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26/03/2018 05:11 EDT | Actualisé 26/03/2018 05:11 EDT

Monic Néron déplore le temps perdu après la disparition du petit Ariel

«Je suis convaincue que, malheureusement, on a perdu du temps précieux, des secondes précieuses»

Karine Dufour/Radio-Canada

La reporter judiciaire Monic Néron, qu'on peut entendre tous les matins à Puisqu'il faut se lever, au 98,5 FM, a peut-être été la voix de plusieurs Québécois, à Tout le monde en parle, dimanche, en déplorant à plusieurs reprises les lacunes qui ont marqué le début de l'enquête sur la disparition du petit Ariel Jeffrey Kouakou.

Le garçon de 10 ans manque à l'appel depuis maintenant deux semaines.

«Ariel est porté disparu un lundi. En fait, il avait une journée pédagogique, et il avait eu la permission pour se rendre chez un ami. Donc, ce qu'on sait, c'est qu'il est parti de la maison, qu'il est allé cogner chez l'ami en question, qui n'a pas répondu. (...) Ensuite, tout ce qu'on sait, c'est qu'une dame dit l'avoir identifié, au parc des Bateliers dans Ahuntsic-Cartierville, qui est tout près de la rivière des Praries, et ensuite, plus rien. C'est le néant total depuis. On a pu le capter sur des caméras de surveillance à quelques endroits. Le chemin est le bon, il se rend chez son ami, mais on ne le voit jamais revenir», a résumé Monic Néron, dimanche, après que Guy A. Lepage lui eut demandé d'expliquer l'affaire.

Alerte Amber

L'ancien policier et intervenant médiatique Guy Ryan était auprès de Monic Néron et de Pina Arcamone, directrice du Réseau Enfants-Retour, à la table de Tout le monde en parle. À ceux et celle qui reprochent l'alerte Amber tardive – 24 heures plus tard – après le départ soudain d'Ariel, l'homme a de son côté fait valoir qu'il était exceptionnel qu'une alerte Amber soit déclenchée en pareil cas. Car, généralement, une alerte Amber nécessite un suspect, un véhicule ou un numéro de plaque d'immatriculation pour repérer un enlèvement. Cette fois, c'est parce que le drame s'est produit en hiver et qu'on craignait un danger pour l'enfant qu'on a lancé l'alerte, mais «momentanément», pendant 5 ou 6 heures seulement.

«J'aurais aimé qu'elle soit déclenchée plus rapidement, compte tenu du fait que le jeune garçon n'avait que 10 ans, et que, pendant plusieurs heures, personne dans son entourage n'avait vu le garçon. Lorsque la vie d'un jeune est en danger, je crois qu'on doit utiliser tous les moyens possibles pour tenter de retrouver ce jeune, et l'alerte Amber est un outil magnifique qui nous permet de mobiliser tous les gens au Québec en temps réel, et le succès de l'alerte Amber repose vraiment sur la participation du public», a renchéri Pina Arcamone.

Guy Ryan a saisi l'occasion pour informer que, dès le moment où une alerte Amber est déclenchée, le niveau d'enquête en cours change et devient l'occupation du crime spécialisé. Précisant ne pas parler au nom du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), il s'est quand même aventuré dans une longue tirade à la défense des policiers.

«S'il y avait eu des éléments très concrets à l'effet que le jeune avait été soit interpellé, approché par quelqu'un d'autre, par un véhicule, l'alerte Amber aurait été déclenchée rapidement. (...) Un jeune de 10 ans qui disparaît, c'est très jeune. Et je suis persuadé qu'ils n'ont lésiné sur aucun élément. Je sais que les parents sont en désarroi, ils sont très émotifs face à cela, mais je peux vous dire qu'ils ne lésinent pas. Ils ont tout essayé. Ils ont fait de la plongée sous-marine, ils ont pris l'hélicoptère de la Sûreté du Québec, ils ont pris un profileur de la Sûreté du Québec pour essayer de créer un portrait de l'individu. S'il y avait eu des éléments importants... Mais aucune pièce de vêtement n'a été localisée dans le parc, et la dame qui l'a vu, très crédible, elle, elle le voit là, près du parc.»

«Je suis allé sur le terrain, parce que j'ai fait beaucoup d'entrevues avec RDI, et je vous le dis, j'ai eu un courant froid dans le dos lorsque j'ai vu la rivière. Parce que je me suis dit que mettre un pied dans l'eau, c'est une perte, parce que, vous savez, il y a beaucoup de courant, courant de quatre à six nœuds, c'est excessivement dangereux, même pour les plongeurs qui ont de l'expérience, de plonger à ces endroits-là, même en été. Imaginez-vous en hiver : on ne voit rien, c'est l'obscurité totale sous la glace. Il n'y avait rien qui identifiait que le jeune était tombé, seulement la caméra qui ne le voit pas sortir du parc. Et, je vous le dis, je ne crois pas qu'aucun élément a été pris à la légère», a poursuivi Guy Ryan.

Secondes précieuses

Monic Néron a alors entamé son plaidoyer très senti, en s'adressant à Guy Ryan.

«En tout respect, je comprends ce que vous dites, et je ne pense pas qu'on soit ici pour trouver un coupable ou mettre le blâme sur qui que ce soit, a noté la journaliste. Cependant, le lendemain matin, le mardi matin, alors que l'avis de disparition est émis le lundi soir, j'arrive à la station de radio à 4h30 le matin, et la première chose que je fais, c'est de prendre le téléphone pour savoir ce qui a été fait dans les dernières heures pour retrouver Ariel.»

«Et je peux vous dire - et ça m'a vraiment secouée - à quel point on n'avait pas encore ouvert la machine pour retrouver cet enfant-là, plusieurs heures après. Et quand vous dites [que] les premières heures sont importantes, quand vous dites que vous êtes certain qu'on n'a pas lésiné, je suis d'accord avec vous, dans la mesure où tous les policiers et policières qui ont cherché Ariel au cours des deux dernières semaines - ça va faire deux semaines demain - je suis convaincue qu'ils ont tout fait.»

«Cependant, je pense qu'on a perdu des heures précieuses au début, a continué Monic Néron. Et un enfant de 10 ans qui ne revient pas à la maison, ne serait-ce qu'une heure ou deux, il s'est peut-être passé quelque chose de grave. Et je suis convaincue que, malheureusement, on a perdu du temps précieux, des secondes précieuses, et j'aurais aimé qu'on me dise, le mardi matin, qu'on avait sorti des policiers, qu'on avait fait du ratissage. J'ai demandé : «Les maîtres-chiens sont où, qu'est-ce qui se passe, combien il y a de patrouilleurs?» On m'a dit : «On a ajouté quelques policiers en patrouille, tout au plus»...»

«10 ans! L'enfant a 10 ans! Il faisait – 10 degrés. C'est l'hiver! Je suis obligée de dire... Et je sais, de source sûre, qu'ils se posent des questions à l'interne aussi. Ils savent qu'il y a peut-être eu un manquement au départ, qu'il y a peut-être eu des décisions qui se sont moins bien prises au départ», a enchaîné Monic Néron.

Ce à quoi Guy A. Lepage a répliqué en soulevant les manquements qui ont déjà été reprochés au SPVM, à savoir, par exemple, qu'il y aurait eu cafouillage, et que le SPVM aurait refusé l'aide de la Sûreté du Québec, pourtant mieux outillée pour affronter ce genre de situation. Guy Ryan ne croit pas que ces allégations sont vraies, assurant que rien n'est laissé à la légère dans une disparition d'enfant de 10 ans.

«24 heures pour ouvrir la machine, c'est statistiquement et humainement interminable, a martelé Monic Néron. Je me questionne beaucoup, malheureusement, à savoir pourquoi, cette fois-ci, on n'a pas cru bon se tenir la main et travailler ensemble, au nom de la vie de cet enfant-là...»

Alors que le SPVM privilégie l'hypothèse de la noyade pour expliquer le mystère entourant le jeune Ariel Kouakou, les parents du gamin, eux, sont convaincus qu'il s'agit d'un enlèvement.

«Je pense que, quand un enfant de 10 ans disparaît, qu'on n'a aucune piste, aucune trace, que toutes les hypothèses sont encore sur la table, même si on est capables de le placer dans le parc des Bateliers, cette journée-là, ils sont incapables de confirmer, même à cette heure-ci, qu'il n'est pas sorti du parc, ailleurs. Un enfant de 10 ans, qui est là, qui erre, un peu, comme ça, parce que son ami n'était pas là, il n'a pas d'école, pourquoi est-ce qu'il n'aurait pas été la cible d'un prédateur?», a observé Monic Néron, qui espère la création d'une escouade spécialisée dans les disparitions d'enfants.

«C'est la pire chose pour une famille, de ne pas savoir. Ils vivent déjà la pire tragédie possible. De passer 30 ans, 40 ans, à se réveiller tous les matins en se posant la même question, et on se couche avec la même question, qui n'a pas été répondue. Ça leur prend une réponse...», a argué Pina Arcamone.

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