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20/03/2018 07:25 EDT | Actualisé 20/03/2018 07:40 EDT

Cambridge Analytica: les régulateurs britannique et européens s'emparent du dossier

Les autorités européennes et britannique chargées de la protection des données ont décidé d'enquêter sur la société Cambridge Analytica, accusée d'avoir illégalement acquis des données d'utilisateurs de Facebook, dont le patron vient d'être convoqué par des parlementaires britanniques pour s'expliquer.

Les autorités chargées de la protection des données dans les pays de l'UE "vont discuter du sujet durant une réunion" mardi à Bruxelles du "G29", leur instance de coopération européenne, a indiqué la Commission européenne, dont une représentante à Washington va demander mardi des "clarifications" à Facebook.

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a de son côté annoncé lundi que les eurodéputés allaient "enquêter pleinement" sur cette "violation inacceptable des droits à la confidentialité des données", révélée par le New York Times et The Observer, l'édition dominicale du quotidien britannique The Guardian.

Au Royaume-Uni, l'Information Commissionner's Office (ICO), autorité indépendante chargée de réguler le secteur et de protéger les données personnelles, a demandé l'autorisation d'enquêter au sein de l'entreprise afin de pouvoir "fouiller les serveurs, effectuer une vérification des données".

Le régulateur britannique a affirmé qu'il avait demandé dès le 7 mars à Cambridge Analytica d'accéder à ses dossiers et données mais n'avoir pas obtenu de réponse "dans les délais impartis".

Elizabeth Denham, à la tête de l'ICO, a précisé avoir demandé et obtenu du réseau social Facebook qu'il arrête sa propre enquête sur Cambridge Analytica car elle pouvait potentiellement compromettre celle du régulateur.

Jugeant que Facebook a jusqu'ici "constamment sous-estimé le risque" d'acquisition de données personnelles d'utilisateurs sans leur consentement et a fourni des réponses "trompeuses", une commission parlementaire britannique a elle demandé mardi à son patron Mark Zuckerberg de venir s'expliquer devant elle. Et lui a donné jusqu'à lundi pour répondre.

Cambridge Analytica (CA) a de son côté "nié fermement" avoir récupéré sans leur consentement les données de 50 millions d'utilisateurs de Facebook afin de peser dans la campagne présidentielle de Donald Trump.

- Prostituées -

Des dirigeants de CA sont en outre accusés d'avoir voulu piéger des hommes politiques en tentant de les corrompre, ou avec l'aide de prostituées.

La chaîne de télévision Channel 4 News a diffusé lundi soir une enquête dans laquelle le directeur général de CA, Alexander Nix, apparaît en caméra cachée. Interrogé par un reporter qui se fait passer pour l'intermédiaire d'un riche Sri Lankais qui souhaite voir des candidats élus, Alexander Nix suggère des techniques pour mettre en difficulté un rival politique.

Ainsi, offrir "une grosse somme d'argent au candidat pour financer sa campagne en échange de terrains par exemple, nous aurons tout enregistré et nous effacerons le visage de notre type et posterons la vidéo sur internet", ou encore "envoyer des filles autour de la maison du candidat".

Interrogé dans le quotidien The Times, Alexander Nix a démenti avoir tenté de piéger des hommes politiques. Il a défendu la moralité de son entreprise et envisagé son départ si le conseil d'administration le lui demandait.

Dans un communiqué, CA a estimé que le reportage avait été "édité et scénarisé pour déformer grossièrement la nature de ces conversations et la manière dont l'entreprise gère ses affaires".

De son côté, Facebook dit avoir fermé le compte de CA et avoir engagé un cabinet d'audit numérique pour faire la lumière sur cette affaire.

Facebook, comme Twitter ou Google, est accusé depuis des mois d'avoir servi à des entités liées à la Russie pour manipuler l'opinion publique, en particulier lors de la campagne présidentielle américaine ou celle du référendum sur le Brexit en 2016.

Ils sont aussi régulièrement accusés de ne pas assez protéger les données personnelles de leurs utilisateurs, qui sont la base de leur modèle économique.

A 15H15 GMT, l'action Facebook baissait de 4,75% à 164,36 dollars à la Bourse de New York après une chute de 6,8% lundi.

pau/oaa/lpt

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