DIVERTISSEMENT
08/03/2018 21:50 EST | Actualisé 08/03/2018 21:58 EST

René Homier-Roy publie une biographie aussi instructive que percutante

René Homier-Roy raconte sa vie et les hasards qui l'ont mené à devenir journaliste.

Michel Cloutier

Avec la complicité du journaliste Marc-André Lussier, René Homier-Roy raconte sa vie et les hasards qui l'ont mené à devenir journaliste. Il fait un survol absolument fascinant de l'évolution de la vie culturelle et médiatique au Québec. Il écorche Lise Payette, Marie-Mai, Roch Voisine, le magazine Urbania, Gilles Renaud et bien d'autres. Et il ne se gêne pas pour montrer ses bons et moins bons côtés.

Marc-André écrit qu'après vous avoir envoyé le verbatim de vos entretiens, vous êtes resté silencieux durant plusieurs semaines. Pourquoi?

J'ai freaké! À la base, on discutait chez moi à la campagne ou à Montréal, on allait manger au restaurant et je répondais à ses questions. Mais je n'avais pas conscience du poids des mots. Quand j'ai reçu ce verbatim, je me suis rendu compte que ça commençait à être sérieux. Ça m'a fait peur. Je repensais à l'idée que c'était prétentieux de publier une biographie. Ça m'a calmé le pompon pendant des semaines. Puis, mon chum et mon psy m'ont dit de ne pas m'arrêter à ça.

On apprend que vos parents étaient issus de la classe moyenne et que vous avez brièvement connu la pauvreté. Est-ce pour vous sortir de votre condition que vous avez été si curieux?

À l'époque, il y avait une pauvreté culturelle terrible au Québec. Mon meilleur ami Jean-Louis Robillard et moi, on prenait des trains de nuit pour aller au cinéma à New York. On passait deux jours enfermés à visionner des films et à visiter des expositions. J'avais l'impression de m'enrichir. Je découvrais des univers auxquels je n'avais pas accès avant. Mais, je ne faisais pas ça dans le but de devenir journaliste. Je voulais étudier en architecture et en sciences politiques. J'ai commencé à travailler au Petit Journal pour payer mes études et la spirale s'est amorcée à ce moment-là.

Le livre souligne que vous étiez terriblement timide durant votre enfance. Comment les cours d'art oratoire vous ont-ils permis de sortir de votre coquille?

Je ne sais pas si je le réalisais sur le coup, mais rétrospectivement, c'est sûr que le curé qui m'a encouragé à suivre ce cours m'a fait un bien énorme. C'était un gros bonhomme costaud entré chez les frères à 30 ans. On était loin de la fifonnerie et des mains dans les culottes de petits garçons. Il m'a fait un bien énorme en me forçant à faire de l'art oratoire. Dans la cour de récréation, il fallait que je grimpe sur une petite estrade pour réciter mon discours, à 12, 13 ans. Je voulais mourir. Mais ça m'a permis de m'affirmer.

Michel Cloutier

Avec les années, vous êtes devenu à l'aise pour communiquer et exprimer des opinions souvent percutantes. Êtes-vous en mesure de décrire votre signature, votre couleur?

Ce serait une couleur forte, parce que je déplorais à l'époque tout le gris partout, dont dans les magazines, qui n'avaient rien de provoquant, ni dans le ton ni dans les illustrations. C'était la même chose en critique. Tout le monde écrivait timidement. Un ancien collègue était persuadé que s'il disait du mal d'un film, il ne serait plus invité aux premières des films. Moi, je m'en suis toujours câlissé! Je faisais ma job. Et pour qu'elle soit utile, il fallait que j'aie une couleur. Je m'arrangeais pour être remarqué. Bien sûr, à force de tracer le sillon, on peut devenir un personnage et finir enfermé dans son personnage, mais comme j'ai fait des affaires tellement différentes, je n'ai jamais eu le temps de rester enfermé dans rien.

Dans le livre, vous dites que les débuts de Lise Payette en écriture étaient à chier, que Gilles Renaud a inventé le Gilles Renaud school of bad acting, que Roch Voisine n'était ni aux femmes ni aux hommes, mais à lui-même, et que vous trouvez consternant que Marie-Mai soit emblématique de notre époque. Cette franchise est-elle nécessaire dans une biographie?

Le seul but que j'avais là-dedans était de me montrer tel que j'étais et tel que j'avais pratiqué mon métier. Il y a des choses que je n'ai pas racontées, parce qu'elles sont trop personnelles ou parce que ça me ferait trop mal à dire. Mais le livre est comme une confession. C'est vraiment très honnête.

Vous parlez très ouvertement de votre consommation de drogues. Diriez-vous que vous n'avez rien à faire de ce que le public pense de vous?

Je m'en contrecâlice! Et l'époque n'est pas la même. Quand je consommais, c'était de réels délits, alors qu'aujourd'hui, nobody cares... Ceci dit, un jour, avec Jacques Languirand, on a parlé à la radio de notre consommation de LSD et on a reçu un tsunami de protestations. Les gens disaient qu'on influençait les jeunes. Pourtant, quand M. Languirand et moi parlions à la radio, il n'y avait pas de milliers de jeunes suspendus à nos paroles... Et on était entre grandes personnes. Les gens sont libres de faire leurs propres expériences. Ça fait partie de la franchise d'en parler, quoique je ne m'en suis jamais vraiment caché.

Il est énormément question des émissions de télé et de radio que vous avez animées et des nombreux magazines que vous avez dirigés (SPEC, Nous, Via Rail, Ticket). Quelle a été l'expérience professionnelle la plus intéressante de votre vie?

La radio, ces dernières années. Dans la vie, je suis plutôt solitaire. Je n'aime pas trop avoir du monde autour de moi. Mais, j'aime travailler en gang. À la fin de Six dans la cité, j'étais tellement triste de ne pas revoir chaque semaine Franco Nuovo, Catherine Perrin et les autres. Le travail en équipe équilibre probablement le fait que je n'ai pas tonne d'amis qui débarquent chez moi tout le temps.

Avez-vous déjà songé à enseigner?

Non, je n'ai aucune patience. Je ne suis pas à l'aise là-dedans. Pourtant, Pierre Bourgault a souvent essayé de m'entraîner dans ces eaux-là. C'est peut-être là que ma timidité me revient. Être devant des gens qui me scrutent et qui posent des questions, alors que mon micro et la caméra ne m'en posaient jamais... c'est peut-être ça qui m'a bloqué. Ça me tentait zéro. Et dans la vie, je crois qu'il faut faire exclusivement ce qui nous tente.

Pourquoi avez-vous été workaholic?

Pour moi, les workaholics sont des gens qui ne peuvent pas se priver de travailler et qui apportent du boulot à la maison. Moi, je sautais d'une job l'fun à une autre, à voir un bon film et à participer à des émissions. Ce n'était que du plaisir. C'est un travail que j'ai choisi et qui correspond pour la plupart des gens à des loisirs. Aussi, quand j'ai fait faillite, je me suis rendu compte que je devais me faire un petit tas de noisettes. J'ai beaucoup travaillé en partie à cause de ça, pour m'assurer financièrement que je pourrais mener la vie que j'avais envie de vivre.