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18/03/2018 12:46 EDT | Actualisé 18/03/2018 12:46 EDT

Un organisme oeuvre à faire du Québec une terre d'avenir pour le drone

Les usages du drone sont nombreux: surveillance, inspection des berges et barrages, foresterie, faune, calculs polarimétriques, etc.

Kypros via Getty Images

Un organisme du Lac-Saint-Jean spécialisé en drones avance dans ses démarches pour attirer des grands de l'aéronautique comme Airbus au Québec.

Le directeur du Centre d'excellence sur les drones (CED) d'Alma, Marc Moffatt, est revenu de la mission récente du premier ministre Philippe Couillard en France, où il a fait de la prospection d'entreprises pour que le Québec devienne une porte d'entrée nord-américaine dans le domaine des avions sans pilote.

Le drone est un secteur de pointe en plein développement, en raison de son grand potentiel en matière de surveillance et d'inspection des structures et du territoire, les côtes, les ponts, les barrages, les pylônes, etc.

M. Moffatt a aussi fait un crochet à Barcelone, en Espagne, et a bon espoir de voir de nouveaux joueurs s'installer au Québec.

«Ça fait bouger les choses, mais pas assez vite», a-t-il déclaré dans une entrevue avec La Presse canadienne diffusée dimanche. Toutefois, «les démarches pourraient aboutir bientôt», a-t-il ajouté, après cette mission jugée «positive».

L'espace comme atout

Parmi les atouts du CED: un vaste espace aérien réservé pour tester les appareils. Il s'agit d'un des deux seuls périmètres autorisés par Transports Canada au pays pour effectuer des vols hors de la portée visuelle des opérateurs, jusqu'à 200-300 km de distance, a expliqué M. Moffatt.

C'est un avantage par rapport à des pays plus petits et densément peuplés, avec un espace aérien plus achalandé, comme l'Espagne ou la France.

«Le drone, à court terme, n'est pas équipé de système de détection et d'évitement, c'est pour ça qu'il faut fermer l'espace aérien», a précisé le patron du CED.

Singular Aircraft, de Barcelone, a conçu un gros appareil de 14 m d'envergure en aluminium, le Flyox, et l'entreprise est «un peu frustrée» parce qu'elle a de la difficulté à obtenir du soutien gouvernemental et à effectuer ses essais, faute d'espace aérien, a relaté M. Moffatt.

«On est à leur préparer une offre, on croit qu'ils vont venir en avril au forum innovation (en aérospatiale à Montréal), et ensuite on les inviterait», a-t-il poursuivi.

De surcroît, il existe des programmes au Québec qui permettraient de financer l'entreprise, de mettre à sa disposition des infrastructures, etc. M. Moffatt rêve même d'usines d'assemblage au Saguenay-Lac-Saint-Jean, puisque la région est productrice d'aluminium.

«Mais ils sont courtisés par plusieurs, pour être honnête», a-t-il reconnu.

Porte d'entrée

Néanmoins, «le Québec est bien positionné» sur le plan mondial dans cette industrie en croissance, a-t-il assuré. Il fait entre autres valoir que plusieurs universités à Montréal ont déjà leur laboratoire de drones.

«On devient une porte d'entrée pour les entreprises qui veulent intégrer le marché québécois», a-t-il souligné.

À Toulouse, où la mission a fait une halte, M. Moffatt en a profité pour approcher une autre entreprise, Delair-Tech, intéressée par les installations du CED.

Toulouse est aussi la ville d'Airbus et de Thales, qui sont en pleine phase de développement de drones. M. Moffatt a eu des contacts avec ces entreprises au cours de la dernière année.

«Pour nous, c'est important de sensibiliser ces gens-là, de leur dire qu'il y a de l'activité au Québec dans le secteur du drone et que la communauté aéronautique se positionne.»

Polyvalence méconnue

Les usages du drone sont nombreux: surveillance, inspection des berges et barrages, foresterie, faune, calculs polarimétriques, a énuméré le dirigeant du CED.

Cependant, les grandes sociétés comme Rio Tinto ou encore Hydro-Québec méconnaissent encore sa polyvalence, a-t-il déploré.

«On veut peut-être développer un programme de sensibilisation auprès des grandes entreprises. (...) C'est un secteur qui n'est pas évident parce que les grandes entreprises ne font que commencer à attribuer des contrats, cela ralentit peut-être les efforts dans le domaine du drone commercial.»

Conséquence: le développement des technologies du drone au Québec ne va pas aussi rapidement qu'aux États-Unis, estime M. Moffatt.

«On n'a pas encore développé le réflexe», a-t-il constaté.

Drones militaires

Dans le domaine militaire également, les efforts ont été ralentis parce qu'il n'y a pas eu de grands programmes d'acquisition au Canada et un appel d'offres des forces aériennes a été retardé, a expliqué M. Moffatt.

«On a eu plusieurs visites de grands fabricants, General Dynamics, Northrop Grumman», qui chercheraient ainsi à tisser des liens avec la base militaire aérienne de Bagotville au Saguenay, a précisé le directeur du CED. La base rend d'ailleurs disponibles de temps en temps des espaces aériens des CF-18 pour les essais de l'organisme almatois.

Le CED mise désormais sur Transports Canada et son Programme national de surveillance aérienne_ le système de surveillance du littoral canadien _ qui se tourne vers les drones et qui a déjà procédé à des tests au Lac-Saint-Jean.