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09/03/2018 12:57 EST | Actualisé 09/03/2018 12:57 EST

À quoi ressemblera le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un?

Doit-on s'attendre à ce que le sommet soit couronné de succès ou qu'il se révèle être un échec lamentable?

Après un an d'insultes et de menaces, le président américain Donald Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jong-un ont finalement décidé de se rencontrer pour discuter du programme nucléaire de Pyongyang.

Reste maintenant à voir si ce sommet, si jamais il se concrétise, accouchera de progrès concrets au terme d'une année pour le moins particulière: la Corée du Nord a testé l'arme nucléaire la plus puissante de son histoire et elle a lancé trois missiles balistiques qui, en théorie, sont capables de frapper le continent nord-américain.

Doit-on s'attendre à ce que le sommet soit couronné de succès ou qu'il se révèle être un échec lamentable? Ou marquera-t-il le début d'un autre long processus difficile pour neutraliser l'arsenal nucléaire du Nord?

Voici un aperçu ce qui nous attend.

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POURQUOI MAINTENANT?

Des observateurs croient que le président Trump a accepté l'invitation de Kim Jong-un dans l'espoir de récolter un triomphe diplomatique avant les élections de mi-mandat, cet automne.

M. Kim, de son côté, semble à court d'idées pour se débarrasser des sanctions qui étouffent l'économie de son pays.

Il y va donc dans l'intérêt des deux leaders de s'entendre, a dit le politologue sud-coréen Cheong Seong-chang. S'il se concrétise en mai, le sommet entre MM. Trump et Kim surviendra peu de temps après la rencontre prévue entre M. Kim et le président sud-coréen Moon Jae-in, en avril.

La Corée du Nord réclamera aussi probablement des sommets avec la Russie, la Chine et le Japon plus tard cette année, dans l'espoir d'amenuiser encore un peu plus son isolement, selon M. Cheong.

Un autre politologue sud-coréen, Hong Min, croit que M. Trump recherchera un succès spectaculaire, comme un engagement verbal des deux pays concernant la dénucléarisation de la Corée du Nord ou encore un traité de paix.

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OÙ SE RENCONTRERONT-ILS?

Les détails de la rencontre feront l'objet de discussions animées entre les deux pays au cours des prochains mois et un échange de délégations de haut niveau est possible.

Ils tenteront notamment de déterminer où les deux leaders se rencontreront.

Les États-Unis préféreraient que ça se fasse à Washington et la Corée du Nord voudra que M. Trump se rende à Pyongyang, sa capitale.

À moins que les deux pays ne s'entendent sur une rencontre en Corée du Sud, les experts s'attendent à voir M. Trump se rendre à Pyongyang.

Aucun président américain au pouvoir n'a jamais mis les pieds en Corée du Nord, mais une telle visite pourrait intéresser M. Trump puisqu'elle illustrerait bien le leadership fort et arrogant qu'il veut projeter, a dit M. Hong.

On imagine mal M. Kim, un néophyte diplomatique, se rendant à Washington. Sa rencontre prévue avec M. Moon en avril sera sa première avec un autre chef d'État depuis qu'il a pris le pouvoir en 2011.

MM. Kim et Trump pourraient aussi se rencontrer dans le village de Panmunjom, dans la zone démilitarisée entre les deux pays, ou encore sur l'île balnéaire sud-coréenne de Jeju.

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QUE DEMANDERA LA CORÉE DU NORD?

La grande question sera de savoir si M. Trump accepterait le gel de l'arsenal nucléaire nord-coréen au lieu de son élimination, a dit le politologue Koh Yu-hwan, de l'université sud-coréenne Dongguk.

M. Kim voudra probablement garder quelques ogives nucléaires à des fins dissuasives, ce que M. Trump pourrait juger inacceptable après avoir passé autant de temps à dénoncer son prédécesseur, Barack Obama, à qui il reproche d'être resté les bras croisés pendant que la Corée du Nord devenait une puissance nucléaire.

M. Kim pourrait offrir une dénucléarisation ferme à M. Trump, y compris un compte-rendu complet de l'arsenal nord-coréen et la visite d'experts internationaux une fois le processus enclenché, selon l'analyste Choi Kang.

Des experts prédisent que M. Kim demandera la fin des manoeuvres militaires conjointes entre les États-Unis et la Corée du Sud, et même le retrait des forces américaines de la péninsule coréenne. M. Choi souligne toutefois que, du moins selon un représentant de la présidence sud-coréenne, M. Kim a dit comprendre que ces manoeuvres entre alliés «doivent continuer».

Cela représente une cassure importante avec le passé, puisque le Nord a toujours rejeté l'alliance entre Washington et Séoul.

M. Kim pourrait enfin chercher à détendre l'atmosphère avant de rencontrer M. Trump en libérant des Américains détenus en Corée du Nord, selon M. Choi.

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EST-CE QU'ON N'A PAS DÉJÀ VU CE FILM?

Le tourbillon des derniers mois ressemble à celui de 1994, quand le président Bill Clinton avait conclu une importante entente nucléaire entre Washington et Pyongyang.

La Corée du Nord avait alors suspendu les travaux à deux réacteurs nucléaires qui, selon les États-Unis, auraient servi à développer des armes. Le Nord a obtenu en retour deux réacteurs capables de produire de l'électricité et un don annuel de 500 000 tonnes métriques de carburant.

L'ancienne secrétaire d'État américaine Madeleine Albright s'est rendue à Pyongyang en 2000 et on a discuté d'un sommet entre M. Clinton et l'ancien dictateur nord-coréen Kim Jong-il, le père du leader actuel.

L'entente conclue sous l'administration Clinton s'est effondrée quand les renseignements américains ont rapporté que la Corée du Nord développait une autre méthode de produire des bombes, avec de l'uranium enrichi.

La Corée du Nord est clairement un pays différent d'il y a 20 ans et elle possède maintenant un véritable programme nucléaire avec lequel marchander. M. Trump pourrait toutefois être mieux placé que M. Clinton pour en arriver à une entente importante.

«Trump et Kim pourraient bien s'entendre: ils veulent tous les deux être audacieux et ils pourraient être déterminés à conclure une entente, a dit M. Choi. Après des années d'impasse diplomatique concernant le programme nucléaire du Nord, on pourrait avoir besoin d'une injection de directives qui arrivent tout droit du sommet.»