POLITIQUE
28/02/2018 18:07 EST | Actualisé 01/03/2018 16:00 EST

Justin Trudeau s'accroche à la «thèse du complot indien»

Malgré les démentis.

Malgré les démentis catégoriques de New Delhi, Justin Trudeau s'est accroché mercredi à la «thèse du complot indien» pour expliquer comment un sikh de la Colombie-Britannique reconnu coupable de tentative de meurtre contre un ancien ministre indien en 1986 avait été invité à deux réceptions canadiennes.

M. Trudeau avait repris à son compte, mardi, la thèse d'un «responsable du gouvernement canadien» qui aurait suggéré que des factions au sein même du gouvernement indien ont pu vouloir saboter la visite du premier ministre canadien en Inde la semaine dernière. New Delhi aurait ainsi voulu refroidir les relations entre le premier ministre indien, Narendra Modi, et ce gouvernement canadien considéré par certains comme un peu trop sympathique à la cause des séparatistes sikhs.

Les conservateurs ont révélé depuis que ce «responsable du gouvernement canadien» est le conseiller du premier ministre pour la sécurité nationale, Daniel Jean. M. Trudeau imputait jusqu'ici cette thèse aux «services de renseignements ici au Canada et notre fonction publique professionnelle».

Dans une note envoyée aux médias, mercredi, le ministère des Affaires étrangères de l'Inde dément «catégoriquement» cette thèse reprise par le premier ministre.

L'opposition a aussitôt accusé M. Trudeau de provoquer une crise diplomatique avec l'Inde dans le seul but d'éviter de répondre aux critiques sur ce voyage officiel controversé.

«Aucun gouvernement, qu'il soit libéral ou conservateur, ne s'est jamais servi d'un responsable de la sécurité nationale pour nettoyer un dégât aussi embarrassant provoqué par ce premier ministre», a lancé le chef conservateur, Andrew Scheer, à la Chambre des communes.

La porte-parole néo-démocrate en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, a estimé qu'en cautionnant la thèse du complot indien, le premier ministre a réussi à empirer un voyage officiel déjà désastreux, au risque de créer un incident diplomatique.

Démenti formel de New Delhi

Jaspal Atwal, un sikh reconnu coupable de tentative de meurtre en 1986, avait été invité à deux réceptions auxquelles assistait M. Trudeau en Inde; la deuxième invitation a finalement été retirée lorsque l'affaire a éclaté. Devant le tollé soulevé par l'impair, le cabinet du premier ministre a convoqué un «représentant du gouvernement», qui aurait évoqué la thèse du «complot indien».

«Laissez-moi déclarer catégoriquement que le gouvernement indien, y compris ses services de sécurité, n'a été en rien lié à la présence de Jaspal Atwal», écrit le porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, Raveesh Kumar, dans un bref communiqué. «Soutenir le contraire serait non fondé et inacceptable.»

Mais M. Trudeau persiste, et prend la défense de Daniel Jean, ce «fonctionnaire respecté qui sert les gouvernements (canadiens), peu importe leur couleur, depuis plus de 35 ans». Le premier ministre a soutenu que contrairement aux conservateurs, les libéraux respectent l'indépendance des fonctionnaires, «surtout dans les domaines de la sécurité nationale et du renseignement».

«Lorsqu'ils formulent des recommandations (...) nous, de ce côté-ci de la Chambre, on les croit», a-t-il lancé.

M. Scheer a demandé au premier ministre comment il pouvait évoquer le complot indien et du même coup blâmer son député de Colombie-Britannique Randeep Sarai, qui a assumé l'entière responsabilité pour l'initiative d'inviter M. Atwal. «Le premier ministre est-il en train de dire que M. Sarai a assumé l'entière responsabilité pour un complot ourdi par le gouvernement indien?»

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