DIVERTISSEMENT
16/03/2018 06:00 EDT | Actualisé 16/03/2018 06:28 EDT

«Saturday Night Fever» brille de mille feux

Une grande fièvre s'empare du St-Denis!

Le Théâtre St-Denis est le lieu de tous les partys, par les temps qui courent. Après la Compagnie Créole qui a enflammé l'endroit il y a trois semaines, c'est maintenant aux sonorités du disco que le public peut s'y déhancher, devant l'éblouissante comédie musicale Saturday Night Fever, évidemment inspirée de la mythique Fièvre du samedi soir déjà quadragénaire du non moins célèbre John Travolta.

Ici, le bellissime danseur rebelle new-yorkais Tony Manero est incarné par un Nico Archambault fringant et parfaitement sculpté. Le juge des Dieux de la danse est notamment accompagné de son amoureuse, Wynn Holmes, sa covedette, dans le rôle de Stephanie Mangano, qui deviendra la partenaire de danse et de cœur de Tony. Amélie B. Simard est également de la distribution sous les traits d'Annette, prétendante déchuee de Tony, et y révèle un impressionnant talent vocal.

Offrant un pur émerveillement et un plaisir contagieux, le collectif d'une vingtaine d'artistes qui se trémoussent avec le diable au corps et qui chantent live, s'il vous plait, a le potentiel de propager cette ferveur du samedi soir encore plusieurs années, d'autant plus qu'on n'a pas gâché la sauce en conservant la trame sonore originale. Mary Poppins n'a qu'à bien se tenir.

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Brillant de mille feux à tous points de vue – mais vraiment à tous les égards - la production née en France, à l'hiver 2017, puis à Québec l'été dernier, vaut à tout prix le détour, qu'on soit amoureux de la Saturday Night Fever d'origine ou pas. Pour peu qu'on apprécie les spectacles musicaux, les chorégraphies survoltées et les airs emblématiques des années 70 à la Bee Gees, on s'y plaira. Prévoyez-y vos prochaines sorties de gang, retournez chercher votre cœur d'enfant – c'est quand même un peu nécessaire -, lâchez votre fou et amusez-vous! Vous en redemanderez.

Jeudi, l'assistance de la première médiatique, ô combien courue, avait peine à contenir son enthousiasme et bondissait de son siège au moindre prétexte. Un cri de joie dissipé n'attendait pas l'autre. Et l'énergie débordante se prêtait parfaitement au contexte.

Inclusif et joyeux

La quête du jeune et séduisant Tony Manero de Saturday Night Fever, c'est de pouvoir vivre sa passion pour la danse au grand jour, malgré les réticences de ses parents et les menaces des bandes rivales, sans se laisser déconcentrer par les regards insistants des demoiselles. Il trouvera son alter ego en la personne de Stephanie, qu'il apprivoisera pour éventuellement faire équipe. Un fil conducteur réconfortant qui n'a pas besoin d'être bien consistant pour nous happer pleinement.

Ces jolies stars et leurs amis, sautillant et tournoyant au gré des légendaires Stayin'Alive (qui donne l'élan en ouverture), You Should Be Dancing, Night Fever, If I Can't Have You, Disco Inferno, You Should Be Dancing, Boogie Shooes, How Deep Is Your Love, Nights on Broadway, Immortality et autres perles archiconnues du répertoire, incarnent la naïveté et les apprentissages de la jeunesse, sans morale ni prêchi-prêcha.

Mise au point par les producteurs LCQ, Gestev et SNF, Saturday Night Fever a fait un tabac l'été dernier au Capitole, dans la Vieille Capitale, où elle retournera d'ailleurs s'installer pour la prochaine saison chaude, et a déjà été vue par plus de 60 000 personnes à ce jour. Le projet avait défrayé les manchettes dès ses premiers balbutiements, entre autres quand il avait fallu remplacer la vedette française Fauve Hautot, qui n'avait pu se déplacer pour les représentations au Québec en raison d'ennuis de santé, et qui a finalement été remplacée, ici, par Wynn Holmes.

Cette Saturday Night Fever est soigneusement travaillée. Les décors, à grand déploiement, et les costumes, colorés et scintillants (attention à vos yeux, mais ils sont si jolis!) sont magnifiques, la mise en scène (de Stéphane Jarny, en collaboration avec Nico Archambault pour la mouture québécoise) et la scénographie (de Stéphane Roy) sont pleines de surprises – les boules disco qui allument le parterre, on aime! -, les pas de danse sont aussi minutieux que vifs et difficiles à suivre parce que trop endiablés (et signés Malik Le Nost), les voix sont justes et le rythme général ne souffre d'absolument aucun temps mort.

Chaque tableau apporte son lot d'originalité et de bonbons visuels, a sa raison d'être et en donne pour notre argent. On n'a souvent pas assez de deux iris pour tout voir.

Histoire d'entraîner le public dans la fièvre au maximum, le DJ et maître de cérémonie Monty, alias l'attachant Gwendal Marimoutou, interagit avec la foule d'un ton savoureusement ironique et fait le lien entre les gens et l'histoire sur scène. Son cours de danse au retour de l'entracte en ravira plusieurs.

De fait, toute la soirée, les spectateurs ont littéralement l'impression d'être invités à la fête, parce qu'on a songé à tous les détails pour rendre l'expérience inclusive et joyeuse pour tous, qu'il s'agisse des éclairages stroboscopiques, de l'utilisation des écrans (Pierrette Robitaille et Rémy Girard, qui personnifient les parents de Tony, apparaissent seulement en extrait vidéo, une judicieuse trouvaille), des structures et accessoires de décor si réalistes qu'on aurait le goût d'aller s'y promener ou des images grandioses en arrière-plan. Rien n'a été laissé au hasard.

On louangera d'ailleurs l'occupation de l'espace, dont on ne perd pas un millimètre, peu importe l'acte. Qu'un segment mette en scène une voiture antique, la maison familiale des Manero ou le studio de danse de nos jeunes étoiles, on a même peine, en certains instants, à reconnaître la grande scène du Théâtre St-Denis, rarement autant mise à profit et qui en a pourtant vu d'autres en termes de happenings du genre.

Seul bémol, bien minime : aucun comédien de Saturday Night Fever ne pourra donner de leçons de jeu prochainement, mais comme on leur demande davantage de se remuer le popotin et de pousser la chansonnette avec grâce, on ne reprochera pas à Nico et sa troupe de ne pas être De Niro ou Meryl Streep.

On vous défie de résister à la magie de Saturday Night Fever. Au Théâtre St-Denis à Montréal jusqu'au 1er avril et au Capitole de Québec du 27 juin au 2 septembre. Les détails au saturdaynight-fever.ca.

Déjà publié sur le HuffPost: