DIVERTISSEMENT
03/03/2018 14:08 EST | Actualisé 03/03/2018 14:09 EST

Rencontrez celui qui est derrière la musique aux Oscars

Harold Wheeler nous parle de tout ce qu'il y a à savoir au sujet de la musique au gala.

Dimanche soir, Harold Wheeler sera l'une des personnes les plus importantes du Dolby Theatre de Los Angeles. Il sera en charge de la musique à la 90e édition de la cérémonie des Academy Awards.

Même si Wheeler a collaboré à plusieurs galas des Oscars, il s'agira seulement de sa troisième participation à titre de directeur musical de la cérémonie. Il sera chargé de superviser la musique du gala tout au long de la soirée. Celui qui a été régulièrement en nomination pour des Emmy et des Tony Awards a un parcours impressionnant, alors qu'il a notamment travaillé à Broadway et à l'émission «Dancing With The Stars». En 2008, il a reçu le «Lifetime Achievement Award», qui récompense une personne ayant apporté de nombreuses contributions à l'industrie du divertissement, de la part de l'Association Nationale pour la Promotion des Gens de Couleur.

C'est en 2010, alors que Wheeler ne se formalisait pas particulièrement de son rôle de directeur musical du gala, que le courriel d'une enseignante au secondaire est venu changer la donne.

«Elle m'a dit qu'un de ses élèves lui avait dit après une cérémonie des Oscars qu'il savait maintenant ce qu'il voulait faire dans la vie et qu'il ne savait pas qu'un Afro-Américain pouvait occuper un tel rôle», a raconté Wheeler au HuffPost. «Me voir diriger un orchestre était une inspiration. Je me suis dit: "Wow, c'est le moment d'accepter que c'est en effet un honneur." J'ai fini par aller rencontrer des classes pour leur parler de mon métier, et ils sont devenus gagas en écoutant mes histoires. Ça m'a fait réalisé que ce n'était pas rien et que je devais en être fier. Et ce moment était très spécial pour moi.»

Nous nous sommes entretenus avec Wheeler afin de déterminer pourquoi le rôle du directeur musical est aussi important et ce qui fait un bon spectacle.

Concrètement, que fait le directeur musical des Academy Awards?

Je suis le patron de tout ce qui se passe musicalement dans le gala. Les producteurs me parlent de ce qu'ils veulent et je le leur donne (le talent, les performances, peu importe). Je supervise tout. Je suis aussi l'un des orchestrateurs du gala, donc j'ai en quelque sorte un double rôle. Au niveau de la musique, rien ne se passe sans que je ne sois au courant et, ultimement, rien de ce que je fais arrive sans que les producteurs ne soient au courant. Je leur parle constamment à propos de leurs idées et de ce que je prévois faire pour m'assurer que tout est correct avec eux.

Cette production doit être un immense effort collaboratif. Pouvez-vous choisir qui joue dans votre orchestre?

Oh oui, absolument. Il y a 41 morceaux dans l'orchestre cette année, ce qui est à peu près la norme. Nous en avions un de plus l'année dernière. J'ai choisi chaque personne de mon équipe pour sa compétence et pour sa versatilité. Nous devons composer avec tous les styles. Nous pouvons jouer n'importe quoi, du hip-hop jusqu'aux mélodies de John Williams ou Hans Zimmer, donc il faut avoir l'habilité de pouvoir jouer tout ça. L'année dernière, alors que Straight Outta Compton était en nomination, c'était la seule année où le hip-hop était réellement présent, mais je savais que je pouvais compter sur mes musiciens de la section rythmique.

Parlez moi du temps de préparation.

Préparer toute la musique prend environ trois semaines. Les enregistrements et les répétitions prennent une semaine. Nous faisons les enregistrements chez la maison de disque Capitol Records et nous faisons ensuite des enregistrements de secours. Ainsi, si l'un de nos chanteurs perd la voix, nous l'avons enregistrée. Le spectacle est essentiellement en direct. Nous utilisons Capitol Records comme une place où répéter et pour enregistrer tout ce que nous avons besoin d'enregistrer.

Cela fait quelques années que vous travaillez pour les Oscars. Y-a-t-il quelque chose que vous faites différemment maintenant, comparativement à il y a quelques années?

Je crois que lors de ma première fois, en 2004, c'était tout un choc. En 2010, je me suis dit: «Je pense que je suis en contrôle». Et rien n'a vraiment changé dans la procédure. Vous vous y faites, vous devenez confortable. C'est comme si vous vous disiez: «Nous y voilà, encore une autre année.» Il y a des surprises à chaque année, mais la procédure reste la même. Et une fois que vous vous y faites, la pression est toujours la pression, mais vous vous êtes habitué à la pression.

Vous êtes debout une bonne partie de la cérémonie. Comment vous préparez-vous? Avez-vous des pauses?

Pendant la cérémonie, je ne quitte jamais mon poste. Il y a des pauses commerciales durant lesquelles je me dis: «Eh bien, c'est une longue pause commerciale.» Mais au Dolby, compte tenu de la taille du théâtre, même si je voulais aller à la salle de bain un moment, je ne pourrais pas. Je n'aurais pas le temps.

De plus, nous jouons pour la salle durant la majorité des pauses, afin de continuer à la divertir. Avant, les orchestres jouaient tout le temps, puis ils ont arrêté cette façon de faire pendant un moment. L'année dernière, les producteurs m'ont signifié qu'ils voulaient retrouver cette méthode. Donc, si une pause commerciale dure trois minutes et demi, nous jouons les deux premières minutes. Dans la minute et demie qui suit, nous nous préparons pour la musique que nous allons jouer au retour de la pause. Ça n'arrête pas. Nous sommes préparés à jouer environ 140 morceaux. Pour les catégories, il y a certaines performances pour lesquelles nous devons pratiquer environ 40 morceaux, même si seulement 20 d'entre eux seront entendus.

Courtoisie de AMPAS
Wheeler choisit les membres de son orchestre pour «leurs compétences et leur versatilité». Ils sont préparés pour 140 morceaux.

Faites-vous quelque chose de particulier, le matin du gala?

Nous avons une répétition générale le samedi matin, puis une autre pratique dimanche matin. Les membres de l'orchestre n'ont pas changé depuis les trois dernières années, ils connaissent donc la routine. J'essaie de faire en sorte qu'ils soient le plus confortable possible et de ne pas sembler apeuré. Parce que si j'ai l'air d'avoir peur, ils auront peur. Ils sont habitués et je le suis aussi. Nous avons les deux répétitions générales seulement pour éliminer les petits accrocs de dernière minute avant que nous passions en direct.

La chimie doit être bonne, entre votre orchestre et vous.

En recrutant vos propres musiciens, vous couvrez vos arrières. Si je fais une erreur, ils me couvrent. Une fois, j'ai placé mes mains d'une certaine façon pour commencer un morceau et personne n'a joué, parce qu'ils savaient que j'avais mal placé mes mains. Et cela m'a fait rire. Techniquement, ils auraient dû jouer. Je suis le chef, vous devez me suivre, que j'aie raison ou que j'aie tort. Mais ils ne m'ont pas suivi. Et je les ai amenés cinq secondes plus tard que prévu. J'ai ri, je me suis incliné et j'ai dit: «Je vous remercie tous de m'avoir couvert.»

Je sais qu'il y a quelques années, l'orchestre et vous ne jouiez pas au Dolby Theatre pendant la cérémonie.

Nous jouions en fait au Capitol et la performance était retransmise via la fibre optique. La seule différence est que je porte habituellement un tuxedo pendant l'entièreté du gala, ainsi qu'un noeud papillon et que cette fois, je pouvais les enlever et relaxer. Ensuite, le directeur a dit qu'ils allaient montrer l'orchestre au retour de la pause. Donc j'ai remis mon veston et mon noeud papillon et je l'ai annoncé à l'orchestre. Certains des membres de l'orchestre, ceux que vous ne voyez qu'à partir de la taille, portent une chemise, une veston, puis des jeans et des espadrilles.

C'est hilarant! Je ne peux pas les blâmer.

Sur les trois heures et demies du gala, on nous a peut-être vu une minute. Vous savez, un dix secondes par-ci, un dix secondes par-là et peut-être un autre vingt secondes lorsqu'on a présenté l'orchestre.

Cette année, tout le monde est bien habillé, évidemment. Tout le monde est si fier de jouer dans la salle, ce qui représente une grosse différence, puisque vous sentez vraiment que vous faites partie du gala. C'est presque comme si l'audience épiait chacun de vos mouvements. Au Capitol, une fois que vous arrêtez de jouer, vous pouvez relaxer. J'écoute le spectacle, mais je n'ai pas à être aussi concentré.

Il y a des caméras où nous jouons, nous allons donc parfois apparaître à l'écran avant d'aller en pause et au retour de celles-ci. Parfois, ils montrent le public, mais des fois, ils profitent du fait que l'orchestre soit là et qu'il joue en direct.

Qu'est-ce que ça fait, de devoir jouer pour que les récipiendaire de prix quittent la scène, lorsque leur discours est trop long?

D'entrée de jeu, ce n'est pas moi qui lance la musique. Je reçois un signal du directeur. Il va me dire: «Soyez prêt. Faites-les partir, Harold.» Et je dis à l'orchestre de se tenir prêt. Nous avons deux ou trois morceaux à jouer et ils commencent tranquillement. Puis ils montent tranquillement en intensité jusqu'à ce qu'ils deviennent forts au point où on n'entendrait plus les personnes sur la scène, si ce n'était de leurs micros. Des fois, ils vont regarder l'orchestre, puis moi. Ils vont me blâmer pour avoir lancé la musique, mais ce n'est pas moi: c'est le directeur.

Une fois seulement, j'ai commencé à jouer de ma propre initiative. C'est une drôle d'histoire. C'était les People's Choice Awards et le directeur a dit: «Il est onze heures dans huit minutes et le réseau m'a dit qu'ils allaient arrêter de diffuser si nous n'arrêtons pas à temps, donc tiens toi prêt, Harold.» Cela signifiait que nous devions nous préparer à évincer les gens. Est venu le moment de l'avant-dernière récompense. Le discours a commencé à s'éterniser et je me suis dit: «Ô mon dieu, ils vont nous couper.» Alors j'ai doucement lancé la musique, mais le directeur m'a dit: «Arrête la musique, arrête la musique! Qu'est-ce que tu fais?» Je lui ai rappelé ses instructions et il m'a répondu: «Mais c'est Walter Matthau. Tu ne joues pas par-dessus Walter Matthau.»

J'ai appris de cette histoire. Ça ne me dérange pas si les récipiendaires ont 45 secondes et qu'ils parlent durant trois minutes. Je ne fais rien sans avoir eu un signal de la part du conducteur. Mais peu importe ce qui se passe, je recevrai le blâme.

Ça doit être une position difficile à occuper.

Oui, surtout quand nous jouons dans la salle, parce que je suis facilement identifiable. Ils peuvent me regarder et dire: «Qu'est-ce que vous faites? Je n'ai pas encore terminé!» Je ne les regarde pas, quand je le fais. Je garde ma tête baissée vers l'orchestre.

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Cette année marquera la troisième fois qu'Harold Wheeler sera le directeur musical des Oscars.

Qu'est-ce qui fait un bon spectacle, selon vous?

Premièrement, nous avons d'excellents scénaristes, scripteurs, animateurs, fans, et ainsi de suite. La clé est un excellent présentateur. Jimmy Kimmel a accompli un travail exceptionnel. J'ai travaillé quand il était le présentateur, quand Billy Crystal était le présentateur et lorsque Chris Rock présentait, il y a quelques années.

Il y a aussi la qualité des célébrités et, je pense, la qualité de la musique. La musique est une chose subliminale. Les gens passent un bon moment et ils ne se rendent pas compte que l'orchestre y a contribué. Je sais quand ils ont besoin d'énergie. Je sais quand ils ont besoin d'une pause. Mes choix deux heures après le début de la cérémonie ne seront pas les même que ceux durant la première heure.

Après une bonne cérémonie, comment célébrez-vous?

Je commence par prendre une grande respiration, puis, je m'assieds dans ma chaise. J'ai une chaise à mon poste, mais je l'utilise rarement pendant la cérémonie. Je m'assieds, je remercie l'orchestre et, vous ne me croirez pas, je prends ma voiture, conduis jusqu'à chez moi, me verse un verre de vodka avec de la glace et demande à ma famille: «De quoi j'avais l'air à la télévision?» Je n'ai pas envie d'aller faire la fête après. Ce n'est pas ma façon de célébrer. Cette année, ma fille m'a dit: «Papa, tu vas prendre un Uber, après le gala.»

Vous le méritez, après cette longue soirée!

Je lui ai répondu: «Non, parce que le Uber ne va pas pouvoir traverser les barricades.» Je lui ai dit: «Je vais conduire. Je vais être correct.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni a été traduit de l'anglais.

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