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25/03/2018 12:43 EDT | Actualisé 25/03/2018 12:43 EDT

Des experts appellent les partis fédéraux à la transparence sur l'exploitation de données

«C'est une période qui donne à réfléchir.» - Megan Boler, professeure en justice sociale de l'Université de Toronto

Henry Nicholls / Reuters
Les services policiers britanniques ont enquêté vendredi chez Cambridge Analytica.

Pendant des années, les recherches de Megan Boler s'attardaient au pouvoir des médias sociaux comme force de démocratisation, donnant une voix aux négligés et permettant aux gens ordinaires de se rassembler et de participer de manière plus signifiante à la marche du monde.

Toutefois, la professeure en justice sociale de l'Université de Toronto affirme que même en plein coeur du Printemps arabe et de l'ascension de Barack Obama vers la Maison-Blanche, il y avait des inquiétudes sur une utilisation inappropriée de la technologie.

«J'avais des conversations avec des collègues qui disaient, par exemple, "il s'agit des beaux jours de l'internet et nous reviendrons sur cette période en espérant avoir fait les choses différemment"», a-t-elle souligné.

Ce futur semble être arrivé, alors que les informations fusent sur l'ingérence étrangère dans les élections aux États-Unis, le ciblage de pointe des usagers des médias sociaux pour accentuer les divisions, et plus récemment, sur une firme d'exploitation de données — Cambridge Analytica — qui aurait recueilli les renseignements privés de dizaines de millions d'usagers de Facebook à des fins politiques.

«C'est une période qui donne à réfléchir», a dit Mme Boler.

Tandis que certains experts décrivent Cambridge Analytica comme une «pomme pourrie» en raison de la manière avec laquelle la firme a recueilli des données, ils soulignent que l'analyse prédictive utilisée par l'entreprise représente la norme en politique aujourd'hui.

Certains experts ont montré du doigt les partis politiques, estimant nécessaires une plus grande transparence et une meilleure surveillance afin de mieux comprendre des pratiques qui demeurent des secrets bien gardés.

Fenwick McKelvey, un professeur de communications à l'Université Concordia, a indiqué que le secteur du marketing avait ouvert la voie en profitant de l'abondance d'informations dévoilées librement par les utilisateurs des médias sociaux pour des publicités ciblées dans le but d'accroître les ventes.

«Cambridge Analytica a attiré l'attention du public sur un angle mort de longue date en politique canadienne», a-t-il soutenu.

«Le fait que des pratiques routinières de collecte de données, de publicités et de profilage d'électeurs peuvent être utilisées par des acteurs malveillants est un rappel que toutes les parties doivent agir pour rendre des comptes», a dit M. McKelvey.

Bien que bon nombre de régimes totalitaires aient bloqué ou restreint l'usage des médias sociaux, d'autres ont commencé à utiliser les mêmes outils pour leurs propres fins, notamment pour la propagande ou pour perturber la politique dans des pays rivaux, a souligné Anatoliy Gruzd, président d'une chaire sur les données des médias sociaux et professeur à l'Université Ryerson.

«Pourquoi pas, non? Si les militants — de l'autre côté — peuvent en faire usage, pourquoi les gouvernements ne les utiliseraient pas aussi à leur avantage?», a-t-il exposé.

Mark Blevis, un stratège des affaires publiques numériques installé à Ottawa, a fait état des liens étroits entre la politique et le secteur du marketing depuis des années, faisant en sorte que les partis traitent les électeurs comme des consommateurs et que les campagnes sont en quelque sorte du marchandage de votes.

«Cela peut déplaire, mais cela a toujours été comme ça. La seule différence est que les outils sont désormais plus largement accessibles», a-t-il fait valoir.

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