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20/03/2018 08:15 EDT | Actualisé 20/03/2018 08:20 EDT

Egypte: la répression depuis 2013

Une répression généralisée a suivi la destitution et l'arrestation, le 3 juillet 2013, par l'armée, dirigée alors par Abdel Fattah al-Sissi, du président issu des Frères musulmans Mohamed Morsi.

- Carnage -

Le 14 août 2013, les forces de l'ordre lancent un assaut sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda au Caire, où des milliers d'islamistes campaient avec femmes et enfants depuis six semaines pour réclamer le retour de M. Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte.

Invoquant le fait notamment que des manifestants cachaient des armes, elles mettent fin dans le sang aux deux sit-in des pro-Morsi: plus de 700 morts, selon un bilan officiel. Human Rights Watch parle d'"une tuerie de masse".

Dès le lendemain, la police est autorisée à tirer à balles réelles sur les manifestants qui s'en prennent aux biens publics ou aux forces de l'ordre.

Selon Amnesty International, en sept mois, 1.400 personnes ont été tuées, des manifestants islamistes pour l'immense majorité.

Des dizaines de milliers de partisans pro-Morsi seront aussi emprisonnés, dont la quasi-totalité de la direction des Frères musulmans.

- Procès de masse d'islamistes -

Le 25 mars 2014, 529 personnes sont condamnées à la peine capitale pour, entre autres, meurtres et tentative de meurtres sur des policiers. L'ONU dénonce le "plus grand procès de masse" de l'histoire récente de l'Humanité.

Le 28 avril, 683 partisans présumés de M. Morsi sont condamnés à mort, dont le guide suprême des Frères musulmans Mohammed Badie. Près de 500 condamnés précédemment voient leur peine commuée en prison à vie.

Le 16 juin 2015, la justice confirme la peine de mort prononcée contre M. Morsi dans un procès pour violences et évasion de prison. Près d'une centaine de personnes, dont Badie, sont condamnées à mort.

En 2016-2017, la Cour de cassation a annulé des centaines de peines capitales, notamment celles prononcées à l'encontre de M. Morsi et des dirigeants de sa confrérie.

- Procès de figures de la révolte -

Le 4 février 2015, 230 militants --dont certains ayant participé à la révolte qui a chassé Hosni Moubarak en 2011-- sont condamnés à la prison à vie pour des manifestations qui ont mal tourné fin 2011. Parmi eux, l'un des leaders de la révolte, Ahmed Douma. 39 mineurs sont condamnés à 10 ans de prison. Les Etats-Unis et l'UE dénoncent de lourdes condamnations.

Des dizaines de militants laïcs et de gauche sont derrière les barreaux pour avoir enfreint une loi controversée limitant le droit de manifester.

En janvier 2017, Ahmed Maher, fondateur et porte-parole du Mouvement du 6 Avril, très actif en 2011, est libéré après trois ans de prison. Mais il reste sous contrôle judiciaire.

- 'Broyer la société civile' -

Le 24 mai 2017, le président Sissi promulgue une nouvelle loi régulant les activités des ONG. Le texte prévoit une "Autorité nationale", regroupant des représentants des services de sécurité pour gérer toute question relative aux financements venus de l'étranger et aux activités des organisations étrangères installées en Egypte.

Huit associations, dont HRW, dénoncent un texte controversé qui va "broyer la société civile".

- La communauté LGBT visée -

Le 25 septembre 2017, au moins six personnes sont arrêtées après avoir brandi un drapeau arc-en-ciel symbole de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) lors d'un concert au Caire.

En novembre, après des dizaines d'arrestations, 16 hommes sont condamnés à trois ans d'emprisonnement.

- Médias sous surveillance -

L'Egypte occupe la 161e place (sur 180 pays) au classement 2017 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Au moins 29 journalistes y sont emprisonnés. 500 sites internet ont été bloqués en moins d'un an.

Sont notamment visés la chaîne qatarie Al-Jazeera, le site libéral Mada Masr, ou le journal libéral Daily News Egypt.

Les médias occidentaux sont accusés de ternir l'image de l'Egypte à l'étranger.

- Des candidats éliminés -

Le 23 janvier 2018, l'ancien chef d'état-major Sami Anan est interpellé et exclu de la présidentielle après l'annonce de sa candidature. Il est poursuivi pour s'être engagé dans la course "sans l'autorisation des forces armées".

Avant lui, l'ex-Premier ministre Ahmed Chafiq avait été conduit dans un hôtel à son retour d'exil aux Emirats arabes unis, après s'être déclaré candidat. Il y est resté jusqu'à ce qu'il retire sa candidature.

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