POLITIQUE
26/03/2018 08:49 EDT | Actualisé 26/03/2018 08:49 EDT

Améliorer la reconnaissance des diplômes étrangers, une urgence pour le Québec selon l'IDQ

Les immigrants affrontent plus de défis lorsqu'ils tentent de faire évaluer leurs compétences.

Getty Images/Maskot

Face au déficit démographique qui le guette, le Québec «n'a plus le choix» d'agir pour que les diplômes des immigrants soient davantage reconnus dans la province, où la multiplication des ordres professionnels semble affecter le processus, selon des chercheurs de l'Institut du Québec (IDQ).

«Étant donné les pénuries observées dans certains secteurs, il devient impératif d'intégrer tous les talents disponibles», constate-t-on dans le nouveau rapport de l'IDQ publié lundi.

Bien qu'il n'existe pas de statistique pour offrir un portrait précis de la reconnaissance des diplômes au Québec, l'IDQ constate que les immigrants affrontent plus de défis lorsqu'ils tentent de faire évaluer leurs compétences, ce qui s'explique notamment par les pratiques des ordres professionnels.

Selon l'institut de recherche, les nombreux ordres professionnels au Québec deviennent parfois des «obstacles» à l'intégration des nouveaux arrivants dans la province, où le taux de chômage chez les immigrants est plus élevé par rapport à la moyenne canadienne.

Dans le cadre de leur mission de protéger le public, les ordres déterminent les normes de reconnaissance des diplômes, donc ce sont eux qui décident si un candidat a les compétences requises pour exercer leur métier au Québec. Ce sont aussi les ordres qui détermineront la formation ou les stages que devront compléter les candidats qui n'ont pas toutes les qualifications.

Or, d'après l'IDQ, ce contrôle ne devrait pas «être un moyen déguisé pour restreindre l'accessibilité des étrangers à la profession et la préservation d'un monopole local».

Réformes dans les ordres

Le directeur associé à l'IDQ, Jean-Guy Côté souligne que les pratiques d'évaluation des diplômes devraient être harmonisées entre tous les ordres.

«Au Québec, il y a beaucoup d'ordres professionnels comparé à ailleurs, il y a beaucoup de métiers protégés; donc c'est clair qu'il y a plus de personnes autour de la table», a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

«Les comités d'évaluation ne sont pas nécessairement égaux d'un ordre à l'autre, il y a des comités qui sont plus compétents que d'autres, il y a des ordres qui sont un peu plus en retard.»

Selon lui, les ordres devraient aussi profiter davantage de leurs expériences passées pour traiter les dossiers.

«Ça fait des années que ces gens-là reconnaissent les diplômes, il doit y avoir une quantité appréciable de données par rapport à ce qu'ils ont reconnu dans le passé, donc ils pourraient accélérer le processus et par exemple, dire: quelqu'un qui a reçu un diplôme d'une telle école en Afrique du Nord, ça lui prend un an de plus ici», a-t-il illustré.

L'IDQ a salué le travail amorcé par l'Ordre des ingénieurs du Québec, qui a révisé récemment ses pratiques pour évaluer plus efficacement les diplômes.

D'autres pistes de réflexion

Par ailleurs, selon le constat de l'institut de recherche, le système québécois et canadien de reconnaissance des qualifications est fortement décentralisé et les organismes responsables se dédoublent parfois entre eux.

En marge des ordres professionnels, on retrouve quatre organisations qui travaillent sur la reconnaissance des diplômes: le gouvernement du Québec, le Conseil interprofessionnel du Québec, le Commissaire à l'admission aux professions et le Pôle de coordination pour l'accès à la formation.

Pour y remédier, l'IDQ propose notamment de centraliser toutes les demandes de reconnaissance à un même endroit, au lieu qu'elles soient éparpillées dans les ordres. Il croit aussi que le rôle des organismes devrait être mieux défini, pour éviter des chevauchements.

L'IDQ incite aussi le gouvernement du Québec à élargir à l'ensemble de l'Union européenne l'entente France-Québec sur la reconnaissance des diplômes, qui a apparemment porté fruit depuis son adoption en 2008.

«Nous ce qu'on dit, c'est qu'il y a une base de travail, ça pourrait être facilement élargissable», a indiqué M. Côté.

L'institut de recherche suggère aussi au Québec de s'inspirer de l'Australie pour entamer le processus de reconnaissance dès les premières étapes de l'immigration. Le dossier de l'immigrant potentiel serait traité par l'ordre professionnel avant même son arrivée au Québec, et il saurait à quoi s'attendre dès le départ.

«Ça accélère beaucoup le processus, l'Australie a coupé des mois d'évaluation en faisant ça», a affirmé M. Côté.

Les immigrants sur le marché du travail au Québec en 2017:

- Taux de chômage dans l'ensemble des immigrants: 8,7 % (Taux de chômage chez les citoyens nés au Canada: 5,5 %)

- Taux de chômage chez les immigrants arrivés depuis cinq ans ou moins: 15,8 %

- Rémunération horaire moyenne chez les immigrants: 23,81 $ (Rémunération horaire moyenne chez les citoyens nés au Canada: 25,17 $)

Source: Institut de la statistique du Québec (ISQ)

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