DIVERTISSEMENT
08/03/2018 06:18 EST | Actualisé 08/03/2018 12:18 EST

Quels livres une féministe devrait-elle avoir dans sa bibliothèque?

Nous avons demandé à plusieurs femmes de nous faire leurs suggestions.

Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, est la journée par excellence pour aborder les sujets reliés à la condition féminine. Que ce soit pour commémorer les victoires de la lutte des femmes ou pour poursuivre la réflexion, cette journée demeure pertinente sous plusieurs aspects.

Le HuffPost Québec a donc demandé à différentes femmes québécoises leurs coups de coeur littéraires à saveur féministe.

Bien sûr, il n'existe pas qu'un seul féminisme. Et ces suggestions issues de divers courants de pensée vous donneront probablement envie de courir à la bibliothèque pour mieux en saisir les nuances!


Les choix de Léa Clermont-Dion

Coinitiatrice de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, auteure de La revanches des moches (2014) et Les Superbes (2016), étudiante au doctorat en science politique à l'Université Laval. Elle est une instigatrice de la vague #EtMaintenant et organisatrice spectacle-bénéfice Consensus contre les violences sexuelles

King Kong Théorie,Virginie Despentes

« Virginie Despentes, dans toute sa vérité, sa colère, son intelligence, permet aux femmes dans cet ouvrage poignant d'être, d'avoir, de se tenir fières et de cesser d'avoir honte. Elle analyse toutes sortes de dogmes, d'attitudes admises relevant de la misogynie ou du sexisme ordinaire qui réitèrent les rapports de domination. Elle nous partage ses expériences très intimes pour nous faire comprendre le viol, la prostitution. Ce pamphlet à la fois personnel et politique est une diatribe savoureuse envoyée en plein visage du patriarcat. »

Le féminisme en mouvements. Des années 1960 à l'ère néolibérale, Nancy Fraser

« Je suis fan de Nancy Fraser qui est une philosophe féministe qui est capable d'adapter la théorie critique au monde actuel. Dans cet ouvrage où l'on retrouve plusieurs textes de Fraser rassemblés, on parvient à comprendre les trajectoires qui marquent la pensée féministe américaine aussi plurielle soit-elle, des années 60 à aujourd'hui. Qui plus est, elle nous offre une critique brillante du patriarcat à l'ère du néolibéral, nous dévoile une critique approfondie des mécanismes de domination qui asservissent encore aujourd'hui les femmes. »

Inclusion and Democracy, Iris Marion Young

« D'emblée, j'adore la philosophe féministe Iris Marion Young qui s'est éteinte trop tôt, mais qui a quand même marqué le monde de la pensée. Dans cet ouvrage fondamental, Young s'intéresse à la conception du débat démocratique qui a tendance a exclure des voix, des réalités autres. Cette façon de s'exprimer peut exclure des minorités qui n'ont pas appris ce mode d'expression, notamment les femmes. Dans cet ouvrage, Young valorise, entre autres, le différend et la différence comme ressource politique qui puisse favoriser l'avancement de la société. »

Les choix de Manon Massé

Députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques et co-porte-parole de Québec solidaire.

L'Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Collectif Clio

« Ce livre m'a fait réaliser que l'histoire qu'on enseigne et qui est écrite par les hommes avait oublié 50% du reste de la population.»

Ode pour la femme oubliée, Nasser-Edine Boucheqif

« C'est sous le couvert d'un humour cinglant que ce livre m'a aidé à comprendre le côté oppressant du patriarcat et des relations entre les hommes et les femmes. »

Les angles morts, Alexa Conradi

« Ce livre est un essai qui brasse les puces pour une vieille féministe. Alexa Conradi a enfin réussi à exprimer ce que je ressens au sujet de l'égalité entre les hommes et les femmes. »

Les choix de Sarah Chouinard-Poirier

Artiste multidisciplinaire, fondatrice du projet littéraire indexE, un projet d'installation et de performance qui pose la question de la place des femmes en littérature. Pour ce projet, elle a invité 100 collaboratrices à lui suggérer un titre de la littérature des femmes « à désoublier ».

Ne suis-je pas une femme? : Femmes noires et féminisme, bell hooks

« Si le black feminism ou les concepts d'intersectionnalité vous font peur, il faut lire bell hooks pour mieux comprendre les oppressions raciales et remettre en question les féminismes blancs. Cette traduction en français de Ain't I a Woman, trente ans après sa parution, est certes un geste important vers la libération d'idées afro-féministes censurées. Cette lecture m'a été suggérée par Kamissa Ma Koita. »

Caliban et la sorcière, Silvia Frederici

« Frederici revient sur la chasse aux sorcières et la naissance du capitalisme pour mettre en lumière comment l'exploitation et le contrôle des corps des femmes ont été - et sont encore - des pierres angulaires dans l'organisation capitaliste du monde. Merci à Marie-Andrée Godin, la sorcière qui m'a suggéré cette lecture. »

King Kong Théorie, Virginie Despentes

« Avec sa verve inimitable, Virginie Despentes prend d'assaut la binarité hommes-femmes, la violence monopolisée par les uns et la soumission imposée sur les autres. Elle puise sans pudeur dans ses expériences traumatiques pour en tirer un manifeste mordant sur la condition des femmes et la sexualité. Sa colère donne à toutes les colères le droit d'exister. Suggestion d'Isabelle Montpetit. »

L'Euguélionne, Louky Bersianik

« Louky Bersianik est une de nos grandes écrivaines féministes québécoises. Elle nous a donné cette Bible féministe sci-fi, où son Euguélionne venue d'une autre planète nous jette en plein visage - et avec beaucoup d'humour - la misogynie de nos cultures patriarcales. En parodiant les « grands textes universels » (sic) et en féminisant joyeusement la langue, elle nous donne le pouvoir de nous réapproprier les instruments de nos oppressions et de tout réinventer. Lecture suggérée par une autre grande écrivaine à lire et relire, France Théorêt. »

Les choix de Martine Delvaux

Auteure de quatre romans : "Blanc dehors" (finaliste en 2016 du Prix des libraires et du Prix du Gouverneur général), "Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage", "Rose amer" et "C'est quand le bonheur?". Comme essayiste, elle est l'auteure de "Nan Goldin", "Guerrière et gorgone" et des "Filles en série", "Des Barbies aux Pussy Riot". En 2017 paraît son livre "Le monde est à toi". Elle est aussi professeure de littérature à l'Université du Québec à Montréal

Trois Guinées, Virginia Woolf

« Pour l'ironie qui traverse ce livre sous forme de lettres envoyées à des hommes et qui dénoncent les boy's club

La théorie, un dimanche de Nicole Brossard, Louise Dupré, Louky Bersianik, Gail Scott et France Théorêt.

« Pour la sororité féministe que le livre met en scène, entre des écrivaines qui pensent ensemble la création et le féminisme (le livre va être réédité à l'automne qui vient).»

Bad Feminist, Roxane Gay

« Pour l'intersectionnalité qui y est mise en avant, la diversité des objets analysés, la voix personnelle et engagée de l'auteure (la version en français de ce livre sera en vente au printemps).»

King Kong Théorie, Virginie Despentes

« Pour la force de ce manifeste, dont le regard sur le monde est sans compromis.»

Les choix de l'équipe de la librairie L'Euguélionne

Librairie féministe située au 1426, rue Beaudry à Montréal.

Féministes! bande dessinée collective, éditions Vide cocagne

On l'a vu récemment aux Oscars et dans le milieu musical québécois: les femmes sont encore, en 2018, sous-représentées dans la culture. La bande dessinée (malheureusement!) n'est pas en reste au palmarès des formes d'art où les femmes ont peu de place. Pour réclamer la leur, un collectif composé de quinze autrices et d'un auteur transgenre s'est attaqué au meilleur sujet qui soit : les féminismes! Les sujets sont variés, allant de l'intersectionnalité aux luttes trans, en passant par le désir, le vagin et la grossesse, et sont abordés autant de manière instructive, rigolote, sensible que poétique.

Le monde est à toi, Martine Delvaux

Dans Le monde est à toi, Martine Delvaux s'adresse à sa fille adolescente, pour penser, un peu à la manière de Chimamanda Ngozie Adichie, une transmission féministe. Au cœur de cette transmission, l'amour, dont on traite avec intelligence et passion, en convoquant des penseuses féministes d'une grande diversité. Dans ce magnifique récit par fragments, Delvaux démontre qu'il y a autant de façons d'être femme ou féministe, qu'il y a de femmes* dans le monde.

Bad Feminist, Roxane Gay

Pas toujours facile de naviguer les eaux du féminisme, surtout que tellement de ce qu'on apprend tout au cours de notre vie est empreint de la culture patriarcale, au point ou on ne s'en rend même plus compte! En apprenant de nouvelles façons plus justes et respectueuses d'être et d'entrer en relation, il est inévitable qu'on se plante, au moins quelques fois. Pour Roxane Gay, ce n'est pas une raison pour baisser les bras! Elle se réclame avec fierté de l'étiquette de «mauvaise féministe», déterminée, mais imparfaite. Le livre est composé de courts essais personnels, dans lesquels elle aborde toute une panoplie de sujets avec un ton direct et simple, sans jamais être froid ou distant. De manière hyper accessible, elle traite de privilèges, de culture populaire, de culte de la beauté, de race, etc. Le tout est rempli d'amour et d'empathie, c'est comme un petit manuel pour devenir un meilleur humain, qu'on a envie de traîner dans sa poche en tout temps pour pouvoir y puiser un peu d'inspiration de temps à autre.

«I embrace the label of bad feminist because I am human. I am messy. I'm not trying to be an example. I am not trying to be perfect. I am not trying to say I have all the answers. I am not trying to say I'm right. I am just trying—trying to support what I believe in, trying to do some good in this world, trying to make some noise with my writing while also being myself.» ― Roxane Gay, Bad Feminist

Ne suis-je pas une femme? : Femmes noires et féminisme, bell hooks

Dans cet essai très bien vulgarisé, bell hooks parle du processus de marginalisation et d'exclusion des femmes noires dans les milieux féministes, du rejet de l'intersection de leur lutte et de leur réalité au profit d'un discours féministe qui s'adresse et profite surtout aux femmes blanches dans un «nous» femmes qui se veut universel, mais qui s'avère ne pas l'être en dépit d'oppressions parfois communes et similaires. Elle souligne aussi les préjugés et discriminations dont sont victimes les femmes noires et les luttes qu'elles doivent mener, trop souvent seules, au sein de la société, mais aussi des espaces féministes et des mouvements des droits civiques.

Bonne lecture!