BIEN-ÊTRE
08/03/2018 20:13 EST | Actualisé 08/03/2018 20:27 EST

7 femmes qui vous feront voir l'histoire canadienne d'une autre façon

Découvrez l'histoire de ces pionnières!

L'auteure et journaliste Doris Anderson.
John Mahler via Getty Images
L'auteure et journaliste Doris Anderson.

Nous avons mis notre intérêt pour l'histoire à contribution et vous présentons aujourd'hui sept Canadiennes dont vous devez absolument connaître le parcours. De l'auteure d'Anne aux pignons verts à la première officière de police au Canada, ces femmes ont marqué l'histoire de notre nation. Bonne journée internationale des femmes!

Rose Fortune (1774-1864)

Femme d'affaires, officière de police non officielle

Rose Fortune est née en Virginie, mais ses parents, des esclaves noirs, ont immigré au Canada alors qu'elle avait 10 ans, selon l'Encyclopédie canadienne. La famille Fortune s'est installée à Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse, mais a vite éprouvé des difficultés à se trouver de l'emploi, compte tenu de la condition de loyalistes noirs des parents de Rose. Cette situation n'a toutefois pas freiné l'ambition de cette dernière, qui s'est lancée en affaires en devenant porteuse de bagages. Selon l'Encyclopédie canadienne, elle se servait d'une brouette pour livrer des bagages jusqu'à des bateaux.

Après cette première expérience, elle a fondé un «service de réveil», qui consistait à aller réveiller les touristes dans leurs auberges pour s'assurer qu'ils ne manquent pas leur bateau. Fortune a ensuite créé et imposé des couvre-feux. Sur le site internet de Parcs Canada, il est indiqué qu'elle était «la première agente de police bien avant l'établissement d'une force policière professionnelle.» Ceux qui ont croisé sa route ont indiqué qu'elle portait des bagages et indiquait à ses clients le chemin jusqu'à leurs bateaux tout en disciplinant les jeunes des environs. «C'est avec tendresse que les habitants d'Annapolis Royal gardent d'elle le souvenir d'une personne emblématique de leur communauté et déterminée à préserver l'ordre public», écrit Parcs Canada.

Rose Fortune est morte en 1864 et a été enterrée dans une tombe non identifiée d'un cimetière néo-écossais. Mais son histoire ne s'arrête toutefois pas là. Une de ses descendantes, la docteure Daurene Lewis, est devenue la première femme noire à siéger en tant que mairesse, lorsqu'elle a remporté la course à la mairie d'Annapolis Royal en 1984, selon ExplorerGuide.

En 2017, un monument à l'effigie de Rose Fortune a été érigé dans le cimetière où elle a été enterrée.

Mary Ann Shadd Cary (1823-1893)

Professeure, militante et éditrice

Mary Ann Shadd Cary est née à Wilmington, au Delaware. La maison de ses parents était l'un des arrêts sur la route du Chemin de fer clandestin, qui «était un réseau secret d'abolitionnistes qui aidaient les Afro-Américains à fuir l'esclavage dans le sud des États-Unis vers les États libres du Nord et le Canada», selon l'Encyclopédie canadienne. Ses parents l'envoyèrent avec ses frères et soeurs dans des États du nord afin qu'ils puissent avoir accès à une éducation légitime. Après qu'elle ait fini son cursus, Shadd retourna au Delaware afin d'enseigner aux Afro-Américains de l'État.

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Illustration shows the network of 'Underground Railroad' routes in Morgan County, Ohio, used by slaves to escape into free states or Canada, 1848. Illustration was published in 1898.

En 1851, Shadd s'installe à Windsor, en Ontario, où elle écrit des brochures éducatives, peut-on lire sur le site internet de l'Histoire des Noirs au Canada. Ces brochures conseillaient les nouveaux arrivants comme elle sur ce qu'il fallait s'attendre de leur nouvelle vie canadienne. Plus tard, elle fonde une école dénuée de toute ségrégation, que pouvaient fréquenter ceux qui avaient les moyens de s'éduquer. Ensuite, elle déménage à Saint Catharines, en Ontario. En 1853, elle fonde le Provincial Freeman, un journal visant à promouvoir la liberté des Noirs et leur succès au Canada. Ce faisant, elle devient la première femme noire en Amérique du Nord à publier un journal, selon le site web de l'Histoire des Noirs au Canada. En 1856, elle épouse Thomas Cary.

Shadd retourne aux États-Unis à l'occasion de la Guerre de Sécession. En 1863, elle devient agente de recrutement pour l'armée de l'Union, en Indiana. «Elle encourage les Afro-Américains à rejoindre le combat contre la Confédération et contre l'esclavage», apprend-on sur Biography.com. Après la guerre, en 1883, Shadd devient la deuxième femme afro-américaine à obtenir un diplôme en droit de l'Université Howard.

Shaaw Tláa (Kate Carmack) (1862-1920)

A possiblement découvert de l'or

Tlàa était la première femme du Klondike, une région du territoire du Yukon. Elle était une femme de la Première Nation Tagish. Les Tagish étaient décrits comme étant un peuple de «chasseurs des forêts boréales et de pêcheurs». Son premier mari et sa fille sont morts pendant une épidémie de grippe. Suite à ce drame, la mère de Tlàa a encouragé celle-ci à se marier avec George Carmack, le mari de sa soeur défunte, indique le Service des Parcs Nationaux sur son site internet. Le 17 août 1896, alors qu'elle pêche avec son frère et son mari, le groupe découvre de l'or dans la rivière Klondike. Encore à ce jour, on ne sait qui de Carmack ou Tlàa a découvert le gisement.

National Archives of Canada Canadian Press
A group of unidentified people sluice for gold during the Klondike gold rush.

Le couple a par la suite découvert d'autres filons. Tlàa n'a pu cependant profiter pleinement de ses richesses. Après que le couple ait encaissé ses profits, les tourtereaux se sont installés à Seattle, mais ce fut une transition difficile pour Kate, selon le Smithsonian Postal Museum. George Carmack décide éventuellement de l'envoyer vivre avec sa soeur en Californie, tandis qu'il retourne au Yukon et se met en ménage avec une autre femme. Comme Tlàa et Carmack n'étaient pas légalement mariés, elle perd tout droit sur sa part de l'or. Elle finit sa vie dans une cabine construite par son frère, dépendant des années d'une pension gouvernementale avant de mourir de la grippe.

Lucy Maud Montgomery (1874-1942)

Auteure

CP/Handout
Lucy Maud Montgomery is shown in this photo from 1891.

«Je n'arrive pas à me souvenir d'un moment où je n'écrivais pas ou je ne pensais pas à être auteure», a un jour écrit Lucy Maud Montgomery.

Dans sa carrière, Montgomery a écrit plus de 500 histoires courtes et 20 romans. Son oeuvre la plus célèbre est Anne aux pignons verts, qui s'est vendue à environ 50 millions d'exemplaires partout dans le monde, selon l'Encyclopédie canadienne.

Montgomery est née à New London, sur l'Île-du-Prince-Édouard. Elle publie son premier poème à l'âge de 16 ans. Son premier roman, Anne aux pignons verts, paraît en 1908, alors qu'elle est âgée de 34 ans. Le livre a été traduit dans au moins 36 langues et un exemplaire de sa première édition a été vendu pour 37 500 dollars américains en 2010, selon The Guardian. L'oeuvre a été adaptée plusieurs fois, que ce soit en une série télévisée, ou en un film.

La comédie musicale d'Anne aux pignons verts, qui a été jouée pour la première fois au Festival de Charlottetown de 1965, est encore présentée à ce jour.

Angelina Napolitano (1883-1924)

Un meurtre éveille les consciences sur la violence domestique

Le 16 avril 1911, Angelina Napolitano, âgée de 28 ans et enceinte de sept mois, tue son époux, qui la violentait, avec une hache alors qu'il dort dans leur maison de Sault-Sainte-Marie, en Ontario. La hache l'atteint quatre fois dans la tête et dans le cou, selon le Dictionary of Canadian Biography. Après le meurtre, Napolitano range la hache dans son débarras et va réconforter son plus jeune enfant. Après un moment, elle appelle son voisin et lui dit en italien «Je viens juste de tuer un porc», rapporte le Ottawa Citizen. Son cas a permis d'éveiller les consciences à la violence domestique.

Napolitano est née à Naples, en Italie, et a immigré au Canada avec son mari, Pietro, en 1909. Ce dernier, qu'on décrivait comme un chômeur, l'aurait forcée à se prostituer et l'aurait violentée à plusieurs reprises. «À son procès, il a été révélé qu'Angelina avait été défigurée au niveau du visage, du coup et de l'épaule en novembre 1910, après que Pietro l'ait poignardée neuf fois», rapporte le Dictionary of Canadian Biography. Malgré que le Pietro ait été reconnu coupable de ce geste, les abus de ce dernier n'ont pas cessé par la suite.

Napolitano a été condamnée à être pendue, mais des protestations et une intervention de la communauté internationale (une pétition demandant à ce que la peine soit adoucie récolta notamment 100 000 signatures) ont poussé le gouvernement d'alors à transformer sa peine en emprisonnement à vie. En 1922, elle obtint sa liberté conditionnelle.

Bettmann Archive
(Original Caption) Kingston, Ontario, Canada: Aerial view shows the area that is under siege by some 400 inmates at the Kingston Penitentiary. The four-way cell block in the middle is the area where prisoners are holding six guards hostage till the prison meets their demands. UPI Telephoto.

Doris Anderson (1921-2007)

Journaliste, auteure et féministe

Keith Beaty via Getty Images
Doris Anderson.

Anderson a été rédactrice en chef pour le magazine Châtelaine et était reconnue pour son approche peu conventionnelle. «À une époque où les sections féminines des journaux canadiens consistaient surtout en résumés de mariages, en recettes et conseils sur l'étiquette, Doris utilisait Châtelaine pour critiquer les lois sur l'avortement, mettre en lumière la domination masculine au Parlement, à militer contre le racisme et à déplorer la pauvreté féminine», écrivait Michelle Landsberg dans Châtelaine en 2007.

Anderson a gradué en tant que professeure à l'Université de l'Alberta en 1945. Ensuite, elle se rend en Europe en 1949 pour écrire des oeuvres de fiction avant de revenir au Canada en 1950 pour commencer à travailler pour Châtelaine. Selon le Toronto Star, elle en a été l'éditrice de 1957 à 1977.

On décrivait Anderson comme étant le visage canadien du féminisme. Dans les années 1960, elle s'est battue pour qu'il y ait une Commission royale sur le statut des femmes. Cela a mené à une évolution du féminisme canadien, avance le Star. Toute sa vie, elle a été active en politique, se battant pour l'égalité des sexes.

«Je me fais tout le temps demander par quelqu'un, habituellement un homme, si le combat des femmes est mort, en dormance, discrédité, ou relégué à l'histoire comme une chose du passé», écrivait-elle en 1987 dans le Toronto Star. «Il est loin d'être une chose du passé. Le combat des femmes est vivant et évolue. C'est une révolution continuelle qui dure depuis 300 ans.»

Marie Lacoste Gérin-Lajoie (1867-1945)

Éducatrice, féministe

La femme canadienne française. Almanach de la langue française

Marie Lacoste Gérin-Lajoie est née à Montréal et a rapidement fait sa place dans le combat pour le droit des femmes. Elle est souvent témoin du mauvais traitement que subissent les femmes dans son cercle social.Gérin-Lajoie se bat notamment pour que les femmes mariées contrôlent leurs revenus et qu'elles aient davantage leur mot à dire dans les décisions familiales, selon Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes étaient confinées à la maison ou peu payées. Alors que les universités québécoises étaient alors fermées aux femmes, Gérin-Lajoie se débrouille pour en apprendre davantage au niveau des iniquités entre hommes et femmes dans la société. Elle est également curieuse d'en apprendre davantage sur la relation entre la femme et la loi.

En 1907, Gérin-Lajoie crée avec un groupe de femmes la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, dont la devise est «Vers la justice, par la charité». En 1908, elle fonde une école pour jeune fille, afin de les encourager à poursuivre une éducation supérieure.

Elle a dirigé la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste pendant 20 ans. «Dans La bonne parole, publication mensuelle de l'organisme, elle renseigne les femmes sur leurs droits et devoirs, et milite pour des réformes juridiques qui profiteraient aux femmes, notamment l'admission des femmes à la pratique du droit, l'amélioration des conditions de travail des travailleuses domestiques, l'augmentation du pouvoir des femmes dans le processus décisionnel familial et une plus grande protection des femmes dans les cas où leur mari décède sans laisser de testament.», peut-on lire sur le site de l'Encyclopédie canadienne. Au sein de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, Gérin-Lajoie se bat également pour le droit des femmes à voter aux élections provinciales.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.