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27/03/2018 08:16 EDT | Actualisé 27/03/2018 08:46 EDT

Expulsion de diplomates: Londres voit un «tournant» dans les relations avec Moscou

L'empoisonnement de Sergueï Skripal a entraîné des représailles sans précédent.

L'expulsion massive de diplomates russes par des pays occidentaux après l'empoisonnement d'un ex-agent double au Royaume-Uni pourrait constituer un "tournant" dans les relations avec la Russie, désignée comme responsable, a estimé mardi le chef de la diplomatie britannique alors que Moscou prépare sa riposte.

Vingt-quatre pays, dont les Etats-Unis et 17 membres de l'Union européenne ont décidé d'expulser 117 diplomates russes dans le cadre de représailles coordonnées du camp occidental, sans précédent même du temps de la Guerre froide.

"Jamais auparavant autant de pays ne se sont unis pour expulser des diplomates russes", a souligné mardi le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson dans le quotidien The Times, saluant ensuite devant le Parlement britannique "une réponse internationale, sans précédent et robuste à cet acte irresponsable de la Russie".

"Je pense que les événements d'hier pourraient constituer un tournant", a-t-il ajouté. "L'alliance occidentale a pris des mesures décisives et les partenaires du Royaume-Uni se sont unis contre l'ambition irresponsable du Kremlin".

Après l'expulsion de 23 diplomates russes par le Royaume-Uni - à laquelle Moscou a réagi en expulsant à son tour des diplomates britanniques-, il s'agit d'un "nouveau coup dur pour les services de renseignement russes qui mettront des années à s'en remettre", a-t-il poursuivi.

Cette action coordonnée est une réponse à l'empoisonnement à l'agent innervant de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia le 4 mars à Salisbury (sud-ouest de l'Angleterre), attribué par Londres à la Russie. Les deux victimes sont toujours hospitalisées dans un état critique.

«Nous allons riposter»

Moscou, qui nie en être à l'origine, a promis de riposter. "Nous allons riposter, n'en doutez pas! Parce que personne ne souhaite tolérer une telle muflerie et nous n'allons pas le faire", a prévenu mardi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Selon lui, ces expulsions sont le "résultat des pressions colossales" de Washington, qui mène le mouvement avec l'expulsion de 60 diplomates russes considérés comme des "agents de renseignement" et la fermeture du consulat de Russie à Seattle.

L'analyste Fiodor Loukianov a estimé mardi dans les pages du quotidien russe Vedomosti que ces expulsions, "particulièrement destructrices pour les relations russo-américaines", plongeaient les relations entre Moscou et les Occidentaux dans une nouvelle "période de Guerre froide".

"Ce n'est pas la fin de l'escalade, il est clair qu'elle va s'aggraver, on s'attend à des mesures encore plus sévères qu'avant, des sanctions économiques contre la Russie", prévient-t-il. Le journal Izvestia y voit lui une action "russophobe".

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg devait annoncer mardi après-midi "des décisions supplémentaires", selon un communiqué de l'Alliance atlantique à la mi-journée. Pour sa part, Dublin a annoncé à son tour l'expulsion d'un diplomate russe.

"L'attaque à Salisbury n'était pas seulement une attaque contre le Royaume-Uni mais un affront au système international fondé sur des règles dont nous dépendons tous pour notre sécurité et bien-être", a déclaré le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney dans un communiqué.

Le Royaume-Uni avait déjà salué lundi la "réponse extraordinaire" de ses alliés, la Première ministre Theresa May estimant que la Russie était ainsi avertie qu'elle ne pouvait plus "bafouer le droit international".

«Plus personne n'est dupe»

Au-delà des Etats-Unis, la France, l'Allemagne et la Pologne ont demandé chacune lundi à quatre diplomates russes de partir, suivies notamment par les pays baltes, la Hongrie ou encore l'Espagne. L'Ukraine, en guerre avec des séparatistes pro-russes depuis 2014, en a chassé 13, et plusieurs autres pays, membres de l'Otan pour la plupart, ont déclaré d'autres personae non gratae.

L'Islande a de son côté annoncé, à l'instar de Londres, un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football en Russie.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a prévenu que "de nouvelles expulsions" n'étaient "pas exclues".

Pour Boris Johnson, "l'usage d'un agent innervant interdit sur le sol britannique s'inscrit dans le cadre d'une tendance plus large d'un comportement irresponsable de Vladimir Poutine", citant l'annexion de la Crimée, le soutien au régime syrien et des interférences dans des élections à l'étranger.

"Le fil conducteur est la volonté de M. Poutine de défier les règles essentielles dont dépend la sécurité de chaque pays", a-t-il écrit.

S'en prenant aux nombreuses thèses avancées par Moscou pour expliquer l'empoisonnement, le chef de la diplomatie a rétorqué: "Il fut un temps où cette tactique de semer le doute pouvait se montrer efficace mais plus personne n'est dupe".