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20/03/2018 04:44 EDT | Actualisé 20/03/2018 05:00 EDT

Cambridge Analytica : le régulateur britannique veut enquêter

Le régulateur britannique chargé de la protection des données privées veut enquêter dans les fichiers de la société Cambridge Analytica, accusée d'avoir illégalement acquis des données d'utilisateurs de Facebook et tenté de piéger des hommes politiques pour influer sur le déroulement des campagnes électorales.

"Nous demandons un mandat afin que, en tant qu'organisme de réglementation, nous puissions fouiller les serveurs, effectuer une vérification des données", a expliqué mardi sur BBC Radio 4 Elizabeth Dunham, à la tête de l'Information Commissionner's Office (ICO), autorité indépendante dont la mission est de réguler le secteur et de protéger les données personnelles.

Elle a précisé avoir obtenu du réseau social Facebook d'arrêter sa propre enquête car elle pouvait potentiellement compromettre celle du régulateur. "Nous avons conseillé à Facebook de prendre du recul, de nous laisser y aller en tant que régulateur et de faire notre travail et il a accepté".

Il s'agit aussi pour le régulateur de savoir "s'il y avait ou non un consentement suffisant" des utilisateurs de Facebook "pour partager leurs données avec l'application".

L'ICO a affirmé qu'il avait réclamé dès le 7 mars à Cambridge Analytica de pouvoir accéder à ses dossiers et à ses données mais n'avoir pas obtenu de réponse "dans les délais impartis". D'où la demande de mandat pour enquêter.

Lundi soir, Cambridge Analytica (CA) a "fermement nié" avoir récupéré sans leur consentement les données de 50 millions d'utilisateurs de Facebook afin de peser dans la campagne de Donald Trump pour la présidentielle.

- Prostituées -

Outre ces accusations, des cadres dirigeants de CA sont accusés d'avoir voulu piéger des hommes politiques en tentant de les corrompre ou avec l'aide de prostituées.

La chaîne de télévision Channel 4 News a diffusé lundi soir une enquête dans laquelle le directeur général de CA, Alexander Nix, est filmé en caméra cachée. Interrogé par un reporter se faisant passer pour l'intermédiaire d'un riche Sri-Lankais qui souhaite voir des candidats élus, Alexander Nix suggère des techniques pour mettre en difficulté un rival politique.

Par exemple, offrir "une grosse somme d'argent au candidat pour financer sa campagne en échange de terrains par exemple, nous aurons tout enregistré et nous effacerons le visage de notre type et posterons la vidéo sur internet", ou encore "envoyer des filles autour de la maison du candidat".

"Nous pourrions amener des Ukrainiennes en vacances avec nous, vous voyez ce que je veux dire", dit-il, ajoutant que les Ukrainiennes "sont très belles, je trouve que ça marche très bien".

Interrogé dans le quotidien The Times, ALexander Nix a démenti avoir voulu piéger des hommes politiques.

"Je ne savais pas dans quoi je me lançais et le gars commence à dire : +nous devons changer le paysage politique, j'ai besoin de piéger les politiques, comment pouvons-nous faire ça ?+ J'ai donc repris quelques exemples et j'ai dit que vous pouviez faire ceci ou cela", a affirmé Alexander Nix.

Il a défendu la moralité de son entreprise : "Nous travaillons uniquement pour les partis politiques traditionnels au cours d'élections libres et justes, dans des démocraties libres et équitables et nous sommes fiers du travail que nous faisons". M. Nix a également envisagé son départ si le conseil d'administration le lui demandait.

Dans un communiqué, CA a estimé que le reportage avait été "scénarisé pour grossièrement déformer la nature de ces conversations et la manière dont l'entreprise gère ses affaires".

Lundi, Downing Street avait jugé "très préoccupantes" les premières accusations révélées par les journaux américain New York Times et britannique Observer ainsi que par la chaîne de télévision britannique Channel 4 News. CA avait précisé dans un communiqué "n'avoir pas travaillé sur le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni".

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