DIVERTISSEMENT
23/02/2018 19:27 EST | Actualisé 23/02/2018 19:28 EST

«Amok», voyage au bout de la folie

Après 300 représentations en France, la pièce Amok débarque au Québec.

courtoisie

Quel triomphe et quelle révélation! Après 300 représentations en France, la pièce Amok, adaptation d'une célèbre nouvelle de l'Autrichien Stefan Zweig, débarque au Québec. Occasion de découvrir pour la première fois en Amérique du Nord un acteur d'exception en la présence d'Alexis Moncorgé qui porte cette production à bout de bras.

Il est le petit-fils du légendaire Jean-Gabin qu'il n'a d'ailleurs jamais connu. À défaut de l'appesantir, cet héritage semble davantage le tonifier. La preuve, seul sur scène, pendant plus d'une heure, Alexis Moncorgé se démène comme un diable, ou plutôt comme un Amok, état psychique dans lequel se réveille au cœur de la moiteur de l'Asie du Sud-Est une étrange folie meurtrière.

Le récit fantasmagorique, mis en scène par Caroline Darnay, commence dans la nuit au début du siècle dernier sur le pont d'un bateau. On y fait la connaissance d'un homme solitaire de retour en Europe après cinq années passées au bout du monde et qui décide alors de raconter son histoire à un inconnu. Le secret qu'il porte en lui est décidément trop lourd. Les révélations de cet ancien médecin annoncent le début d'un voyage dans une contrée coloniale exotique située quelque part en Malaisie aux traditions et croyances emplies de mystère.

Brulant et destructeur

Le comédien de 32 ans décoche les mots de Zweig à travers un captivant maelström d'émotions. Le public suit les confidences du narrateur. En quelques phrases et une scénographie réduite à son strict minimum, voici que prend vie la psychologie profonde des personnages. On y apprend que le jeune médecin expatrié dans la jungle malaise a vu son existence basculée le jour où sa rencontre avec une femme «blanche» déchaine en lui une passion brulante et destructrice.

Tant de détresse et de folie chez cet homme hanté par ses propres remords. Responsable d'un malheur qui le dépasse, ce pauvre gaillard débite son infortune à travers une poésie du langage submergé par le désespoir. Le monologue en crescendo d'Alexis Moncorgé incarne au maximum l'obsession d'un être fiévreux piégé par un monde corseté dont la morale implacable ne lui sera d'aucun secours. Plein de tonus, l'acteur brille par son jeu d'une inoubliable finesse. Subjuguant!

La Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu'au 25 février.