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04/03/2018 11:00 EST | Actualisé 04/03/2018 11:00 EST

La présidence Trump est-elle en pleine dérive?

Le départ de la directrice des communications Hope Hicks a porté l'anxiété à un nouveau niveau.

Kevin Lamarque / Reuters

Après deux semaines de messages confus, de départs et de querelles acrimonieuses entre le président et son entourage, la garde rapprochée sur qui Donald Trump peut s'appuyer est de plus en plus restreinte et son entourage ne croit plus à un hypothétique redémarrage de sa présidence.

Même dans le contexte d'une administration Trump où le chaos est devenu la norme, l'annonce du départ de la directrice des communications Hope Hicks au cours des derniers jours a porté l'anxiété à un nouveau niveau. Des disputes qui couvaient depuis que la Maison-Blanche a complètement bâclé la gestion d'allégations de violence conjugale contre un conseiller de premier plan, le mois dernier, ont finalement éclaté au grand jour.

Mme Hicks, une des conseillères les plus expérimentées et les plus fidèles de M. Trump, servait souvent de tampon humain entre ce président imprévisible et le gouvernement. Un dirigeant a dit que son départ aura le même impact que celui d'un chef de cabinet — ce qu'on ne peut plus exclure, en passant, compte tenu des doutes qui entourent maintenant la performance de John Kelly.

Mme Hicks quitte aussi au moment où le procureur spécial Robert Mueller s'intéresse de plus en plus près à la Maison-Blanche: ses enquêteurs ont commencé à poser des questions concernant les affaires brassées par le président avant son élection et ses agissements depuis qu'il est en poste.

Jared Kushner, le gendre du président et un de ses principaux conseillers, a été affaibli quand on lui a retiré le droit de consulter les documents «top secret», dans la foulée d'allégation de conflit d'intérêts.

Une quinzaine de membres de l'entourage du président, d'employés du gouvernement et d'observateurs interrogés par l'Associated Press se demandent maintenant, sous le couvert de l'anonymat, comment ce président explosif réagira au départ de Mme Hicks et à la rétrogradation de son gendre.

Exception faite de M. Kushner et de sa femme, la fille du président Ivanka Trump, ceux qui travaillent maintenant à la Maison-Blanche ne faisaient pour la plupart pas partie de la campagne présidentielle de M. Trump.

On a rarement vu un président de l'ère moderne affronter autant de crises en même temps. Après 13 mois au pouvoir, rares sont ceux qui croient que M. Trump sera en mesure de reprendre le contrôle du navire ou d'attirer des gens de qualité dans son entourage. Des élus républicains qui voient arriver avec inquiétude les élections de mi-mandat en novembre ne se gênent plus pour exprimer leurs frustrations publiquement.

«Il n'y a pas de procédure normale d'exploitation avec cette administration, a dit John Thune, un sénateur du Dakota du Sud. Chaque journée est une nouvelle aventure pour nous.»

L'annonce de tarifs sur l'acier et l'aluminium il y a quelques jours illustre parfaitement les propos de M. Thune: l'entourage du président a apparemment tout tenté pour le décourager d'y aller d'une annonce dont les détails n'avaient pas encore été peaufinés, et même John Kelly ne savait rien des intentions du président.

Ils croyaient bien y être parvenus, jusqu'à ce que M. Trump convoque les journalistes pour leur annoncer que les États-Unis prélèveraient dorénavant une surtaxe de 10 pour cent sur les importations d'aluminium et de 25 pour cent sur celles d'acier. Les partisans populistes de M. Trump ont applaudi sa décision; les marchés, en revanche, ont plongé, et des poids lourds comme l'Union européenne envisagent maintenant des représailles.

Les départs ne sont probablement pas finis. La chaîne NBC rapportait jeudi que la Maison-Blanche pourrait remplacer le conseiller à la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, dès le mois prochain. Un porte-parole ne l'a pas nié, déclarant simplement qu'il n'y a rien à annoncer «pour le moment».

Pour ceux qui sont encore en poste, la tourmente est sans fin. Il y a moins de deux semaines, le général Kelly, qui a pourtant été recruté pour mettre de l'ordre à la Maison-Blanche, s'est retrouvé sur la corde raide pour sa gestion des allégations de violence conjugale à l'endroit de Rob Porter.

M. Trump a apparemment été grandement irrité par la couverture médiatique négative du leadership de M. Kelly et aurait envisagé de le remercier. La fusillade dans une école secondaire de la Floride a ensuite détourné les yeux ailleurs et la position du chef de cabinet se serait maintenant quelque peu stabilisée.

Des tensions importantes persisteraient entre MM. Kelly et Kushner, et la décision du premier d'abaisser la cote de sécurité du deuxième ne fera rien pour améliorer leurs relations. M. Kushner et sa femme soupçonnent M. Kelly de vouloir restreindre leur accès au président et ils interprètent sa décision comme une attaque directe contre eux.

M. Kelly, de son côté, est de plus en plus frustré par le côté «improvisé» du couple: il les accuse de faire changer le président d'idée à la dernière minute et se demande même ce qu'ils font toute la journée, selon deux sources.

M. Kusher et Mme Trump répètent qu'ils n'ont aucune intention de quitter la Maison-Blanche.

M. Kelly a en revanche laissé transparaître une partie du fardeau qu'il porte.

«La dernière chose que je voulais était de délaisser un des plus grands honneurs de ma vie, celui d'être secrétaire de la Sécurité intérieure, a-t-il lors des célébrations du 15e anniversaire de l'agence, à Washington. Mais j'ai fait quelque chose de mal et j'imagine que Dieu a choisi de me punir.»

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