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04/03/2018 14:14 EST | Actualisé 05/03/2018 15:08 EST

Des élèves de Montréal incapables de s'envoler en voyage éducatif depuis vendredi

Un enseignant décrie l'incompétence du voyagiste Education First.

Les élèves s'envoleront finalement mardi. À lire ici.

Des élèves de Montréal qui devaient s'envoler vers l'Europe vendredi sont cloués au sol alors que leurs responsables ignorent quand ils pourront finalement partir.

L'enseignant d'histoire, Marc-André Patry, n'en revient tout simplement pas de l'incompétence de son voyagiste Education First (EF) dans toute cette histoire. Accompagné de trois autres chaperons, M. Patry devait s'envoler avec 30 de ses élèves de deuxième et troisième secondaires de l'Académie Dunton pour un voyage éducatif à l'occasion de la semaine de relâche. Ils devaient se rendre à Madrid en Espagne, via Amsterdam, puis visiter l'Andalousie.

C'est la même chose pour Jennifer Lehuquet, directrice-adjointe de la Westmount High School, qui devait embarquer sur le même vol avec 39 personnes, organisé par EF. Les élèves devaient se rendre à Athènes, puis en Italie, avant de revenir vers Montréal.

Les deux groupes devaient embarquer avec la compagnie aérienne KLM. «KLM annule le vol vendredi matin, mais EF nous dit d'aller quand même à l'aéroport avec les enfants», raconte-t-il au HuffPost Québec.

De son côté, Mme Lehuquet apprend d'un représentant de KLM que l'avion était cloué au sol à Amsterdam. «On m'a indiqué qu'il y avait un problème mécanique avec l'avion et qu'il ne pouvait se rendre à Montréal.»

Le soir venu, toujours sans vol, les élèves et accompagnateurs sont dirigés à l'hôtel. On leur dit chez EF qu'on travaille à une solution. «Ils nous prennent en charge, mais ce qu'on s'est aperçu, c'est qu'ils ne travaillaient pas vraiment, ils cherchaient à gagner du temps», peste M. Patry.

Le samedi matin venu, EF indique à M. Patry de se rendre à l'aéroport pour 10h afin qu'il puisse faire pression sur le transporteur KLM. «Arrivé sur place, je ne vois aucun kiosque de KLM. Je demande à un gardien qui se met à rire et me dit: "KLM ouvre seulement à 14h30". Pendant ce temps, EF n'a personne sur place pour m'aider», indique M. Patry.

Lorsque le kiosque finit par ouvrir, l'enseignant d'histoire réussit éventuellement à un superviseur, mais la situation ne débloque pas. «Pourtant, ce ne devrait pas être à moi de faire ces démarches, je suis client chez EF», argue-t-il.

Selon ce que les deux organisateurs ont confié au HuffPost Québec, EF chercherait à obtenir un remboursement de KLM avant de réserver un autre vol. «La représentante d'EF, qui avait l'air dépassée par les événements, nous a dit qu'il y avait deux hypothèses possibles: un vol avec Lufthansa et un autre avec British Airways. Mais finalement, elle ignorait combien de places seraient disponibles pour ces vols», explique M. Patry.

De son côté, Mme Lehuquet a passé quatre heures au téléphone avec KLM pour essayer de trouver une solution de remplacement. «J'ai monté cinq échelons de représentants de la compagnie. Je n'ai pas pu me rendre plus loin parce que je ne parle pas néerlandais», ironise-t-elle. «Rendue là, j'ai fait en sorte d'avoir un appel-conférence avec KLM et EF, qui n'a pas aidé à nous réserver un vol malheureusement», souligne-t-elle, déçue.

Mme Lehuquet a toutefois compris que la problématique était liée à la taille des groupes. «Au-delà de neuf personnes, c'est considéré comme un groupe et on ne peut réserver n'importe quel vol, à ce qu'on m'a dit. De ce que j'ai compris, ils nous ont fait poireauter parce que rien ne peut être réglé sans l'intervention d'un groupe de travail spécial... qui ne travaille que la semaine», déplore-t-elle.

Il est alors bien clair que les élèves ne décolleront pas samedi. Il faut donc les ramener chez leurs parents. «On me dit qu'il est impossible de faire appel à un autocar, après que quatre compagnies furent appelées! On me suggère des Uber. Voyons! Et la sécurité? C'est un non catégorique pour nous. Comment EF, qui vante la sécurité avant tout, peut penser à cette option?», déplore M. Patry.

Dans un échange de courriels entre la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et EF, cette dernière propose de faire partir le groupe de l'aéroport JFK de New York, lundi. «Je demande comment on se rend à New York. Là, c'est pire que pire: en autobus... demain! C'est inconcevable. Je ne peux pas prendre la chance de passer la douane terrestre. Ils ont tous un passeport canadien, mais des nationalités maghrébines et une mexicaine», évoque-t-il.

«Je ne peux plus leur faire confiance»

L'enseignant Marc-André Patry crie à l'incompétence du voyagiste, pourtant spécialisé en groupe d'étudiants. «Je ne peux plus leur faire confiance, même si je travaille avec eux depuis 2012», laisse-t-il tomber.

M. Patry digère mal les positions de la compagnie, alors qu'il organise ce voyage depuis deux ans avec ses élèves et leurs parents. «Le voyage scolaire est un moyen et un moment important dans une vie. Ces élèves ont travaillé deux ans pour payer ce voyage, des parents se sont endettés, d'autres souhaitent que leurs enfants fassent ce qu'ils n'ont jamais eu la chance et se surpassent», plaide-t-il.

Mme Lehuquet et M. Patry explique que ces problèmes ont amené beaucoup d'anxiété chez les élèves et leurs parents depuis vendredi. «C'est décevant. Ce qui est le pire, c'est qu'on ne sait pas ce qui arrive. On est tenu dans le noir par EF. Nous leur faisions confiance. Pour eux, c'est une question d'argent et ils veulent que KLM s'implique. Or, je n'ai pas acheté un voyage chez KLM mais chez EF. Parfois, il faut dépenser un peu pour garder une bonne relation avec ses clients», philosophe-t-elle.

Le HuffPost Québec a tenté de rejoindre Education First pour commenter la nouvelle, mais s'est buté à une boîte vocale.