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20/03/2018 09:15 EDT | Actualisé 20/03/2018 09:16 EDT

Le plan un peu fou de scientifiques pour sauver les rhinocéros blancs du Nord

Pas de mâle? Pas de problème!

C'est une bien triste nouvelle qui rapproche un peu plus l'espèce de l'extinction: Sudan, le dernier rhinocéros blanc mâle du Nord, est mort ce lundi 19 mars. Ne reste donc plus que deux représentantes, les femelles Najin et Fatu, qui n'ont pas réussi à s'accoupler avec Sudan avant son décès.

Le rhinocéros blanc du Nord est-il donc condamné? Pas si l'on en croit des chercheurs d'une équipe internationale qui ont un plan audacieux: réaliser la première FIV (fécondation in-vitro) sur un rhinocéros.

Voilà plus de deux ans que le projet est lancé. Le principe est simple: récolter d'un côté du sperme de Sudan et des ovules de Najin ou de Fatu. Une fois la cellule œuf créée en laboratoire, ne reste plus qu'à l'implanter dans l'utérus d'un rhinocéros blanc du Sud, cousin proche, mais dont l'espèce est riche de plus de 20 000 individus.

Embryon du Nord cherche mère porteuse du Sud

En juillet dernier, de premières expériences ont été réalisées sur des femelles du Sud, rapporte la BBC. Le but était de tester la technique avant de faire de même sur les derniers représentants des rhinocéros du Nord. Car il n'est pas simple de récupérer les ovules dans un rhinocéros.

En parallèle, les chercheurs ont déjà réussi à récupérer le sperme d'un rhinocéros blanc du Nord. Un acte réalisé sous anesthésie qui a failli, à l'époque, avoir la peau de l'animal. Les scientifiques avaient alors improvisé un massage cardiaque en sautant à pieds joints sur les côtes du rhino, comme le raconte Thomas Hildebrandt, l'un des chercheurs en charge du projet, dans une conférence donnée en décembre.

Depuis, les chercheurs essayent de perfectionner leur technique de FIV. Une fois celle-ci au point, le but sera donc de créer un embryon de rhinocéros blanc du Nord, puis de l'implanter dans une femelle du Sud.

Pour l'instant, les chercheurs ont réussi à avoir un embryon avancé via une FIV entre deux rhinocéros blanc du Sud, mais n'ont pas encore essayé de l'implanter. Et même si cela ne marche pas, il sera toujours possible de féconder une femelle du Sud avec le sperme congelé du mâle du Nord. Un hybride de ce type est né dans les années 70, mais n'a pas vraiment été étudié, précise la BBC. Ce qui veut dire que l'on ne sait pas trop s'il était en bonne santé malgré le mélange génétique.

Un plan de la dernière chance polémique

Ce plan de sauvetage ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique. Pour Thomas Hildebrandt, "on doit faire quelque chose, car ce n'est pas une extinction liée à la sélection naturelle". En effet, c'est avant tout le braconnage, pour les cornes, qui a entraîné la quasi-disparition des rhinocéros blancs du Nord.

Mais cette FIV, ces opérations de récupération d'ovules et de spermatozoïdes, coûtent cher. Richard Emslie, un spécialiste des rhinocéros, estimait ainsi en 2016 que l'argent investi dans ce projet pouvait pénaliser d'autres initiatives de terrain.

Et en dehors du prix, certains estiment que d'aller si loin dans la médicalisation peut poser problème. "Cela reviendrait à dire que nous pouvons laisser des espèces se rapprocher de l'extinction et que la technologie moderne les ramènera. Il y a un risque moral substantiel", estimait de son côté Stuart Pimm, un biologiste de la conservation.

Des doutes qui avaient déjà été émis lorsque d'autres scientifiques ont affirmé qu'ils allaient bientôt "ressusciter" le mammouth.

Faut-il vraiment sauver les rhinos blancs du Nord ?

Dans une tribune au Washington Post, le biologiste Alexander Pyron va même beaucoup plus loin. Selon lui, il ne faut pas tenter de sauver le rhinocéros blanc du Nord. Aussi horrible que cela puisse paraître, il y a une logique derrière cette affirmation.

"La seule raison pour laquelle nous devrions conserver une biodiversité est nous même, pour créer un futur stable pour les êtres humains", estime-t-il. Le biologiste rappelle que l'extinction d'espèces a toujours existé, et que c'est justement le principe même de la théorie de l'évolution.

Quant au fait de dire que c'est l'homme et non la nature qui a décimé certaines espèces? "Mais nous faisons partie de la biosphère comme toutes les autres créatures , et nos actions sont tout aussi volitives, leurs conséquences aussi naturelles", estime-t-il.

"Conserver une espèce que nous avons aidé à détruire, mais dont nous ne sommes pas directement dépendants, permet de nous décharger de notre propre culpabilité, mais pas à grand chose de plus", estime Alexander Pyron. Est-il besoin de préciser que Thomas Hildebrandt n'est pas d'accord?

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.

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