. Selon le psychiatre Sylvain Faucher qui a témoigné mercredi, Alexandre Bissonnette "est apte à subir son procès et à plaider ce qu'il veut plaider".

"Il ne voulait pas être l'auteur d'un autre drame collectif", a rapporté le docteur Faucher, qui a rencontré le jeune homme lundi soir.

Les questions du juge à l'accusé

Lundi, surpris devant ce revirement de situation, le juge Huot avait fait venir Alexandre Bissonnette à la barre des témoins - à deux reprises - pour lui poser de nombreuses questions.

Le magistrat avait expliqué qu'il voulait être sûr que les plaidoyers soient valides et qu'ils ne soient pas remis en question plus tard. Il voulait s'assurer qu'il n'y aurait pas un procès dans le futur, une possibilité "angoissante" qu'il voulait éviter aux victimes et à leurs familles. Il avait précisé ne pas vouloir prendre de chance puisque les avocats de Bissonnette avaient soulevé la possibilité d'une défense fondée sur son état mental.

Alexandre Bissonnette avait déclaré lundi dans la salle de cour qu'il songeait à plaider coupable depuis un certain temps, mais qu'il manquait des éléments de preuve dans son dossier, que la Couronne a transmis dimanche après-midi - un rapport d'expert, selon son avocat.

Jusqu'à 150 ans de prison

"Vous êtes pleinement conscient de votre décision?", lui avait demandé lundi le juge Huot.

"Oui", avait répondu l'accusé.

Bissonnette avait dit comprendre que ce plaidoyer était une reconnaissance de sa part qu'il avait l'intention de tuer toutes les personnes nommées à l'acte d'accusation, soit 40 personnes. En plus des six chefs de meurtre, il a été accusé de cinq chefs de tentative de meurtre pour les blessés et d'un autre chef de tentative de meurtre pour toutes les personnes présentes à la mosquée ce jour-là - dont quatre enfants - bien qu'elles n'aient pas été atteintes par les balles.

Le juge lui avait aussi demandé s'il comprenait qu'il pouvait écoper de peines de prison consécutives, qui peuvent faire en sorte que l'emprisonnement total soit de 150 ans.

"Je le sais", avait répondu l'accusé d'une petite voix.