POLITIQUE
21/03/2018 10:48 EDT | Actualisé 21/03/2018 19:16 EDT

Un guide d'emploi pour l'utilisation de «madame» et «monsieur» à Service Canada

Une question de «respect» selon un ministre tandis que l'opposition considère cette consigne «ridicule» et «farfelue».

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"Monsieur" et "madame" ne sont pas persona non grata dans le dictionnaire des employés de Service Canada, insiste le gouvernement, se défendant de vouloir reléguer aux oubliettes ces désignations pour les remplacer par des termes neutres.

Une directive gouvernementale entourant l'emploi de ces "termes honorifiques" et l'usage d'un langage neutre a semé la controverse à Ottawa, mercredi. Et les libéraux ont eu peine à expliquer avec limpidité leurs velléités langagières.

Après une première sortie où il a parlé de l'importance du "respect", le ministre Jean-Yves Duclos s'est présenté de nouveau devant les caméras après la réunion du caucus libéral pour tenter de fournir des explications sur le modus operandi chez Service Canada.

"Quand l'information (sur le genre) est déjà connue, quand la manière de traiter avec respect est déjà connue, cette manière-là doit être utilisée, et si ça passe par monsieur ou madame, c'est tout à fait comme ça que ça va se passer", a-t-il indiqué.

"Si, par contre, les fonctionnaires de Service Canada ne savent pas exactement comment interagir avec les Canadiens, il est respectueux aussi de leur demander", a-t-il enchaîné, sans jamais préciser s'il avait personnellement ordonné à Service Canada de revoir ses pratiques.

Soyons clairs, Monsieur/Madame continuera à être utilisé par (Service Canada). Nous vérifions simplement comment les gens souhaitent qu'on s'adresse à eux.Jean-Yves Duclos

Sur le compte Twitter du ministre, on pouvait lire ceci: "Soyons clairs, Monsieur/Madame continuera à être utilisé par (Service Canada). Nous vérifions simplement comment les gens souhaitent qu'on s'adresse à eux."

Dans le cadre d'une revue de ses façons d'entrer en contact avec la population, l'organisme fédéral a demandé au personnel de première ligne "d'utiliser un langage neutre au niveau du genre" afin d'éviter "de décrire un préjugé perçu envers un genre ou un sexe".

Cette recommandation figure dans des notes d'allocution pour gestionnaires dont l'existence a d'abord été révélée par Radio-Canada. Le document note aussi que "mère" et "père" sont "des termes de genre spécifique" et qu'il faudrait plutôt employer "parent".

À son arrivée à la rencontre hebdomadaire du caucus de son parti, mercredi matin, le premier ministre Justin Trudeau ne s'est pas étendu sur le sujet, faisant valoir qu'il venait tout juste de prendre connaissance du reportage et qu'il comptait "regarder ça".

Mais l'histoire s'était déjà répandue comme une traînée de poudre dans les couloirs du parlement, suscitant parfois des railleries, parfois une incompréhension totale, des élus de l'opposition, mercredi matin.

Le député québécois Rhéal Fortin était du lot.

Ça devient quasiment farfelu. J'ai presque envie de vous dire que je suis content de voir qu'ils n'ont pas de plus gros problèmes que ça chez Service Canada.Rhéal Fortin

Pendant la période des questions en Chambre, les députés s'en sont donnés à coeur joie, plusieurs appuyant sur le "monsieur" de la formule "monsieur le président" qu'il est coutume d'employer au début de chaque question.

Avant le début de la séance, le chef conservateur Andrew Scheer avait fait un détour devant les caméras pour qualifier de "ridicule" cette situation. "Justin Trudeau divise. On s'attend à mieux d'un premier ministre", a-t-il lâché.

L'histoire de monsieur et madame a rebondi sur l'autre colline, où le gouvernement du Québec a dit "respecter" le choix de Service Canada d'utiliser un langage neutre, sans pour autant aller jusqu'à exprimer une volonté d'emboîter le pas dans l'immédiat.

"On n'en est pas là pour le moment", a déclaré en mêlée de presse la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

Elle a ajouté être tout de même "en analyse" des demandes de groupes qui souhaitent que le certificat d'état civil, par exemple, soit neutre, sans aucune mention de "père" ou de "mère".

"Cette situation peut parfois comporter des problématiques pour les familles homosexuelles, alors on est plutôt dans ce chantier-là actuellement. (?) La société doit être plus proactive, doit aussi s'adapter à la nouvelle réalité des familles québécoises", a-t-elle noté.

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