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13/03/2018 16:50 EDT | Actualisé 13/03/2018 17:05 EDT

Les pitbulls pourraient devenir un «enjeu électoral»

C'est du moins ce qu'espère Lise Vadnais, la soeur de Christiane Vadnais, qui avait été attaquée sauvagement par un pitbull.

Getty Images/EyeEm

Les pitbulls pourraient bien montrer les crocs en campagne électorale, si le gouvernement ne met pas tout en oeuvre pour faire adopter le projet de loi 128 avant l'ajournement des travaux parlementaires en juin.

C'est du moins ce qu'espère Lise Vadnais, la soeur de Christiane Vadnais, cette résidante de Montréal qui avait été attaquée sauvagement par un pitbull derrière sa maison en 2016. Elle est morte des suites des morsures du molosse, qui appartenait à son voisin.

Lise Vadnais milite depuis pour que Québec légifère afin que ce genre de drames ne se reproduise plus.

Or, rien n'indique que les parlementaires auront le temps requis, avant la fin du présent mandat, pour étudier et adopter le projet de loi 128, qui vise à encadrer la possession de chiens dangereux.

Les élus n'ont même pas encore commencé à étudier le projet de loi, déposé il y a près d'un an, en avril 2017, soit 10 mois après la tragédie.

Mme Vadnais s'interroge sur les véritables intentions du gouvernement, qui pourrait préférer laisser le projet de loi mourir au feuilleton pour éviter une controverse à l'approche de l'échéance électorale.

Mais si le gouvernement Couillard recule et renonce à adopter son projet de loi, il pourrait en payer un prix politique, selon Mme Vadnais.

«S'il reculait, j'espère que ça va être un enjeu pour la prochaine campagne électorale», a-t-elle commenté en entrevue téléphonique à La Presse canadienne.

«Je serais extrêmement déçue» si le gouvernement renonçait à ce projet de loi, «si jamais c'était juste de la poudre aux yeux», dit-elle, constatant que le temps commence à manquer.

Elle se demande même si un autre drame comme celui qui a frappé sa soeur devra se produire pour faire bouger les politiciens. Imaginons un enfant défiguré par un pitbull en pleine campagne électorale.

«Il va y en avoir un autre (drame). Les pitbulls ont toujours attaqué et vont continuer d'attaquer», dit celle qui qualifie ces chiens de véritables «machines à tuer».

Le projet de loi 128 est piloté par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

La nécessité d'encadrer les chiens dangereux de type pitbull est loin de faire l'unanimité, polarisant l'opinion publique.

Consultation

La semaine prochaine, une première étape sera franchie avec une consultation en commission parlementaire, à laquelle participera Mme Vadnais, comme 16 autres personnes ou organismes.

En prévision de sa présence en commission parlementaire, le mardi 20 mars, elle multiplie les recherches et dit être très troublée par l'ampleur du phénomène.

«Aux États-Unis, deux fois par jour, quelqu'un se fait attaquer par un pitbull, et à tous les 10 jours, quelqu'un en meurt», relate Mme Vadnais, convaincue que ce problème n'est pas suffisamment pris au sérieux.

Convoquée à 21 heures

Mme Vadnais se dit outrée d'avoir été convoquée à participer à la consultation à 21 heures mardi prochain, en toute fin de séance, au moment où les journalistes auront déserté le parlement.

«Je suis très, très choquée», a-t-elle commenté, déplorant que certains organismes opposés au projet de loi ont été plus chanceux, disposant d'une plage-horaire plus susceptible d'attirer l'attention des élus, de la population et des médias.

Par comparaison, le lendemain, l'Association québécoise des SPA et SPCA (AQSS), critique envers le projet de loi, a été convoquée à 11h15 et la SPCA de Montréal à midi.

Parmi les autres participants à la consultation, notons l'Ordre des médecins vétérinaires, qui rejette aussi le projet de loi, et les deux grands regroupements municipaux (la Fédération québécoise des municipalités et l'Union des municipalités).

Le projet de loi 128 n'inclut pas comme telle l'interdiction de posséder un pitbull, mais une fois la loi adoptée le ministre Coiteux s'est engagé à faire passer un décret gouvernemental qui irait en ce sens.

À terme, la possession d'un pitbull serait donc interdite et les chiens jugés dangereux devraient obligatoirement être signalés aux autorités.

Les propriétaires actuels d'un pitbull pourraient cependant conserver leur compagnon.

Le projet de loi identifie certaines catégories de chiens potentiellement dangereux, nommément les pitbulls, les rottweilers, les terriers américains et les bulls terriers du Staffordshire.

Les municipalités auraient des devoirs, comme celui de faire euthanasier un chien qui a mordu à mort une personne ou lui a infligé de graves blessures.

Les municipalités qui le désirent pourraient se doter de règlements encore plus sévères que ce que prévoit la loi 128.

Si une ville estime qu'un chien est menaçant, elle pourrait exiger qu'il soit vu par un vétérinaire et déclaré «potentiellement dangereux».