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23/02/2018 15:34 EST | Actualisé 23/02/2018 15:53 EST

«Nos idéaux» de Dumas, comme des effluves du «Cours des jours»

Dumas revient en quelque sorte à la source, sans qu'il n'ait été nécessairement voulu de boucler une quelconque boucle...

Paméla Lajeunesse

D'un album à l'autre, Dumas joue avec les styles. Son nouveau-né, Nos idéaux, son onzième original, n'est pas exactement Dumas (2014), L'heure et l'endroit (2012), Traces (2009), Fixer le temps (2006) ou l'emblématique Cours des jours (2003), ni dans les mots, ni dans les arrangements. Mais, d'un exercice à l'autre, le fil conducteur et la signature Dumas demeurent. Ça ne résonne jamais tout à fait pareil, sans toutefois s'égarer.

Dans Nos idéaux, l'auteur-compositeur à vocation aussi populaire que marginale revient en quelque sorte à la source, à ces Cours des jours qui l'ont consacré... sans qu'il n'ait été nécessairement voulu de boucler une quelconque boucle. Un heureux hasard, presque, en somme.

Cette offrande fraichement lancée, jeudi, à la Place des Arts, confirme par ailleurs l'amoureux de musique fini qu'est Dumas, qui se définit toujours un peu comme l'adolescent de «Victo» qui était jadis en permanence scotché à MusiquePlus, et qui fouillait les bibliothèques et les disquaires de sa ville pour comprendre à qui diable faisaient allusion les Smashing Pumpkins lorsqu'ils jasaient d'un certain David Bowie en entrevue. L'inconditionnel de Jean Leloup et de Daniel Bélanger qui écumait les salles de spectacles et qui rêvait de jumeler son propre univers francophone aux genres qui le faisaient vibrer à l'échelle internationale.

«J'ai eu une vingtaine assez extraordinaire, côté carrière. Quand je me suis inscrit, à 18 ans, au Festival de Granby, je rêvais de faire un disque. À l'époque, c'était gros, d'être «signé». J'ai eu la chance que ça arrive, j'ai fait beaucoup de tournées, des séries de spectacles au National... C'a été un feu roulant. Après, mes idéaux ont changé, je me suis demandé ce que je voulais faire au niveau de la création, à quoi j'aimerais toucher, et dans la trentaine, je me suis cherché. À mon âge, je rêvais de faire un album qui serait fort et pertinent, dans ma discographie, après toutes ces années. Il faut se donner des défis...»

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Lancement de l'album «Nos idéaux» de Dumas
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Presque un hasard

Dumas est débarqué chez le réalisateur Gus Van Go, à New York, avec son sac à dos et ses démos, sans trop d'attentes, au printemps dernier. Les deux créateurs se promettaient depuis quelques années de travailler ensemble au fil de leurs rencontres. Simon Proulx, des Trois Accords, et Guillaume Beauregard ont mis leur grain de sel à leur façon à l'affaire en spécifiant à Van Go qu'il devait à tout prix collaborer un jour avec Dumas.

À la fin de sa dernière tournée, Dumas ne savait pas trop vers quelle avenue se diriger. Il était, de son propre aveu, un peu perdu. Il accumulait de nouvelles pièces qu'il prévoyait utiliser dans un nouveau spectacle qui ne s'appuierait pas nécessairement sur un support disque, même si sa dernière galette remontait à 2014.

Mais un courriel de Gus Van Go arrivé de nulle part a allumé notre homme. Dans le studio américain de son nouvel acolyte et ses partenaires, Werner F et Chris Soper et Jesse Singer (du groupe Likeminds), une première chanson a été enregistrée en une journée. Puis une deuxième. Et une troisième. Tant et si bien que, déjà en octobre 2017, l'entreprise Nos idéaux était bouclée.

«C'est devenu un disque un peu par hasard, ce n'était pas un plan que j'avais, note Dumas. Les astres se sont alignés. Je le dis souvent, mais l'album est arrivé vraiment naturellement, tant au niveau des textes que de la manière de l'enregistrer. On dirait qu'il y avait une certaine destinée. La dernière fois que j'avais eu ce feeling, c'était en 2003, pour Le cours des jours, un album qui me ressemble, et qui est resté un des favoris, je pense, chez les fans. Ça s'est fait de la même façon pour celui-là.»

Les troupes de Gus Van Go avaient beau ne connaître que peu le bagage musical de Dumas, quand ils ont proposé les claviers aux sonorités des années 70 et 80 – le type d'appareils est inscrit dans le livret de Nos idéaux et la liste est impressionnante – et le beatbox, le principal intéressé y a immédiatement décelé une parenté avec son Cours des jours de 2003, dont les extraits J'erre, Je ne sais pas et Vol en éclats demeurent emblématiques dans bien des radios québécoises.

«C'est un peu dans mon ADN», remarque le chanteur, qui reconnaît à son récent opus une atmosphère un brin électro, mais qui insiste sur l'usage de vrais instruments. Il n'y eut aucun son artificiel ou ficelé à l'ordinateur dans la conception des rythmes de Nos idéaux.

«Mais c'est un album qui est moins «guitare» que les derniers. Dans ma trentaine, j'étais plus porté sur les guitares...», constate l'adepte des résultats festifs et dansants de LCD Soundsystem, et qui s'en est inspiré dans ses derniers projets.

Nostalgie

Aux textes, avec son vieil ami Jonathan Harnois, auteur qui donne dans le roman (Je voudrais me déposer la tête), au théâtre (Arbre sans feuille) et dans la parole (Safia Nolin, Vincent Vallières, Cowboys Fringants, David Marin, Richard Séguin, Tire le coyote, etc), un jeu de ping-pong s'est opéré pendant environ deux ans. Les deux artistes se balançaient des phrases et des idées par courriel, sans but précis. C'est ainsi que le propos général de la nouvelle collection s'est imposé avant l'élaboration des musiques, un processus que Dumas estime comme «inverse» à sa méthode habituelle.

«Jonathan trouvait ça intéressant de voir où j'étais rendu dans ma tête, dans ma vie, relate Dumas. On a accumulé plein de matériel, et la thématique de Nos idéaux est un peu née comme ça. J'avais le goût d'avoir une discussion avec la personne que j'étais à 20 ans, de revenir sur ce à quoi je rêvais et sur ce que je suis devenu, aujourd'hui, à 38 ans. Ces thèmes se sont un peu dessinés avec Jonathan, et lui a eu le talent d'appuyer ça, de mettre ça de l'avant.»

«C'était important que les textes parlent à l'auditeur de façon sincère, sans filtre. C'est le cas, et je le sens quand j'écoute l'album. Je voulais vraiment faire un disque proche de mes idéaux, justement, de la personne que je veux être, de ce que je veux exprimer, comme chanteur et communicateur, à 38 ans (rires)»

Dumas décrit-il Nos idéaux comme un album nostalgique? Le titre laisse peu de place à interprétation, mais le penseur apporte une nuance.

«Une certaine partie des chansons se déroulent dans le passé, comme Vertigo, en 2003, ou 1995. Il y a une nostalgie qui est là, pas par rapport au fait que je m'ennuie du temps passé, mais dans un clin d'œil à ces époques, pour mieux situer le présent. À l'est d'Eden est une espèce de remise en question, où je me demande si je suis au bon endroit, si j'ai fait les bons choix. Sans avoir de réponse, on se demande ce qu'on souhaite pour l'avenir. L'album commence dans un moment où je ne me sens pas nécessairement sur mon X, et c'est un peu ça : qu'est-ce que j'ai fait de mes idéaux? Le feu roulant de la vie, son intensité, nous fait bifurquer, pour plein de raisons, mais c'est important pour moi de me rappeler qui j'étais quand j'étais jeune, à quoi je rêvais. Je trouvais ça intéressant de regarder dans le rétroviseur.»

«Et je voulais aussi parler aux gens qui me suivaient à cette époque-là, rebondit Dumas dans un sursaut, comme si sa réflexion se poursuivait pendant qu'il parle. Je trouvais intéressant que les chansons aient cette discussion avec le passé. C'est pour ça qu'il y a quelques références à d'autres chansons de mon répertoire dans les textes.»

L'album Nos idéaux est disponible depuis aujourd'hui même en magasin et en ligne. Une tournée est déjà en branle et la rentrée montréalaise aura lieu du 3 au 5 mai, à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Plus de détails sur le site de Dumas.

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