POLITIQUE
15/03/2018 10:40 EDT | Actualisé 15/03/2018 12:39 EDT

Camil Picard perd la présidence de la Commission des droits de la personne

Il était visé par des allégations d'agressions sexuelles sur un mineur.

Commission des droits de la personne

QUÉBEC – Éclaboussé par une enquête de La Presse qui révèle des allégations d'agressions sexuelles et abus de pouvoir, le président désigné de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), Camil Picard, s'est retiré de son poste.

Quelques heures après la publication du reportage, le conseil des ministres du gouvernement du Québec annonçait que le vice-président de la Commission, Philippe-André Tessier, a été désigné pour en occuper l'intérim.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, dit avoir reçu la lettre de démission de M. Picard jeudi matin – une «sage décision» à la suite de ces révélations. Elle n'a pas pu confirmer s'il aura droit à une prime.

Même si une personne n'est pas reconnue coupable, lorsqu'on occupe des fonctions aussi importantes, on ne peut pas passer à côté de la perception. Stéphanie Vallée, ministre de la Justice

La ministre admet que si le gouvernement avait su ce qu'il sait aujourd'hui, M. Picard n'aurait pas obtenu le poste. «Même si une personne n'est pas reconnue coupable, lorsqu'on occupe des fonctions aussi importantes, on ne peut pas passer à côté de la perception. C'est tout aussi important que les faits.»

M. Picard a fait l'objet d'une enquête en 2007 pour des gestes commis à l'endroit du plaignant, Yvan Côté, dans le milieu des années 80. M. Côté était un mineur au moment des faits.

M. Picard n'a jamais été accusé au criminel, mais a conclu une entente à l'amiable en lui versant 50 000$. Le document stipule que «le règlement est effectué dans reconnaissance ni admission de responsabilité de la part de Camil Picard».

M. Picard occupait l'intérim de la CDPDJ depuis que le congé forcé de la présidente Tamara Thermitus. Cette dernière s'est elle aussi retrouvée sur la sellette pour des allégations d'abus d'autorité, de mauvaise gestion et de manque de respect aussi révélées par le quotidien.

Des faits qui remontent à 1983

Les faits reprochés se seraient déroulés alors que M. Picard était coordonnateur clinique au Mont d'Youville, un centre d'hébergement pour jeunes en difficulté à Québec.

M. Côté allègue, dans une déclaration solonnelle, qu'il aurait rencontré M. Picard en 1983 alors qu'il faisait du pouce. M. Picard l'aurait fait monter dans sa voiture, puis lui aurait parlé d'une possibilité d'emploi au camp du Mont D'Youville.

M. Côté serait alors allé chez M. Picard, où il aurait consommé de la cocaïne et bu du vin. Le coordonnateur lui aurait fait une fellation et lui aurait incité le jeune de 16 ans à faire pareil en lui faisant miroiter l'emploi.

Des relations sexuelles auraient eu lieu à sept ou huit reprises sur une période de 10 mois. Pendant ce temps, M. Picard aurait fait plusieurs cadeaux à M. Côté.

Interrogé par La Presse, M. Picard a nié en bloc les accusations à son endroit. Il leur a aussi fait parvenir une mise en demeure dans laquelle il «nie catégoriquement» les allégations.

M. Côté est décédé en 2012 à l'âge de 45 ans.

Des vérifications insuffisantes?

M. Picard avait pourtant fait l'objet d'une vérification de sécurité. Les hauts fonctionnaires doivent remplir un questionnaire «assez élaboré» dans lequel ils doivent divulguer toute situation qui pourrait s'avérer compromettante si elle était rendue publique.

«Il y a de l'information qui n'avait pas été dévoilée», a conclu la ministre Vallée. Elle défend toutefois les habilitations sécuritaires qui sont en place. «Si une personne ne divulgue pas une situation, ce n'est pas qu'il y a une faille dans le processus.»

Malgré le congé forcé de la présidente Mme Thermitus et la démission de M. Picard, qui occupait l'intérim, Mme Vallée soutient qu'il y a une «volonté réelle » de la part des employés de «redonner à la Commission ses lettres de noblesse».

Elle dit que plusieurs employés qui avaient quitté, en raison d'un climat de travail difficile, sont revenus.

«Je peux comprendre qu'une organisation traverse des périodes difficiles, des périodes de crise, mais je préfère regarder vers l'avant et voir à travailler avec les équipes à améliorer la situation.»