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16/03/2018 10:53 EDT | Actualisé 16/03/2018 11:46 EDT

Un journaliste arrêté alors «qu’il ne faisait que son travail», affirme Radio-Canada

Une histoire qui n'a pas fini de faire parler.

Facebook/Trépanier Antoine

Le journaliste Antoine Trépanier, de Radio-Canada, a été arrêté par la police de Gatineau, mardi soir, après qu'une personne faisant l'objet d'une enquête journalistique ait porté plainte pour harcèlement criminel.

La plaignante, Yvonne Dubé, est directrice générale des Grands frères et Grandes soeurs de l'Outaouais.

L'enquête de la société d'État a rendu public une décision de la Cour supérieure de l'Ontario qui reprochait à Mme Dubé de s'être «faussement présentée comme avocate» et d'avoir «pratiqué le droit sans autorisation de septembre 2011 à mars 2012.»

Le tribunal intimait du même coup à Mme Dubé de cesser de façon permanente de pratiquer le droit sans autorisation.

La direction de l'information de Radio-Canada Ottawa/Gatineau dit soutenir entièrement son journaliste et affirme que celui-ci a agi avec courtoisie et dans le respect de ses normes et pratiques journalistiques.

Selon la SRC, Antoine Trépanier a communiqué avec Mme Dubé une première fois le lundi 12 mars pour lui offrir un droit de réplique avant publication de son enquête. Celle-ci aurait répondu aux questions du journaliste au téléphone durant une vingtaine de minutes et aurait alors accepté de lui donner une entrevue devant la caméra.

Radio-Canada précise qu'Yvonne Dubé ne s'est pas présentée pour l'entrevue, laissant savoir qu'elle refusait désormais d'y participer.

Toujours selon le compte-rendu de la SRC, Antoine Trépanier a offert le lendemain, 13 mars, par courriel une nouvelle occasion à Mme Dubé de répondre à ses questions devant la caméra.

C'est à la suite de ce courriel que Mme Dubé a porté plainte au Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) pour harcèlement criminel.

Antoine Trépanier a reçu un appel des policiers chez lui, en soirée le 13 mars, pour l'aviser qu'il était en état d'arrestation. M. Trépanier s'est alors rendu au poste de police de Gatineau en compagnie de sa réalisatrice et du chef de l'information de Radio-Canada Ottawa/Gatineau, Martin Gauthier.

Il a signé une promesse de comparaître le 20 juin prochain et a été libéré sous certaines conditions, dont celle lui interdisant de communiquer avec Mme Dubé.

Aucune accusation n'a toutefois encore été portée contre lui, le dossier policier ayant été simplement remis entre les mains de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui décidera s'il donne suite à la plainte ou non.

Nous trouvons que son arrestation était sans fondement, qu'il ne faisait que son travail et que celui-ci respectait à 100 pour cent les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.Yvan Cloutier, directeur des Services français de Radio-Canada

«Nous trouvons que son arrestation était sans fondement, qu'il ne faisait que son travail et que celui-ci respectait à 100 pour cent les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada», a affirmé le directeur des Services français de Radio-Canada à Ottawa-Gatineau, Yvan Cloutier, dans une déclaration de la société d'État sur son site web.

Le Service de police de la Ville de Gatineau, pour sa part, s'est senti obligé de justifier son traitement de la plainte en plaidant l'équilibre.

Dans un communiqué émis vendredi matin, le SPVG affirme qu'il «considère comme primordiaux la liberté de la presse et le droit du public à une information de qualité, exacte, rigoureuse et complète» et ajoute qu'«en aucun cas et dans aucune circonstance, le SPVG n'a eu l'intention de brimer un journaliste dans l'exercice de ses fonctions et de restreindre sa liberté de presse.»

En contrepartie, le corps policier ajoute que «de même, le SPVG croit foncièrement au respect des droits des victimes qui désirent porter plainte afin que leur dossier soit traité en toute impartialité.»

Le communiqué du service de police précise qu'«une personne s'est présentée au poste de police du secteur de Hull alléguant qu'elle était victime de menaces de la part d'un homme.»

Il ajoute que «la présumée victime a rédigé une déclaration en bonne et due forme indiquant craindre pour sa sécurité à la suite de menaces reçues et de communications répétées de la part d'un homme.»

Radio-Canada a indiqué qu'Antoine Trépanier «continuera d'être affecté à titre de journaliste à Radio-Canada Ottawa-Gatineau pendant la suite des procédures.»

FPJQ: «Dangereux précédent»

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a vivement réagi à la décision du corps policer.

Son président, Stéphane Giroux, a dit trouver «extrêmement inquiétant» que l'arrestation d'Antoine Trépanier soit survenue sur la seule foi de la plainte de Mme Dubé, sans que la moindre enquête ait eu lieu.

«Je trouve ça étrange que la police de Gatineau n'ait pas remarqué qu'il y avait des petits drapeaux rouges dans cette histoire», a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse canadienne.

Bien que le journaliste n'ait toujours pas été accusé de quoi que ce soit, le fait de lui avoir imposé comme condition pour sa remise en liberté de ne pas communiquer avec la plaignante représente, selon lui, une entrave directe au travail journalistique.

«Parce que la police a accepté de recevoir une plainte sans faire d'enquête, elle (Yvonne Dubé) a réussi à réduire au silence un journaliste qui faisait son travail», a déploré M. Giroux.

Il rappelle que le travail journalistique implique «qu'on doive continuellement téléphoner, questionner, demander l'opinion des gens concernés par une nouvelle» et que les gens pourraient être tentés de s'adresser eux aussi aux policiers pour interrompre une démarche journalistique et, donc, que ce dossier pourrait, selon lui, «créer un précédent extrêmement dangereux.»