POLITIQUE
02/03/2018 14:41 EST | Actualisé 02/03/2018 15:40 EST

Le Canada appelé à se retirer de la négociation de l'Aléna

Justin Trudeau qualifie de «non-sens» les motifs des tarifs douaniers

Un influent syndicat canadien a appelé vendredi son gouvernement à se retirer de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) si les États-Unis imposent une taxe sur les exportations canadiennes d'acier et d'aluminium.

Au même moment, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a averti qu'une éventuelle taxe serait "absolument inacceptable" pour le Canada et que ses impacts se feraient sentir de part et d'autre de la frontière canado-américaine.

On ignore, par contre, si M. Trudeau a parlé avec le président Trump après cette annonce de jeudi. De passage vendredi matin à Barrie, en Ontario, le premier ministre a rappelé, en mêlée de presse, qu'il avait déjà évoqué avec le président américain, «plusieurs fois directement, en personne», la nature intégrée des marchés de l'acier et de l'aluminium en Amérique du Nord, qui ont créé des millions de bons emplois et alimenté la croissance économique dans les deux pays.

M. Trudeau a aussi noté que les Américains jouissent d'un surplus commercial de 2 milliards $ dans le secteur de l'acier. Selon lui, le fait que Washington invoque des motifs de sécurité nationale constitue un «non-sens», considérant le niveau élevé de coopération entre les deux pays en matière de sécurité. Le premier ministre a indiqué que son gouvernement continuerait à porter le message d'Ottawa à Washington.

Donald Trump a annoncé jeudi qu'il songeait à imposer dès la semaine prochaine une taxe de 25 pour cent sur les importations d'acier et une taxe de 10 pour cent sur celles d'aluminium. On ignore pour l'instant si ces tarifs douaniers toucheraient aussi le Canada, le plus important exportateur d'acier et d'aluminium vers les États-Unis. Le président Trump a promis jeudi de clarifier ses intentions la semaine prochaine, en signant le décret.

Bill Morneau

De passage à Montréal vendredi, le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, a soutenu qu'il avait suggéré jeudi à son homologue américain d'exclure le Canada de ces tarifs douaniers. Dans un discours à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal, M. Morneau a indiqué qu'il avait eu un entretien «constructif», jeudi, avec le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, après l'annonce du président américain.

Le ministre Morneau a rappelé vendredi que si le président Trump, pour des raisons de sécurité nationale, décidait de passer outre à certaines règles commerciales, le Canada, à titre de fidèle allié des États-Unis, devrait être exempté de ces mesures.

Le ministre Morneau a refusé vendredi de prédire si ces mesures tarifaires pourraient déclencher une guerre commerciale mondiale. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce a admis vendredi que son organisation était «clairement préoccupée» par les intentions du président Trump. Roberto Azevedo a mis en garde contre une éventuelle escalade qui «ne serait dans l'intérêt de personne».

Philippe Couillard

De passage à Montréal vendredi, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a soutenu que ces mesures, au fond, vont d'abord «nuire aux citoyens de la classe moyenne américaine, aux entreprises américaines».

«C'est l'exemple classique de ce type de politiques protectionnistes qui font peut-être du bien au moral à certains lorsqu'on en parle, mais qui ont un effet négatif sur l'économie du pays qui les applique», a-t-il estimé. «Mais je reviens encore une fois au fondamental: c'est les Américains qui vont se pénaliser eux-mêmes, avec ça — vous savez, on ne monte pas une aluminerie en deux mois.»

M. Couillard rappelle toutefois que la décision officielle n'a pas été annoncée, et qu'«il y a des voix aux États-Unis qui s'opposent à ça», notamment toute l'industrie de la défense, grande consommatrice d'aluminium. «Je préférerais que la décision ne soit pas celle-là, il y a encore des forces qui vont s'appliquer sur M. Trump pour ne pas prendre cette décision qui est mal avisée pour les Américains.»

Le premier ministre promet de soutenir les travailleurs et les alumineries québécoises, comme le gouvernement l'a fait dans le secteur du bois d'oeuvre, aussi frappé par des tarifs douaniers américains. «Je pense qu'on va passer au travers», a-t-il dit.