POLITIQUE
02/03/2018 17:04 EST | Actualisé 02/03/2018 17:04 EST

Hélène David se sent habitée par «un sentiment d'urgence»

Elle dit vouloir agir et agir maintenant pour améliorer le sort des femmes.

THE CANADIAN PRESS

Plus l'échéance électorale approche, plus la ministre Hélène David se demande si elle aura le temps requis de réaliser tout ce qu'elle a en tête pour améliorer le sort des femmes. Elle dit vouloir agir et agir maintenant.

À sept mois du prochain scrutin, la ministre de la Condition féminine, en poste depuis peu, en octobre dernier, n'aura donc pas le choix de prendre les bouchées doubles d'ici là.

«Je suis vraiment habitée par une urgence», a-t-elle confié, lors d'une entrevue de plus d'une heure à La Presse canadienne, en vue de faire le point à la fois sur ses dossiers et sur sa vision du féminisme, à l'approche de la Journée internationale des femmes le 8 mars.

Son prochain cheval de bataille : la violence conjugale. Elle veut s'attaquer à ce fléau de diverses façons. Une tournée en régions est prévue en mars et avril, car elle tient à être davantage présente «sur le terrain». Elle déposera prochainement le très attendu Plan stratégique de lutte à la violence conjugale 2017-2022. Et surtout elle tient à mieux financer les groupes et les maisons d'hébergement qui viennent en aide aux femmes victimes de violence conjugale.

Elle note à ce propos que la clientèle de ces refuges temporaires s'est beaucoup diversifiée au fil des ans, rendant plus complexe le soutien à lui apporter. De plus en plus de femmes immigrantes, fraîchement débarquées au Québec, frappent à la porte d'une maison d'hébergement sans même pouvoir s'exprimer en français. Il faut donc prévoir des sommes pour engager des interprètes, raconte Mme David, qui mise sur le prochain budget du ministre Leitao, déposé vers la fin mars, pour concrétiser ses ambitions.

«La clientèle des maisons d'hébergement a changé, s'est beaucoup développée, donc il y a beaucoup, beaucoup de besoins», reconnaît celle qui s'engage à mieux soutenir «tout ce qui est communautaire».

Le droit d'être imparfaite

En marge des dossiers à défendre, des projets de loi à faire adopter et des budgets à trouver, Mme David souhaiterait mener une réflexion sur ce qu'elle appelle la «culture féminine».

Féministe depuis toujours, ayant à son actif des années de recherche sur la condition des femmes à l'époque où elle enseignait à l'Université de Montréal, Mme David dit qu'elle aimerait échanger davantage avec les Québécoises sur leur vision des rôles sexuels, leur conception de la féminité, trop souvent associée au sentiment de culpabilité et à la recherche effrénée de la perfection.

Elle dit vouloir «faire entendre la voix des femmes partout» et souhaite «parler beaucoup plus aux femmes, avec les femmes et parler des femmes, qui sont trois choses différentes».

Mme David revendique pour les Québécoises «le droit d'être imparfaites» et celui d'occuper les postes de pouvoir sans se sentir «un imposteur».

En prévision de la prochaine campagne électorale, Mme David veut jouer un rôle actif en vue de recruter et accompagner les futures candidates libérales. Tous les partis se butent à une certaine résistance lorsqu'ils sollicitent les candidatures féminines, les femmes étant moins à l'aise en général dans l'univers politique et partisan. Cet obstacle nuit à l'atteinte d'une certaine parité, d'où l'importance d'accroître les efforts, plaide la ministre.

Durant la campagne, «si je peux être de quelque utilité, je vais le faire», promet la ministre, convaincue que le secret réside dans un encadrement plus serré quand il s'agit de femmes. «Il faut beaucoup, beaucoup les accompagner», pour les rassurer notamment sur les exigences de la vie politique.

«Je vais faire tout ce que je peux pour les accompagner», et surtout ne pas «les laisser seules à elles-mêmes».

Celle qui est aussi ministre de l'Enseignement supérieur se dit très fière de ce qu'elle a réussi à accomplir en peu de temps, soit l'adoption de la loi 151 et la tenue d'un grand forum sur le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles.

La loi 151, qui vient encadrer les relations intimes entre une personne en autorité, un professeur par exemple, et un étudiant ou une étudiante, au cégep et à l'université, est «une des lois les plus progressistes en Amérique du nord», selon elle. Chaque établissement d'enseignement supérieur devra se doter d'ici l'an prochain d'un code de conduite devant régir ce type de relations, prévoir un processus de plaintes et de soutien, par exemple si la relation tourne mal et que l'étudiante en cause se sent lésée.

Cette loi suit l'annonce en août dernier d'une stratégie d'intervention, à hauteur de 23 millions $, pour lutter contre les violences sexuelles dans les collèges et universités.

La loi 151, «j'y tenais beaucoup et j'en suis très fière», dit celle qui dit avoir été «si contente» quand le premier ministre lui a offert le poste de ministre à la Condition féminine, en octobre. «Il faut le porter personnellement ce rôle», dit-elle, d'un air grave.

Dans la foulée du mouvement #moi aussi, elle avait aussi organisé en catastrophe un grand forum en décembre, qui s'est soldé par une série de mesures, notamment un meilleur soutien financier aux organismes, sur le terrain, chargés d'informer et de venir en aide aux victimes d'agression sexuelle, qui se partageront 17 millions de dollars supplémentaires, au cours des trois prochaines années.

Ces sommes devraient servir à embaucher plus de personnel, au moment où les lignes téléphoniques de ces organismes explosent, à la suite du mouvement planétaire de dénonciation des victimes d'agression sexuelle.

Une politique gouvernementale contre le harcèlement sexuel devrait suivre.