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27/03/2018 15:41 EDT | Actualisé 27/03/2018 15:41 EDT

Il n'y a pas que les Russes qui ont des «espions» diplomates

L'espionnage est une pratique internationale acceptée.

Un bâtiment qui abritait des diplomates russes à New York.
The Associated Press/Craig Ruttle
Un bâtiment qui abritait des diplomates russes à New York.

En orchestrant la plus importante expulsion de masse de diplomates russes de l'histoire, les États-Unis et leurs alliés ont fait monter les enchères dans un jeu du chat et de la souris qui oppose les blocs de l'Est et de l'Ouest depuis la guerre froide et qui jette un nouvel éclairage sur une pratique courante dans cet univers mystérieux: celui des espions qui se font passer pour des diplomates.

Les chiffres évoqués par des dirigeants américains sont frappants: il y aurait une centaine d'espions russes sur le territoire des États-Unis, donc même après l'expulsion des 60 «diplomates» annoncée lundi, il en restera toujours au moins 40 en liberté dans les grandes villes du pays.

Mais si ce sont des espions, et si on sait que ce sont des espions, pourquoi ne pas simplement tous les renvoyer?

La réponse, disent des experts, est que l'espionnage — sombre, potentiellement déplaisant et souvent illégal — est une pratique internationale acceptée. Tous les pays mènent des activités d'espionnage et presque tous envoient des espions à l'étranger en les faisant passer pour des diplomates.

«Depuis des centaines d'années, on utilise les ambassades et les missions diplomatiques pour espionner l'ennemi», souligne le colonel Christopher Costa, directeur du Musée international de l'espionnage à Washington. Même lorsqu'un espion est découvert, ajoute-t-il, il sera souvent plus utile de le suivre et de le surveiller que de l'expulser. «Le jeu du chat et de la souris du contre-espionnage dépend de savoir à qui parle cet agent.»

Les États-Unis, en tant que participants à ce jeu, doivent faire attention de ne pas exagérer les expulsions.

Une règle tacite de réciprocité

Quand un pays expulse les représentants d'un autre, on s'attend et on accepte que l'autre fasse de même. En 2016, lorsque l'administration Obama a chassé 35 diplomates russes, Moscou a rapidement montré la porte à 35 Américains. Plus tôt ce mois-ci, Londres et Moscou ont chacun expulsé 23 diplomates de l'autre pays.

Plus les États-Unis expulseront d'espions russes, plus ils risquent d'en perdre en Russie, explique le colonel Costa.

AFP/Getty Images
Ambassade russe à Washington

Quand un pays déploie des espions dans son ambassade auprès d'un pays ami, il les «déclare» habituellement — en dévoilant à ce pays qui ils sont. Ces espions continuent à se présenter officiellement comme étant des diplomates, puis ils agissent comme agents de liaison avec les services du renseignement de ce pays, donnant naissance à un canal de communications officieux et utile.

Si les relations entre les deux pays sont plus tendues, comme c'est le cas avec les États-Unis et la Russie, les gouvernements ne dévoilent pas leurs espions à l'autre. Une chasse devient donc inévitable.

Chaque nouveau diplomate envoyé aux États-Unis par la Russie fera l'objet d'une enquête par la police fédérale américaine (le FBI) et les responsables du contre-renseignement, indique John Schindler, un ancien analyste de l'Agence nationale de la sécurité.

Certains sont faciles à identifier, simplement en examinant où ils ont été déployés dans le passé et les postes qu'ils occupaient — des informations devenues très faciles à obtenir à l'ère de Google, LinkedIn et LexisNexis. Certains postes au sein d'ambassades sont traditionnellement confiés à des espions, qu'il s'agisse de responsables de la sécurité, d'agents politiques ou de spécialistes des communications.

Ces derniers s'occupent souvent des «renseignements d'origine électromagnétique», à savoir l'interception des appels téléphoniques ou des communications électroniques.

Espionner les espions

«Si on n'arrive pas à savoir, on attend simplement qu'ils arrivent dans ce pays, et on épie ce qu'ils font, explique M. Schindler. Est-ce qu'ils ont des rencontres clandestines avec des gens? Est-ce qu'ils utilisent des techniques pour se soustraire à la surveillance?»

Les États-Unis assurent depuis longtemps qu'ils ne cacheront jamais d'espions au sein d'organisations comme le Peace Corps ou l'Agence pour le développement international (USAID), afin de ne pas mettre en péril les véritables coopérants et travailleurs humanitaires.

«Il y a des "règles de gentleman" dans tout ça, et elles existent depuis longtemps», assure M. Schindler.

Pendant la guerre froide, les capitales du monde étaient inondées d'espions qui se faisaient passer pour des diplomates et qui travaillaient pour un pays ou un autre. De l'Asie au Moyen-Orient en passant par l'Europe, les blocs de l'Est et de l'Ouest ont joué au souque à la corde à Vienne et à Athènes, à Bangkok et à Beyrouth, à Berlin et au Caire, souvent sous le nez de badauds qui ne se doutaient de rien.

L'activité s'est atténuée après l'implosion de l'Union soviétique, mais elle n'a jamais cessé. Elle est maintenant de retour, pire que jamais.

Les taux d'espionnage sont maintenant aussi élevés, sinon plus élevés que pendant la guerre froide.Angela Stent de l'université Georgetown

«Il y a un niveau très élevé de méfiance entre les agences de renseignement qui ne s'est jamais complètement dissipé», a affirmé Angela Stent.

Pas plus tard que l'an dernier, le Kremlin se plaignait que des diplomates envoyés par Washington à Moscou et ailleurs étaient en réalité des espions.

«Il y a trop d'employés de la CIA et du Pentagone (...) sous le toit des missions diplomatiques américaines dont les activités ne correspondent pas à leur statut», avait dénoncé une porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

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