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17/03/2018 10:10 EDT | Actualisé 17/03/2018 10:10 EDT

Vladimir Poutine est plus fort que jamais

Il cimente davantage son emprise sur la Russie.

Vladimir Poutine et sa Russie paraissent aujourd'hui plus invincibles qu'à n'importe quel autre moment depuis qu'il a pris le pouvoir il y a 18 ans.

Depuis la dernière fois où M. Poutine a affronté l'électorat en 2012, les Russes ont envahi l'Ukraine, annexé la Crimée et bombardé la Syrie. On les a aussi accusés d'avoir interféré avec l'élection présidentielle américaine, et ils se sont vantés de maintenant avoir à leur disposition l'arsenal nucléaire le plus sophistiqué de la planète.

«Personne ne nous écoutait. Écoutez-nous maintenant», a lancé M. Poutine récemment, au moment de dévoiler cet arsenal.

Il ne fait aucun doute que M. Poutine sera facilement réélu à la présidence dimanche. Alors, pourquoi même aller voter?

Il considère que la démocratie est une notion maladroite et même dangereuse — et pourtant il recherche la légitimité que seule une victoire au scrutin peut conférer. Il a besoin d'une preuve tangible que les Russes ont besoin de lui et de sa vision grandiose, plus qu'ils ne s'inquiètent de ces libertés qu'il étouffe, de la corruption qui ronge le pays et des sanctions que lui ont values ses actions en Ukraine et en Crimée.

«N'importe quel autocrate veut être aimé», a dit le politologue Andreï Kolesnikov, du Centre Carnegie de Moscou, et M. Poutine tire cet amour «d'un appui élevé lors des élections».

On s'attend à ce que M. Poutine aille chercher au moins 80 pour cent des voix, ce qui cimentera encore davantage son emprise sur le pays, faisant de lui un tsar des temps modernes avec un vernis démocratique.

Pendant 14 ans comme président et quatre ans comme premier ministre du plus grand pays du monde, M. Poutine a transformé l'image mondiale de la Russie, consolidé son contrôle de la politique et de l'économie, et jeté ses adversaires en prison. Il a offert l'asile politique à Edward Snowden, écrasé l'extrémisme en Tchétchénie, accueilli des Jeux olympiques à la facture astronomique et obtenu le droit de présenter la Coupe du monde de football dans quelques mois.

Maintenant âgé de 65 ans, il compte demeurer en poste encore longtemps.

L'élection confirmera les dires de M. Poutine, qui prétend que la Russie, pour continuer à s'améliorer, a besoin de continuité plus qu'elle n'a besoin d'un changement drastique, d'une presse libre, d'une opposition politique, de militants environnementaux, ou de droits pour les homosexuels ou d'autres minorités.

La Russie demeurera extraordinairement dépendante des cours du pétrole et ses 144 millions d'habitants resteront plus pauvres qu'ils ne devraient l'être — et plusieurs seront alors plus convaincus que jamais que la planète entière est contre eux.

La principale mission de M. Poutine au cours des six prochaines années sera de déterminer la marche à suivre à la fin de son mandat, en 2024: moussera-t-il la candidature d'un dauphin qui lui est sympathique ou bien inventera-t-il un stratagème pour rester au pouvoir?

Le Vladimir Poutine omnipotent d'aujourd'hui n'a rien en commun avec l'homme qui a accédé à la présidence à l'aube du nouveau millénaire.

Catapulté vers le pouvoir par la démission inattendue de Boris Eltsine, M. Poutine est entré dans son nouveau bureau le 31 décembre 1999, vêtu d'un complet qui pendait sur ses épaules. Ses antécédents au sein du KGB éveillaient les soupçons, et plusieurs ne voyaient en lui rien de plus que la marionnette des oligarques qui tiraient les ficelles du Kremlin.

La Russie peinait toujours à émerger de l'implosion de l'Union soviétique. Les meurtres se multipliaient, l'armée était trop pauvre pour fournir des chaussettes à ses soldats et le budget du pays dépendait des prêts étrangers.

Dix-huit ans plus tard, les amis de M. Poutine contrôlent l'économie et l'armée montre les dents.

Une génération entière n'a jamais connu la Russie sans Vladimir Poutine aux commandes. Et de plus en plus de leaders — dont le président américain Donald Trump — copient sa mentalité de forteresse nationaliste assiégée. La presse russe, anciennement vigoureuse, s'est tue. La propagande du Kremlin rejoint maintenant les quatre coins du monde, grâce à des réseaux comme RT et Sputnik.

Mais si M. Poutine peut paraître invulnérable en surface, il doit quand même surveiller ses arrières.

Le Kremlin n'a cesse d'attaquer le militant anticorruption Alexeï Navalny, par crainte que ses enquêtes ne finissent par aviver la colère du public. Autour de M. Poutine, la guerre à sa succession pourrait entraîner l'apparition de failles dangereuses.

Les jeunes Russes, de plus en plus désillusionnés, pourraient aussi se retourner contre lui. Certains se sont ralliés à M. Navalny; d'autres n'iront tout simplement pas voter, drainant lentement son pouvoir.

Face à ces problèmes domestiques, on peut prédire des démonstrations de force à l'étranger.

«La scène mondiale est un environnement où il peut d'abord et avant tout gérer ces crises domestiques, a expliqué Matthew Rojansky, le directeur de l'Institut Kennan à Washington. Il peut annoncer une invasion de la Syrie ou quelque chose du genre dans cet espace postsoviétique.»

La victoire de M. Poutine était aussi assurée lors de son dernier rendez-vous avec l'électorat russe, mais sa position était moins solide. Le mouvement de M. Navalny avait attiré des milliers de personnes dans les rues de Moscou et d'autres villes, tandis que la classe moyenne éduquée était irritée par sa vision rétrograde.

Depuis ce moment, M. Navalny accumule les arrestations et des condamnations criminelles qui sont perçues comme une vengeance politique lui interdisent de briguer la présidence. D'autres opposants ont été mis à l'écart, comme le milliardaire Mikhail Khodorkovsky qui a passé dix ans en prison pour évasion fiscale — une punition pour ses ambitions politiques, selon plusieurs. Il vit maintenant en exil.

Pendant ce temps, les problèmes de la Russie persistent. M. Poutine, quand il se donne la peine de faire campagne, promet simplement un avenir meilleur, ce qui laisse sous-entendre que le présent laisse à désirer.

Environ 20 millions de Russes vivent actuellement sous le seuil de la pauvreté, qui est d'environ 180 $ US par mois, et il promet donc de bonifier les salaires et les régimes de retraite. Il veut de meilleurs soins de santé pour gonfler l'espérance de vie au-delà de 73 ans, soit plusieurs années de moins que les niveaux européens.

De récents lancements ratés attirent l'attention vers un secteur aéronautique qui a perdu une bonne partie de son lustre après avoir fait la fierté de l'Union soviétique. Et M. Poutine veut que son pays comble son retard dans des domaines comme la robotique et l'intelligence artificielle.

«On pourrait à tout le moins dire que M. Poutine aura beaucoup à faire pendant son prochain mandat», a dit M. Kolesnikov.

Il devra notamment s'assurer que son pays soit en mesure de lui survivre.

Comme le fait remarquer le politologue Dimitri Oreshkin, «tôt ou tard il n'y aura plus de Poutine, et à ce moment, qu'est-ce qu'on fera de la Russie?»