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27/02/2018 13:19 EST | Actualisé 27/02/2018 16:57 EST

SPVM: les enquêtes internes pourraient être confiées à l'externe de façon permanente

Le directeur Martin Prud'homme a dévoilé sa stratégie de réorganisation du corps policier.

Olivier Robichaud

L'équipe externe qui gère les enquêtes sur les policiers montréalais depuis le début de la crise au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pourrait avoir un rôle permanent.

Le directeur par intérim du SPVM Martin Prud'homme étudie son fonctionnement pour analyser les possibilités de collaboration à l'avenir

M. Prud'homme a dévoilé mardi sa stratégie pour redresser les importants problèmes qui affectent le SPVM. Depuis l'an dernier, les enquêtes internes sont confiées à une équipe mixte formée d'enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ), mais aussi du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) et d'autres corps municipaux.

«Le SPVM devra un jour reprendre les enquêtes sur les allégations qui affectent ses policiers. [...] Mais nous devrons continuer à collaborer avec le BEI et les autres corps policiers municipaux. Nous avons un modèle d'une équipe intégrée qui fonctionne et nous pouvons l'analyser», a-t-il dit devant les élus montréalais.

Ceux-ci étaient réunis pour une séance de la Commission de la sécurité publique, la première depuis l'élection de Valérie Plante et Projet Montréal. Pour une rare fois, la Commission s'est réunie en public. Une pratique que son président Alex Norris souhaite répéter.

Rappelons que M. Prud'homme a pris un congé d'un an de son poste à la tête de la SQ pour redresser le SPVM. Le corps policier montréalais a fait l'objet de nombreux reportages et d'un rapport dévastateur faisant état de pratiques douteuses au sein de la Division des affaires internes.

Ces révélations ont mené à la suspension de l'ex-directeur Philippe Pichet.

Les commentaires de M. Prud'homme vont dans le sens des recommandations de l'enquêteur Me Michel Bouchard, chargé de faire la lumière sur les allégations affectant le SPVM. Me Bouchard recommande que le BEI soit le seul responsable d'enquêter sur les actes criminels commis par des policiers.

Moins de cadres... sauf aux affaires internes

Parallèlement, M. Prud'homme a entamé une refonte de la structure organisationnelle du SPVM. Cette nouvelle structure comprendra moins de cadres afin d'améliorer la communication entre les policiers et leurs supérieurs.

Selon M. Prud'homme, la structure administrative actuelle du SPVM nuit à la fluidité des opérations.

Or, la nouvelle Division des normes professionnelles, qui comprend les affaires internes, connaîtra au contraire une augmentation du nombre de cadres. Cela évitera des situations où des policiers doivent enquêter sur leurs supérieurs.

«Nous souhaitons ajouter des commandants à l'équipe d'enquête des affaires internes. Ce seront des cadres qui enquêteront sur d'autres cadres, ce qui est beaucoup plus normal», affirme M. Prud'homme.

Une pente à remonter

Chose certaine, la pente sera difficile à remonter pour M. Prud'homme et le SPVM. De nombreux citoyens se sont présentés à la séance publique pour témoigner du bris de confiance avec la police montréalaise et les dossiers sont beaucoup plus larges que les affaires internes.

«Les citoyens ont perdu confiance parce qu'ils ont été témoins de pratiques policières discutables. Des pratiques qui ne sont jamais remis en question par les corps policiers», affirme Nicole Filion, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés.

Mme Filion a pris exemple du récent jugement de la Cour supérieure concernant l'utilisation d'armes intermédiaires pendant la crise étudiante de 2012. Le juge souligne que le SPVM a tenté de minimiser la dangerosité des armes utilisées et a voulu éviter de laisser des traces de constats nuisibles au SPVM.

Martin Prud'homme a répondu que le changement de structure permettra aux policiers d'être plus efficaces, y compris dans la gestion des situations qui ont mené au jugement défavorable.

M. Prud'homme a été nommé en décembre pour un mandat d'un an. Le prochain directeur du SPVM sera nommé par le ministre de la Sécurité publique, après un processus de sélection mené par la Ville de Montréal.