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13/03/2018 11:40 EDT | Actualisé 13/03/2018 14:45 EDT

Gina Haspel, une femme accusée de torture, à la tête de la CIA

Gina Haspel doit remplacer Mike Pompeo, que Donald Trump a choisi pour devenir le chef de sa diplomatie.

Gina Haspel est la première femme nommée mardi à la tête de la CIA, mais le rôle de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes où des détenus étaient torturés pourrait compliquer sa tâche pour diriger l'une des plus grandes agences de renseignement du monde.

Mme Haspel, 61 ans, doit remplacer Mike Pompeo que Donald Trump a choisi mardi pour devenir le chef de sa diplomatie après le limogeage sans ménagement de Rex Tillerson.

Espionne très expérimentée dans les opérations clandestines, elle a rejoint l'agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde, notamment à Londres à la fin des années 2000.

"Gina est une espionne exemplaire et une patriote dévouée qui apporte plus de 30 ans d'expérience dans l'agence. Elle est aussi une dirigeante expérimentée avec une aptitude fantastique à faire les choses et à inspirer ceux qui l'entourent", déclarait Mike Pompeo en la nommant numéro 2 de l'agence il y a un an.

Mais sa confirmation par le Sénat pourrait se révéler difficile.

L'influent sénateur républicain John McCain a prévenu qu'elle devrait s'expliquer sur "la nature et l'étendue de sa participation au programme d'interrogatoires de la CIA pendant le processus de confirmation" et s'engager "sans réserve" à respecter les nouvelles lois qui interdisent l'usage de la torture dans les centres de détention américains.

M. McCain garde des séquelles physiques de la guerre du Vietnam, conséquences de fractures mal soignées et de tortures infligées en prison.

Le président de la commission du Renseignement du Sénat, le républicain Richard Burr, a d'ores et déjà annoncé qu'il soutiendrait sa nomination, expliquant qu'elle avait "les compétences, l'expérience et le discernement qu'il faut pour diriger une des agences les plus importantes du pays".

Mais le sénateur démocrate Ron Wyden a annoncé qu'il s'y opposerait. "A cause de son passé, Mme Haspel ne peut pas diriger la CIA", a-t-il déclaré. "Si elle veut occuper les plus hautes fonctions du renseignement américain, le gouvernement ne peut plus couvrir son passé gênant".

Gina Haspel avait été nommée en 2013 à la tête du Service national clandestin de la CIA mais avait été remplacée après quelques semaines, apparemment en raison de doutes sur sa responsabilité dans la mise en place après le 11 septembre 2001 de prisons secrètes à l'étranger où des méthodes comme la simulation de noyade, assimilée à de la torture, étaient employées pour interroger les suspects.

Destruction de vidéo compromettantes

Selon les médias américains, elle a dirigé une prison secrète en Thaïlande où les détenus étaient soumis à des simulations de noyade et à d'autres mauvais traitements. Le Washington Post a affirmé qu'elle avait aussi été impliquée dans la destruction en 2005 de vidéos compromettantes sur ces techniques "d'interrogatoire poussé" appliquées sur plusieurs détenus, membres présumés d'Al-Qaïda.

Un rapport secret sur ce programme de tortures de la CIA a été réalisé en 2014 par la commission du Renseignement du Sénat mais M. Burr tente depuis plusieurs mois d'en rassembler les copies, assurant vouloir éviter des fuites. Les démocrates craignent que l'élu républicain ne veuille détruire toutes les copies de ce rapport de 6700 pages et que la vérité sur ce programme de la CIA ne voit jamais le jour.

Un résumé de 528 pages a été rendu public en décembre 2014 mais pas la version complète. L'ancien président démocrate Barack Obama a conservé une copie pour sa librairie présidentielle de Chicago. Mais elle restera classée top secret jusqu'en 2029.

Si sa nomination est confirmée, Mme Haspel sera confrontée à de nombreux défis, notamment sur les ingérences de la Russie dans les élections américaines, que M. Trump rechigne à admettre.

Un ancien responsable de la CIA, Nick Shapiro, s'est réjoui de sa nomination. "Gina Haspel est une espionne de carrière, ce qui est ce dont l'agence a besoin, et bien loin de son directeur actuel, qui est politique", a-t-il tweeté. "Elle n'est pas du genre à faire de la politique, elle ne sera pas faible face à la Russie et elle sera franche avec" le président, a-t-il ajouté. "Le question est de savoir si Donald Trump l'écoutera".

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