POLITIQUE
23/03/2018 06:05 EDT | Actualisé 24/03/2018 08:27 EDT

Les conservateurs mettent fin à leur «filibuster»

La tactique des conservateurs consiste à forcer depuis jeudi midi le vote sur plus de 250 motions.

Getty Images/iStockphoto

Les députés des Communes ont pu reprendre le chemin de la maison après avoir passé plus de 20 heures consécutives à voter sans interruption. L'opposition conservatrice a finalement décidé de mettre fin à son «filibuster», vendredi après-midi.

«Nous sommes conscients que tout le monde est fatigué, et nous allons laisser les employés de la Chambre se reposer et les députés retourner chez eux pour que tous reviennent en forme lundi», a déclaré le député conservateur Pierre Paul-Hus en point de presse.

Mais en annonçant la libération des élus, il a prévenu que les troupes conservatrices continueraient à talonner les libéraux afin d'élucider les circonstances entourant la présence d'un extrémiste sikh à une soirée où était Justin Trudeau pendant son voyage en Inde.

«Ce n'est pas fini; nous allons continuer à demander des réponses à ce gouvernement. Les libéraux, et surtout Justin Trudeau, tentent de cacher la vérité aux Canadiens, et nous tenterons par tous les moyens de l'obtenir», a martelé le député Paul-Hus.

Les élus ont ensuite quitté la Chambre des communes, certains avec des oreillers sous les bras, plusieurs avec des chaussures de course aux pieds, et beaucoup avec les traits tirés après cette nuit passée à se lever et se rasseoir de leur siège.

Les conservateurs avaient imposé jeudi soir un «filibuster» pour protester contre le vote libéral sur une motion qui exigeait la comparution, devant un comité parlementaire, du conseiller à la sécurité nationale Daniel Jean.

Ce dernier avait affirmé que la présence de Jaspal Atwal, un homme reconnu coupable de tentative de meurtre contre un ancien ministre indien, pouvait s'expliquer par les machinations de factions au sein gouvernement indien qui cherchaient à saboter la visite du premier ministre.

Le porte-parole du Parti conservateur en matière d'affaires étrangères, Erin O'Toole, a plaidé que le haut fonctionnaire devait s'expliquer auprès des députés au sujet de cette théorie, qu'il a étayée lors d'une séance d'information technique destinée aux médias.

En raison du «filibuster», d'importantes réclamations de temps supplémentaire seront soumises par des employés de la Chambre des communes qui ont été contraints de rester sur place à cause de la présence continuelle des députés.

Parmi ces employés figurent les préposés à la sécurité, à la cafétéria, au transport, à la traduction, à l'entretien et aux services techniques.

La manoeuvre dilatoire a également forcé certains députés et ministres à renoncer à des engagements.

Par exemple, le ministre des Transports, Marc Garneau, n'a pu prononcer vendredi matin une allocution prévue à Lac-Mégantic dans le cadre d'un colloque sur la sécurité ferroviaire organisé par la Fédération québécoise des municipalités.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui devait passer la journée à Drummondville, a quant à lui dû annuler son déplacement au Québec pour rester dans la capitale fédérale. Il est arrivé au parlement vendredi matin avec du café et des «Timbits».

La leader du gouvernement en Chambre, Bardish Chagger, et le whip libéral, Pablo Rodriguez, ont exprimé leur déception face à la manoeuvre conservatrice. Les deux ont dit regretter que cette tactique ait empêché les élus de se pencher sur de véritables enjeux.

«Au lieu de débattre du projet de loi sur le contrôle des armes à feu, qui est un projet de loi essentiel, important, que les Canadiens veulent, ils ont choisi de prendre cette voie-là, ce qui est malheureux», a commenté M. Rodriguez.

«Il va falloir qu'ils comprennent que lorsqu'il y a des votes qui se tiennent à la Chambre des communes, par exemple sur leur motion, et qu'une décision est prise, qu'ils respectent la démocratie», a-t-il enchaîné.

En 2011, un filibuster des néo-démocrates contre le gouvernement conservateur de l'époque avait duré 58 heures. Le gouvernement Harper, à ce moment-là, avait d'abord calculé que la manoeuvre coûtait 50 000 $ par heure aux contribuables, avant de remettre en question ce calcul.

Le député Pierre Paul-Hus, qui a déposé la motion battue la veille, a répondu avec une question lorsqu'on lui a demandé si le jeu en valait la chandelle, et s'il s'agissait là d'une utilisation justifiée d'argent public.

«Est-ce que le voyage de huit jours en Inde était une utilisation judicieuse de l'argent des contribuables? Actuellement, on a une situation qui est importante, on veut faire la lumière là-dessus», a-t-il lâché en mêlée de presse, vendredi matin.

«On n'est pas masochistes de vouloir passer une nuit à faire des votes. Ce qu'on veut, c'est aller au bout de ça», a insisté M. Paul-Hus.

Voir aussi: