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20/03/2018 11:07 EDT | Actualisé 20/03/2018 11:20 EDT

Remplacement des F-16 belges: des documents de Lockheed Martin embarrassent le gouvernement

La durée de vie des F-16 de l'armée de l'air belge pourrait être sensiblement prolongée, selon des mémos de leur fabricant américain Lockheed Martin révélés mardi, qui ont mis dans l'embarras le gouvernement belge en pleine procédure de remplacement des avions.

Le Premier ministre Charles Michel a demandé mardi une enquête au sein du ministère de la Défense, selon son entourage cité par l'agence Belga.

La Belgique avait lancé en mars 2017 une procédure d'achat de 34 avions de combat pour remplacer sa flotte vieillissante de F-16, un marché estimé à 3,6 milliards d'euros.

Après le choix du titulaire du contrat parmi trois candidats --attendu à l'été 2018--, la livraison des nouveaux appareils doit s'écouler sur cinq ans environ à partir de 2023, comme l'a souhaité la Défense.

Or dans un mémo daté d'avril 2017, révélé mardi par plusieurs journaux belges, Lockheed Martin écrit qu'atteindre les 8.000 heures de vol effectives ne doit pas être le seul critère de mise à la retraite pour un F-16, et que certains appareils peuvent voler plus longtemps.

"En moyenne, l'avion peut rester en service pour six années supplémentaires" en tenant compte d'un autre critère, ajoute le document dont l'AFP a obtenu copie.

Dans un second mémo daté du 12 février 2018, produit mardi après-midi devant les députés par le ministre de la Défense Steven Vandeput, Lockheed Martin évoque même, dans certains cas, une activité pouvant se prolonger "27 années supplémentaires".

"Cela dépend du niveau de soumission au stress de l'avion, variable en fonction des missions", a expliqué à l'AFP un connaisseur du dossier.

Le ministre a assuré n'avoir jamais eu connaissance avant mardi de ces deux documents, demandés par des gradés de l'armée de l'air au fabricant américain.

Il a reproché "une erreur d'appréciation majeure" à ceux qui, au sein de la Défense, n'ont pas communiqué ces informations.

"Je n'ai jamais caché la moindre information au gouvernement ni au parlement", a insisté M. Vandeput, issu de la N-VA (nationalistes flamands).

L'opposition, déjà critique au départ, a dénoncé "le manque de transparence" dans le remplacement des F-16, certains députés réclamant ouvertement l'arrêt du processus.

La dépense publique totale liée à l'achat des 34 avions a été estimée à 15 milliards d'euros sur 40 ans, ont rappelé les députés Ahmed Laaouej (PS) et Benoît Hellings (Ecolo) joints par l'AFP.

"C'est colossal", a fait valoir M. Laaouej.

"Et si une information cruciale sur ce marché crucial n'a pas été transmise au ministre (de la Défense), c'est un problème", a ajouté M. Hellings, reprochant à M. Vandeput de "naviguer à vue" dans ce dossier.

Les trois candidats pour remplacer les F-16 sont l'avion F-35 de Lockheed Martin --souvent présenté comme favori--, le Typhoon du consortium européen Eurofighter et le Rafale du français Dassault.

Les deux premiers ont remis une offre chiffrée en février, via respectivement les Etats-Unis et le Royaume-Uni, tandis que la France s'est distinguée en proposant un partenariat comprenant, outre la fourniture de ses avions Rafale, "une coopération approfondie" dans les domaines militaire et industriel.

mad/agr/glr