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20/03/2018 09:52 EDT | Actualisé 20/03/2018 10:00 EDT

Espagne: quatre brèves interpellations pour un hommage à une ex-membre de l'ETA

La Garde civile espagnole a entendu pendant plusieurs heures mardi quatre militants indépendantistes basques pour avoir organisé un hommage funèbre à une ancienne membre de l'ETA décédée en novembre.

"Les agents de la Garde civile ont arrêté quatre personnes au Pays basque et en Navarre, accusées d'apologie du terrorisme (...) pour avoir participé à des hommages à Belén Gonzalez Peñalba, membre de l'ETA décédée", indique la Garde civile dans un communiqué.

Il s'agit des militants de la gauche indépendantiste basque, José Antonio "Antton" Lopez Ruiz, Oihana Garmendia, Olatz Dañobeitia (ainsi que de) Miren Zabaleta, une importante dirigeante du parti indépendantiste Sortu en Navarre, a précisé la Garde civile.

Tous ont déjà effectué des séjours en prison, en Espagne ou en France, pour leur proximité avec l'ETA.

Belén Gonzalez Peñalba, alias "Carmen", avait été membre du "Commando Madrid" chargé de sanglants attentats dans la capitale espagnole, dans les années 1980. Elle avait aussi participé, à deux reprises, à des négociations de paix en Algérie en 1989, puis en Suisse en 1999.

Elle a été emportée par un cancer à la mi-novembre, à l'âge de 59 ans.

Fin novembre, le parti Sortu lui avait rendu hommage.

"Nous sommes face à des faits très graves de violation des droits civils et politiques par l'Etat espagnol", a réagi Marian Beitialarrangoitia, la porte-parole de la gauche séparatiste basque au Congrès des députés de Madrid, dénonçant une "persécution politique".

Selon Gotzon Elizburu, porte-parole de Sortu interrogé par l'AFP, les quatre militants ont été relâchés dans l'après-midi après avoir été entendus par la garde civile qui a gardé leurs téléphones.

Ces arrestations se produisent dans un contexte de polémiques autour de célébrations de "bienvenue" d'anciens prisonniers de l'ETA, peu à peu libérés après avoir purgé leurs peines et accueillis dans leurs villages, encore traumatisés par des crimes de sang et au grand dam des associations de victimes.

"Nous les Basques ne pouvons accepter que ce type de choses continue de se produire au Pays basque, que l'on rende hommage à deux personnes qui ont coopéré" pour un assassinat, avait dénoncé, mi-février, la secrétaire générale du Parti populaire (PP, conservateur) au Pays basque, Amaya Fernandez, entourée de militants qui brandissaient les photos d'une victime de l'ETA, mi-février, face aux soutiens des deux prisonniers.

"Ce ne sont pas des hommages mais des actes de bienvenue. Il n'y a pas eu de tensions, mais le PP a mis l'accent là-dessus (...) Ils veulent interdire ces gestes pour imposer leur version" de ce qui s'est passé pendant les années de violence au Pays basque, a rétorqué Gotzon Elizburu.

L'ETA est tenue pour responsable de la mort d'au moins 829 personnes en Espagne et en France en 40 ans de lutte armée pour l'indépendance du Pays basque et de la Navarre.

Mais pendant les années 1980, les plus sanglantes, des "commandos" au sein de la police ou de la garde civile ont aussi commis des assassinats extrajudiciaires et des tortures, en riposte à la vague d'attentats et d'enlèvements de l'ETA.

L'organisation séparatiste a finalement renoncé en 2011 à la violence, et annoncé son désarmement en avril 2017. Le quotidien basque Gara, qui lui sert habituellement de tribune, a rapporté en février que les militants de l'organisation clandestine avaient commencé à voter sur sa dissolution, qui pourrait intervenir "avant l'été", selon Gotzon Elizburu.

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