POLITIQUE
23/02/2018 09:07 EST | Actualisé 23/02/2018 11:19 EST

Inde: Justin Trudeau aurait cité en exemple les risques de violence des séparatistes du Québec

Jean-François Lisée n'a pas perdu de temps à répondre au premier ministre du Canada.

Une conversation entre Justin Trudeau et le ministre en chef de l'État du Pendjab, Amarinder Singh, résonne jusqu'au Canada, et plus particulièrement au Québec.

Dans un compte-rendu qu'il a fait à l'agence Reuters de la rencontre entre les deux hommes, le porte-parole de Singh a affirmé que le premier ministre Trudeau aurait cité le mouvement souverainiste du Québec en exemple pour convaincre ses hôtes qu'il était pleinement conscient des risques et dangers de la violence.

«Citant le mouvement séparatiste au Québec, Trudeau a affirmé qu'il avait composé avec de telles menaces toute sa vie et qu'il était pleinement conscient des dangers de la violence, qu'il a toujours combattus avec toute sa force», a déclaré Raveen Thukral, porte-parole du dirigeant indien.

C'est à tout le moins ce qu'on peut lire dans un sommaire de l'entretien qui a été publié mercredi dernier sur un site gouvernemental du Pendjab.

Par contre, le compte rendu du bureau du premier ministre n'aurait pas mentionné ces paroles de Trudeau, selon ce que relate La Presse.

Selon ce qu'a par ailleurs confié une source gouvernementale à La Presse canadienne, Justin Trudeau a «parlé du Québec» avec son hôte, mais «en aucun cas n'a fait de comparaison entre les mouvements indépendantistes québécois et sikhs, surtout pas avec la violence».

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, n'a pas du tout apprécié cette possible allusion aux risques et dangers de la violence du mouvement souverainiste de Trudeau.

Que Justin Trudeau se ridiculise en Inde, c'est son affaire. Mais identifier le mouvement indépendantiste québecois actuel à la violence est mensonger et irrespectueux pour des millions de Québécois.Jean-François Lisée

«Que Justin Trudeau se ridiculise en Inde, c'est son affaire. Mais identifier le mouvement indépendantiste québecois actuel à la violence est mensonger et irrespectueux pour des millions de Québécois», a écrit Lisée sur Twitter en ajoutant le mot-clic «honteux».

En entrevue à l'émission Gravel le matin à ICI Radio-Canada Première, Lisée a aussi déclaré que «Justin Trudeau dise ça à l'étranger, pour moi, il vient de se déshonorer. C'est incompétent, c'est injurieux et c'est honteux».

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a aussi réagi. «Se ridiculiser devant la planète c'est une chose. Mais associer le mouvement indépendantiste québécois à la violence, ça ne passe pas! C'est faux et fourbe», a-t-elle publié dans un message sur Twitter.

Quelques députés conservateurs fédéraux du Québec se sont aussi tournés vers le même réseau social pour exprimer leur étonnement et leur mécontentement, vendredi.

«J'ai des amis souverainistes et même si je ne partage pas leur vision, JAMAIS ils n'ont pensé recourir à la violence pour faire la souveraineté. Trudeau fait du 'Québec bashing' pour se sortir de la m... dans laquelle il s'est mis lui-même en Inde», a commenté le député Luc Berthold.

Durant son voyage d'une semaine en Inde, le premier ministre Trudeau a consacré beaucoup d'énergie à tenter de convaincre les autorités indiennes que son gouvernement n'encourageait pas le mouvement séparatiste sikh. Singh est l'un des politiciens indiens qui croient le contraire.

Mais le lendemain, il a été révélé que Jaspal Atwal, un Canadien de religion sikhe qui avait tenté d'assassiner le ministre Malkiat Singh Sidhu en 1986, avait été invité à des réceptions données par le premier ministre canadien à Mumbai et à New Delhi. On l'a même vu sur une photographie aux côtés de l'épouse de M. Trudeau.

Trudeau nie

Justin Trudeau a catégoriquement nié vendredi avoir utilisé l'exemple de la lutte des souverainistes au Québec pour illustrer les risques de violence que peuvent poser les mouvements indépendantistes.

«Le rapport est entièrement faux. Je n'ai pas dit ça», a-t-il tranché en conférence de presse à New Delhi, en Inde.

Le premier ministre a plaidé qu'il avait «toujours été très fier du fait que le Canada et le Québec ont des leçons à partager avec le monde sur le pluralisme, la diversité, les différents points de vue, sans avoir recours à la violence».

La Presse canadienne/Sean Kilpatrick
Justin Trudeau et Amarinder Singh

Avant que le premier ministre canadien ne le fasse lui-même, son bureau avait contredit cette information. «Cette affirmation est complètement fausse», avait réagi la porte-parole Chantal Gagnon en entrevue téléphonique depuis la capitale indienne.

À l'issue de sa rencontre avec le premier ministre canadien, mercredi dernier, le ministre en chef Singh avait écrit sur sa page Facebook qu'il était «ravi d'avoir obtenu la ferme assurance» de M. Trudeau que le Canada appuyait une Inde unie.

«Nous sommes impatients de voir ce gouvernement combattre la frange séparatiste», avait-il poursuivi.

La majorité des Indo-Canadiens sont des sikhs originaires de l'État indien du Pendjab, où un mouvement séparatiste milite en faveur de la création d'un État sikh indépendant, le Khalistan. Avant l'arrivée de Justin Trudeau en Inde, on l'a accusé d'avoir au sein de son cabinet des sympathisants à la cause, dont le ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

Lutte à l'extrémisme: les premiers ministres Trudeau et Modi sont d'accord

Les premiers ministres de l'Inde et du Canada s'entendent pour faire la lutte à l'extrémisme et à ceux qui utilisent la religion pour diviser les peuples.

C'est ce qui a été révélé vendredi après que le premier ministre Narendra Modi ait chaleureusement accueilli son homologue Justin Trudeau au palais présidentiel, à New Delhi, pour des entretiens bilatéraux.

Ces entretiens ont eu lieu à la fin du voyage d'une semaine en Inde du premier ministre Trudeau, de son épouse et de leurs enfants.

Le premier ministre Modi n'a pas accueilli son vis-à-vis à son arrivée en Inde, samedi dernier. Ce n'est que cinq jours plus tard, jeudi, qu'il lui a publiquement souhaité la bienvenue sur son compte Twitter.

La semaine de M. Trudeau en Inde a été difficile. Peu de nouvelles économiques ont été annoncées et dans plusieurs médias, on s'est moqué de ses tenues vestimentaires.

Trudeau rencontrera le ministre qui a invité Atwal

Le premier ministre Trudeau a indiqué qu'il rencontrera la semaine prochaine celui qui a invité M. Atwal à ces réceptions, le député libéral de la Colombie-Britannique Randeep Sarai, qui a admis être responsable de la situation.

Lors d'un breffage téléphonique organisé vendredi par le bureau du premier ministre, un responsable a laissé entendre que la présence de M. Atwal était possiblement l'oeuvre de factions du gouvernement indien qui sont convaincues que les séparatistes sikhs menacent l'unité de leur pays.

Ces factions, a dit le responsable sous le couvert de l'anonymat, manoeuvreraient pour empêcher le gouvernement du premier ministre Narendra Modi de trop se rapprocher des pays qui, selon eux, veulent miner l'unité de l'Inde.

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Justin Trudeau et sa famille en Inde
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