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20/03/2018 08:10 EDT | Actualisé 20/03/2018 08:20 EDT

Enlèvement des élèves de Dapchi: l'armée nigériane n'a pas réagi à temps (Amnesty)

Amnesty International accuse l'armée nigériane d'avoir ignoré les mises en garde répétées sur les mouvements de combattants de Boko Haram dans l'Etat de Yobe, quelques heures avant et après l'enlèvement de 110 jeunes filles dans leur école de Dapchi, dans un rapport publié mardi.

Ce drame s'est déroulé dans des circonstances quasi-identiques au kidnapping de Chibok, en avril 2014, où plus de 200 lycéennes ont été enlevées déclenchant une vague d'émotion mondiale.

Quelques jours après l'enlèvement de Dapchi, le président Muhammadu Buhari l'a qualifié de "désastre national", et a assuré faire tout ce qui est en son pouvoir pour les libérer, notamment à travers des négociations.

Mais comme pour Chibok il y a quatre ans, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International assure que les forces militaires avaient été alertées sur la présence de groupes jihadistes lourdement armés dans les environs et qu'elles ne sont pourtant pas intervenues.

Dans les deux cas, les autorités nigérianes ont reconnu l'incident après plusieurs jours de silence et de cafouillage médiatique.

"Visiblement, aucun leçon n'a été tirée" de Chibok, écrit Osa Ojigho, directrice d'Amnesty pour le Nigeria, qui dénonce des "manquements sécuritaires inexcusables".

"Une enquête doit être ouverte pour déterminer les erreurs du gouvernement dans la gestion de cette crise", insiste Mme Ojigho. "Il est crucial de comprendre les racines du problème".

"Pourquoi n'y avait-il pas de présence militaire suffisante?", s'interroge-t-elle alors que le nord-est du pays est toujours en proie aux violences. "Quelles mesures ont été prises (depuis Chibok) pour protéger les écoles dans cette région du Nigeria?" "Quelles procédures faut-il adopter si un tel événement se reproduit?".

Selon Amnesty, les services de sécurité ont reçu au moins cinq appels l'après-midi de l'attaque, prévenant que des combattants étaient en route pour Dapchi, une petite ville au nord de l'Etat de Yobe.

Des résidents ont notamment vu passer une cinquantaine d'insurgés, à bord de neuf véhicules, à 30 kilomètres de leur cible. Selon les témoignages, ils se sont rendus ensuite, avec leur captive à Gumsa, où des habitants ont également informé l'armée.

- contrat d'armement -

L'armée nigériane, dans un communiqué, a dementi ces accusations qu'elle juge "fausses".

"Aucune force de sécurité n'était informée de la préparation d'un enlèvement des filles de Dapchi", écrit John Agim, porte-parole du ministère de la Défense, accusant l'ONG de "vouloir ternir les sentiments des Nigérians".

"Quels sont les motifs d'Amnesty?", s'interroge de son côté le ministère de la Défense. "La réponse est simple: le président Trump a accepté de collaborer avec le gouvernement nigérian pour mettre un terme à l'insurrection dans le nord-est et AI (Amnesty International) veut faire tout ce qui est en son pouvoir pour que cette coopération échoue."

Le Nigeria et Washington ont récemment finalisé un contrat de 496 millions de dollars pour la vente d'armement, dont des avions d'attaque au sol Super Tucano A-29, qui devraient être livrés dans les prochains mois.

L'administration Obama avait suspendu cette vente en janvier 2017, après le bombardement "par erreur" de l'armée nigériane sur un camp de déplacés à Rann, qui avait tué 112 civils. Donald Trump a décidé de relancer le projet quelques mois après son arrivée à la Maison Blanche.

L'armée nigériane est souvent dénoncée, par Amnesty International mais aussi par d'autres organisations de surveillance des droits de l'Homme, pour son usage excessif de la force et pour les meurtres extra-judiciaires.

Le président Buhari élu en 2015 sur la promesse qu'il allait vaincre Boko Haram, ne cesse de répéter que l'insurrection est "techniquement vaincue", mais cet enlèvement, ainsi que l'attaque d'un camp de déplacés à Rann, qui a coûté la vie à trois employés nigérians des Nations unies quelques semaines plus tard, met en lumière les graves défaillances sécuritaires dans tout le nord-est.

Le groupe jihadiste et la répression par l'armée ont fait plus de 20.000 morts depuis 2009 et 1,6 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer. Le groupe a enlevé des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants depuis 2009, afin de grossir ses rangs.

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