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20/03/2018 06:20 EDT | Actualisé 20/03/2018 06:40 EDT

Grèves et manifestations en France: le printemps social qui défie Macron

Fonctionnaires, cheminots, retraités ou lycéens: tous en grève ! La multiplication des mouvements sociaux en France, à commencer jeudi par une grande manifestation des fonctionnaires et des cheminots, met au défi les ambitions de réforme du président Emmanuel Macron qui joue gros dans les semaines qui viennent.

Qui manifeste jeudi ?

A la base, le 22 mars est une journée de grève et de manifestations des fonctionnaires à l'appel de sept syndicats. Ils manifestent contre ce qu'ils appellent le "dynamitage" de la Fonction publique, alors que M. Macron veut supprimer 120.000 postes sur les quelque 5,64 millions de fonctionnaires que compte la France. Cette réduction passe par un recours plus massif aux contractuels ainsi qu'un plan de départs volontaires collectifs, un tabou dans ce secteur.

Les cheminots de la SNCF, rejoints par les salariés du métro parisien, se sont greffés sur ce mouvement pour protester eux-aussi contre la remise en question de leur statut spécial qui comprend notamment l'assurance d'un emploi à vie. La convergence de ces deux mobilisations augure d'une journée difficile pour les usagers avec d'importantes perturbations prévues dans les écoles, les transports et les services publics. Les cheminots ne comptent pas en rester là et ont appelé à une grève longue à partir du 3 avril, sur le rythme de deux jours sur cinq pendant près de trois mois.

Que reprochent les syndicats au gouvernement ?

Leurs reproches portent autant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, ils accusent Emmanuel Macron de pousser son agenda "libéral". Les syndicats de la SNCF en particulier dénoncent la "casse" de l'entreprise publique à travers une réforme qui vise, selon l'exécutif, à améliorer la compétitivité de l'opérateur lourdement endetté en vue de l'ouverture prochaine du rail à la concurrence européenne. Sur la forme, les organisations dénoncent la méthode Macron qui, selon elles, cherche à "passer en force" avec un recours assumé aux ordonnances, un dispositif législatif permettant d'écourter les débats au parlement et qui a déjà été utilisé pour réformer le code du travail.

Quels sont les autres foyers de contestation ?

La grève des fonctionnaires et des cheminots s'inscrit dans un climat social déjà tendu. Les gardiens de prison, les lycéens (avec peu de succès) et les personnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ont tous battu le pavé ces dernières semaines. Jeudi dernier, les retraités étaient eux aussi dans la rue pour défendre leur pouvoir d'achat amputé pour certains par une réforme fiscale de Macron. Et vendredi, au lendemain de la grève des fonctionnaires, les personnels d'Air France, tous métiers confondus, seront en grève pour la deuxième fois en un mois pour réclamer une augmentation de 6% des salaires.

Comment le gouvernement aborde-t-il ce conflit ?

Avec fermeté et déterminé à ne pas reculer sur l'essentiel. "On maintient le cap", assure le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Le gouvernement est conforté par le fait qu'il a réussi jusque-là à dérouler sans véritable résistance son programme de "transformation", dont la délicate réforme du code de travail. Mais l'exécutif s'attend tout de même à traverser une sévère zone de turbulences, surtout si le conflit s'installe sur la durée à la SNCF, qui transporte près de cinq millions de personnes par jour. Selon un récent sondage, les Français jugent pour l'instant "injustifié" le mouvement des cheminots. Mais une grève "forte et dans la durée" peut mettre la population du côté des cheminots, prévient l'historien Michel Pigenet, spécialiste des mouvements sociaux.

Les cheminots peuvent-ils paralyser durablement la France comme en 1995 ?

En 1995, une grève massive, la plus importante en France depuis mai 1968, avait paralysé le trafic ferroviaire pendant une vingtaine de jours, contre un projet de réforme du rail et des retraites. Porteur du projet, le gouvernement de droite avait fini par reculer. Le cas de figure de 2018 n'est pas tout à fait comparable. Les syndicats paraissent plus divisés et les revendications des cheminots portant sur leur statut privilégié résonnent moins dans l'opinion. Le fait que les jours de grève ne soient plus payés et l'instauration en 2007 d'un service minimum obligatoire dans les transports en commun changent également la donne.

jk/mw/ia

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