POLITIQUE
09/03/2018 13:07 EST | Actualisé 09/03/2018 13:50 EST

Des journalistes auraient reçu le mot d'ordre de ne pas critiquer le maire de Chambly

Deux d'entre eux auraient quitté leur emploi à la suite de cette décision.

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Deux journalistes auraient quitté leur emploi au Journal de Chambly à la suite d'un mot d'ordre pour réduire les articles à caractère négatif à l'égard du maire Denis Lavoie, a appris le HuffPost Québec. Un nouveau directeur de l'information est pointé du doigt.

Le Journal de Chambly, qui appartenait jusqu'à récemment à TC Media, a été vendu en mai 2017 à un groupe de Saint-Bruno-de-Montarville, propriétaire de l'hebdomadaire indépendant Les Versants. Le journaliste Frédéric Khalkhal est alors devenu le directeur de l'information à Chambly.

Selon nos sources, M. Khalkhal a donné le mot d'ordre à ses journalistes de ne pas trop embêter le maire de Chambly, Denis Lavoie, en particulier pendant la période électorale qui s'est terminée en novembre. Plusieurs journalistes lui ont fait part de leur mécontentement et deux d'entre eux sont partis à cause du conflit.

«Je peux te dire qu'il y a un problème, que l'équipe de journalistes en a déjà parlé à de multiples reprises avec le directeur de l'information et que même l'éditeur en a eu des échos», affirme une de nos sources.

Demande d'impartialité

L'éditeur du Journal de Chambly et des Versants, Philippe Clair, répond qu'il n'a jamais entendu parler d'un tel mot d'ordre.

Quand à M. Khalkhal, il affirme qu'il a demandé ses journalistes de donner la parole au maire, pas seulement à ses opposants.

«Des journalistes voulaient mettre à bas le maire de Chambly. Il y avait une sorte de guerre personnelle avec le maire. J'ai demandé à une journaliste d'être plus impartiale», affirme-t-il.

M. Khalkhal estime que la situation à Chambly est difficile à cause de la personnalité polarisante du maire Denis Lavoie.

«Soit on l'aime, soit on ne l'aime pas. Moi, je demande à mes journalistes de s'en tenir aux faits parce que les faits ont la tête dure», dit-il.

Or, selon nos sources, des articles rédigés par M. Khalkhal lui-même ont également fait l'objet de critiques de la part de ses journalistes et de lecteurs du Journal de Chambly pour leur manque d'équilibre et d'objectivité. Dans un article écrit en février, il décrit un conflit entre la Ville et son ancien directeur général, Jean Lacroix, sans jamais donner la version des faits de M. Lacroix.

La Ville reproche, entre autres, un «manque de loyauté» de la part de M. Lacroix. Celui-ci a affirmé à plusieurs reprises qu'il a été congédié pour avoir transmis des informations à la Commission Charbonneau concernant certains contrats publics accordés sous la gouverne de M. Lavoie, mais cette information ne se trouve pas dans l'article de M. Khalkhal. À l'époque, en 2013, le monde municipal québécois était secoué par des allégations de corruption et de collusion.

La version de M. Lacroix était pourtant connue publiquement. Elle a même été rapportée par le Journal de Chambly, à l'époque où l'hebdomadaire appartenait à Québecor. L'article original n'est plus disponible sur le site de l'hebdomadaire, mais il a été rediffusé par TVA Nouvelles.

Pressions du maire Lavoie?

M. Khalkhal rejette toute allégation de favoritisme à l'endroit du maire Lavoie. Il dit même devoir défendre son journal de pressions indirectes de la part de l'élu.

«Je n'ai pas reçu de pressions directes du maire. Mais en effet, à chaque fois qu'on parle d'un sujet, il a son mot à dire et il appelle pour donner son point de vue. [...] Dans toutes les municipalités, il y a des pressions de la part des villes envers la rédaction. Mon rôle est d'y résister et j'ai toujours défendu mes journalistes», dit-il.

Contacté par le HuffPost Québec, M. Lavoie nie avoir exercé une pression quelconque.

«Je n'ai jamais appelé un journal ou un journaliste à propos d'un article. J'ai beaucoup trop de respect pour ce métier», dit-il.

Le Journal de Chambly, tiré à près de 30 000 exemplaires par semaine, est le plus important média généraliste du secteur. On y trouve également l'hebdomadaire Chambly Express, le journal web Chambly Matin et la télé communautaire TVHR9.