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21/03/2018 08:24 EDT | Actualisé 21/03/2018 15:56 EDT

Nigeria: Boko Haram libère 104 enfants enlevés il y a un mois

Une des jeunes filles qui a été enlevée a confié qu'elles n'ont jamais été maltraitées pendant leur captivité.

Une centaine d'écolières enlevées le 19 février par des militants islamistes de Boko Haram à Dapchi, dans le nord-est du Nigeria, ont été ramenées mercredi matin à leur école par leurs ravisseurs, dans des circonstances qui soulèvent de nombreuses interrogations.

Au moins 104 adolescentes ont été ramenées par des membres de Boko Haram, à bord de neuf camions, aux premières heures de la journée, selon le gouvernement.

Ils les ont "déposées sur la route, d'où elles ont naturellement rejoint leur foyer", a expliqué le ministre de l'Information, Lai Mohammed.

"La ville a exulté, les gens priaient et tout le monde était très heureux", raconte Alhaji Deri, le père d'une des captives.

Selon des témoignages recueillis par l'AFP, certains habitants de Dapchi, petite ville de l'Etat de Yobe, proche du Niger, ont salué chaleureusement les combattants à leur arrivée.

Kachalla Bukar, un habitant, raconte que les insurgés "prenaient des photos" avec les gens. "Ils nous ont demandé de ne pas fuir. Et ils nous ont dit de ne pas faire attention à ce qu'allait dire l'armée sur nous."

"Quand ils nous ont relâchées, ils nous ont dit d'aller directement à la maison et pas chez les militaires, parce qu'ils diraient que ce sont eux qui nous ont sauvées", a raconté Aisha Deri, une jeune fille de 16 ans libérée, avant d'être récupérée par l'agence de renseignements nigériane.

Lac Tchad

Selon plusieurs témoignages d'anciennes captives, les combattants les ont "gardées dans une pièce" où elles pouvaient cuisiner et n'ont "jamais été maltraitées".

"Samedi, ils nous ont dit de monter dans des bateaux. Nous avons passé trois jours sur l'eau et ensuite ils nous ont rassemblées sur des véhicules et nous ont dit qu'on rentrait à la maison", a raconté Fatima Gremah, 13 ans.

Selon des témoins contactés par l'AFP avant leur libération, les captives étaient gardées sur des îles du lac Tchad, zone contrôlée par la faction reconnue par le groupe Etat islamique à qui Boko Haram a prêté allégeance en 2015.

"Nous avons de la chance parce que nous sommes jeunes et musulmanes", confie Fatima. "Une d'entre nous, qui est chrétienne, est toujours avec eux. Ils ont dit qu'ils la libéreraient si elle se convertissait à l'islam".

Abou Mossab Al Barnaoui, fils du fondateur de ce groupe islamiste et désigné par l'EI pour diriger le mouvement jihadiste en Afrique de l'Ouest, a fait sécession d'Abubakar Shekau en août 2016.

Avec son bras droit Mamman Nur, Al Barnaoui reproche à Shekau des attentats dans les mosquées, des meurtres de civils musulmans et l'utilisation de jeunes filles comme bombes humaines.

Leur faction, active à la frontière avec le Niger et sur les contours du lac Tchad, préfère gagner le soutien de la population locale pour asseoir son pouvoir, et s'attaquer aux objectifs militaires ou étatiques.

Lors du kidnapping des 110 jeunes filles, âgées de 10 à 18 ans, le 19 février dernier, les habitants ont expliqué que les combattants s'étaient directement rendus dans l'école.

"Nous entendions de coups de feu", se souvient Aisha Deri. "Nous étions totalement paniquées. Des membres de Boko Haram sont entrés par le portail de l'école et nous ont dit d'arrêter de courir, sinon ils nous tueraient".

Cinq jeunes filles sont mortes au moment de la prise d'otages, vraisemblablement dans les camions qui les transportaient vers leur lieu de détention.

Spectre de Chibok

Cet enlèvement de masse, qualifié de "désastre national" par le président Muhammadu Buhari, s'est déroulé dans des circonstances quasi identiques au kidnapping de Chibok, en avril 2014, où plus de 200 lycéennes avaient été enlevées, déclenchant une vague d'émotion mondiale.

Depuis, une centaine d'entre elles se sont échappées ou ont été libérées aux termes de négociations avec le gouvernement et d'échange avec des prisonniers. Quatre ans après leur kidnapping, une centaine d'entre elles, restent introuvables.

Sur son compte Twitter, la présidence nigériane a souligné que cette fois, "aucune rançon n'a été versée". Le ministre de l'Information, Lai Mohammed, a également martelé que les négociations avaient été facilitées par des "pays amis" et que leur libération avait été "inconditionnelle".

Il a également indiqué que les opérations militaires avaient été suspendues "à certains endroits" pour permettre la remise des otages.

Bien que l'armée et les autorités nigérianes ne cessent de répéter que BokoHaram est "techniquement vaincu", ce tragique épisode a mis en lumière les graves manquements sécuritaires et la facilité avec laquelle les combattants peuvent se déplacer en nombre dans le nord-est du pays.

Le conflit dans le nord-est a fait plus de 20 000 morts depuis 2009 et 1,6 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.