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25/02/2018 19:52 EST | Actualisé 25/02/2018 19:52 EST

La fratrie involontaire née du sperme d'un médecin escroc américain vit un choc

«On se ressemblait vraiment trop pour que cela ne soit qu'une simple coïncidence.»

Getty Images/iStockphoto

Matt White se souvient de ce jour de septembre 2016.

Tout a commencé par la lecture d'un article concernant un certain Donald Cline, un ancien médecin-spécialiste de la fécondation d'Indianapolis accusé d'avoir menti en niant avoir inséminé des patientes involontaires avec son propre sperme, plusieurs décennies auparavant. Il a recherché l'adresse du médecin sur l'internet. Il constata alors qu'il s'agisssait de l'endroit où sa mère allait voir son médecin. Il a alors fait une nouvelle recherche sur Google. Quand la photo de l'homme est apparue sur l'écran, cela l'a frappé comme un train lancé à haute vitesse: il ressemblait à Donald Cline.

«On se ressemblait vraiment trop pour que cela ne soit qu'une simple coïncidence», lâche-t-il. M. White savait depuis longtemps qu'il avait été un bébé conçu artificiellement, mais ce jour-là, il voyait les traits de celui qui était vraisemblablement son père biologique.

Toujours à la même époque, Julie Harmon regardait un reportage à la télévision portant sur Cline. Quelques années auparavant, elle avait appris que son type sanguin démontrait qu'elle n'était pas l'enfant biologique de ses parents. Ce reportage sur celui qui fut aussi le médecin de sa mère était troublant.

«Je sentais au fond de moi-même que quelque chose n'allait pas», souligne-t-elle.

Le reportage parlait de Jacoba Ballard, dont la mère, à l'instar de celle de Mme Harmon, était une patiente de Cline.

Mme Harmon est entrée en contact avec Mme Ballard et elles se sont échangé des photographies. «J'ai regardé les photos et j'ai su, a-t-elle raconté. On peignait même nos cheveux de la même manière.»

Les deux femmes et Matt White étaient présents dans la salle d'un tribunal à Indianapolis lorsque Cline a été condamné à une probation d'un an pour avoir menti aux enquêteurs. Les tests d'ADN ont prouvé qu'il était le père biologique de Mme Ballard et d'une autre femme dont la mère avait elle aussi consulté le médecin. Cline a présenté des excuses «pour les souffrances que (ses) gestes ont pu causer», mais il n'a pas précisé le nombre de fois qu'il a utilisé son propre sperme pour rendre des femmes enceintes. Dans les documents fournis à la cour, il aurait reconnu à Mme Ballard l'avoir fait une cinquantaine de fois.

Une singulière famille

Fascinante et extraordinaire conclusion de cette histoire abracadabrante: Matt White, Julie Harmon et Jacoba Ballard ont forgé entre eux une grande amitié. Tous trois ont parlé à 21 autres personnes — hommes et femmes — tous âgés de la trentaine et tous, comme l'ont prouvé les tests d'ADN, sans doute leurs demi-frères et leurs demi-soeurs.

Plusieurs d'entre eux ont gardé le contact par l'entremise d'une page privée de Facebook. Plusieurs se sont même rencontrés l'automne dernier lors d'un barbecue.

Mme Harmon et Mme Ballard se parlent tous les jours. Si certains préfèrent conserver leur intimité, d'autres ont participé à des rencontres, se sont échangés des photos d'enfance ou des confidences.

«J'ai partagé des histoires que je n'avais racontées à personne, sauf à ma femme, dit M. White. On a presque un lien spontané avec ceux qui ont vécu cette situation horrible, mais avec qui, on peut se rattacher de façon plus intime.»

Mme Ballard dit les considérer tous comme ses frères et ses soeurs.

M. White ajoute que la fratrie involontaire plaisante volontiers sur le nombre accru de donateurs potentiels pour des transplantations d'organe. Il reconnaît toutefois que cette découverte peut laisser des cicatrices psychologiques.

En décembre, au procès de Cline, Mme Ballard a déclaré au juge qu'il n'y avait «pas une seule partie d'elle-même qui n'avait pas souffert».

De son côté, Mme Harmon avait toujours pensé avoir un lien biologique avec son père. «Et puis, voir cela disparaître 35 ans plus tard. J'ai perdu toute mon identité, relate-t-elle. Sa mère, Dianna Kiesler, pensait, sur la foi des discussions qu'elle avait eues avec Cline, que son mari était celui qui avait fourni le sperme conduisant à sa grossesse.

Quand il reçoit un avis l'informant de l'existence d'un autre demi-frère ou d'une autre demi-soeur, le trio tentera de trouver un ami mutuel pour lui expliquer la situation. Sinon, l'un des trois va tenter de le faire. «La plupart des gens qui passent un de ces tests n'ont aucune idée de la boîte de Pandore qu'ils viennent d'ouvrir.»

M. White s'est aussi lié d'amitié avec une autre demi-soeur. Dès leur première rencontre, ils ont discuté pendant cinq heures.

L'homme dit s'être ouvert le coeur avec sa nouvelle fratrie, discutant même de sa propre infertilité. Ses deux enfants ont été conçus in vitro. «J'ai donné tous les secrets de ma vie.»

Les tests d'ADN devenant de plus en plus courants, il croit que la petite fratrie s'élargira avec le temps.

«Doit-on penser qu'on s'est tous retrouvés en deux ans ? C'est peu vraisemblable. Il y a encore beaucoup d'autres enfants (de Cline) dans la nature.»