POLITIQUE
09/03/2018 15:24 EST | Actualisé 09/03/2018 15:24 EST

Québec abandonne à leur sort les 18 caribous forestiers de Val-d'Or

Le gouvernement conclut qu'il serait trop coûteux de sauver la vingtaine de caribous.

THE CANADIAN PRESS/HO- CPAWS - Mike Bedell

Le gouvernement du Québec conclut qu'il serait trop coûteux de sauver la vingtaine de caribous forestiers de Val-d'Or, menacés d'extinction depuis que leur habitat a été décimé par l'exploitation forestière.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a annoncé jeudi qu'il en coûterait 76 millions $ sur 50 ans pour restaurer l'habitat des 18 caribous qui sont toujours vivants, avec des chances de succès mitigées. Le ministre a plutôt décidé de concentrer les efforts du gouvernement à la préservation des 7000 autres caribous qui se trouvent ailleurs au Québec.

En attendant cette stratégie à long terme, le ministère prendra certaines mesures pour sauver la population «à très haut risque d'extinction» de Val-d'Or, en Abitibi-Témiscamingue, notamment l'installation d'entraves routières et un moratoire sur les coupes forestières dans cet habitat en 2018-2019.

Le gouvernement du Québec tente depuis une trentaine d'années de protéger cette harde de caribous forestiers contre les assauts de l'industrie forestière. En avril 2017, le ministre Blanchette annonçait même le transfert des caribous forestiers de Val-d'Or au Zoo sauvage de Saint-Félicien, au Saguenay-Lac-St-Jean. Six semaines plus tard, le conseil d'administration du zoo décidait finalement de refuser le transfert, «devant les enjeux d'acceptabilité sociale».

Henri Jacob, d'Action boréale, a soutenu vendredi que le gouvernement du Québec place les intérêts des compagnies forestières devant le bien-être de la faune. Selon lui, le gouvernement a la responsabilité de tenter de réparer les dégâts causés par 30 ans d'exploitation forestière laissée au bon vouloir du secteur privé.

Olivier Kolmel, chargé de la campagne forêt chez Greenpeace Canada, a aussi déploré la décision du gouvernement.

«Voici ce qui arrive quand le gouvernement ne prend pas sérieusement les recommandations des scientifiques ou des Premières Nations sur la conservation», a-t-il estimé vendredi. «On en vient à se demander si les autres caribous au Québec, comme ceux de la Vallée du Broadback, connaîtront le même sort.»

Greenpeace soutient que le gouvernement de Philippe Couillard n'a pas réussi à respecter le délai de cinq ans, imposé en vertu de la loi fédérale sur les espèces en péril, pour mettre en place un plan de conservation. «Le caribou forestier est en situation précaire d'un bout à l'autre du pays depuis plus de 15 ans. Plusieurs scientifiques, entreprises, groupes environnementaux et communautés autochtones ont déjà appelé les autorités à passer à l'action», déplore M. Kolmel.

En visite officielle à Paris cette semaine, le premier ministre Couillard a plaidé vendredi que son gouvernement avait proposé le transfert des caribous de Val-d'Or au Zoo de Saint-Félicien, mais que la communauté avait refusé. «On continue d'avoir un plan pour le caribou forestier à plus longue échéance en gardant toujours comme préoccupation — c'est le député de Roberval qui vous parle — que les emplois forestiers aussi sont importants», a dit M. Couillard, lors d'un point de presse à la Délégation générale du Québec à Paris.

Le premier ministre venait de remettre le grade de grand officier de l'Ordre national du Québec à l'astrophysicien et écologiste Hubert Reeves, chantre de la biodiversité.

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