NOUVELLES
21/02/2018 15:30 EST

Tuerie de Floride: les leaders lycéens pris pour cible par la droite dure américaine

David Hogg, Emma Gonzalez: ces lycéens rescapés de la fusillade de Floride, devenus les visages du combat contre les armes aux Etats-Unis, sont désormais aussi la cible de la droite dure américaine comme de fervents défenseurs du président américain, qui affirment qu'ils sont manipulés par l'opposition démocrate.

Preuve de la polarisation du débat politique américain et du phénomène des "fake news", ces lycéens de Parkland avaient à peine pris la parole ce week-end pour dénoncer l'inaction des politiques face à la multiplication des fusillades, que les premières critiques apparaissaient sur certains sites de l'"alt-right" et les réseaux sociaux.

En première ligne, les sites extrémistes Infowars ou the Gateway Pundit, prompts à relayer les théories du complot. Le fondateur d'Infowars, Alex Jones, a qualifié de fabrication le massacre contre l'école primaire de Sandy Hook, qui a fait 26 morts en 2012.

The Gateway Pundit dénonçait notamment des lycéens "utilisés comme outils politiques par l'extrême gauche pour faire avancer sa rhétorique anti-conservatrice et anti-armes", prêts à empêcher "systématiquement" les élèves pro-Trump de s'exprimer devant les médias.

Et le site d'accuser les organisatrices de la "Marche des femmes" - qui ont annoncé soutenir la manifestation annoncée par les lycéens à Washington le 24 mars - de manipuler les élèves et de "tirer les ficelles".

David Hogg, l'un des élèves à la pointe du mouvement et journaliste en herbe, et Emma Gonzalez, qui a prononcé samedi un vibrant discours devant les caméras contre les responsables politiques américains, Donald Trump compris, étaient particulièrement visés.

Le site Infowars les accusait d'avoir été "coachés" par CNN, média honni de la droite dure, tellement bons devant les caméras qu'ils auraient été choisis pour jouer les "acteurs de crise" au service d'une cause progressiste.

David Hogg semble d'autant plus dans le collimateur que son père est un agent retraité du FBI.

La police fédérale américaine, très critiquée par Donald Trump pour enquêter sur de possibles liens de sa campagne avec la Russie, a dû s'excuser après la fusillade pour ne pas avoir réagi après que le jeune tueur, Nikolas Cruz, lui eut été signalé pour son comportement dangereux.

Une vidéo présentant David Hogg comme un acteur, postée sur YouTube par un adepte des théories conspirationnistes, était même en tête des vidéos les plus partagées sur la plateforme mercredi matin avec quelque 200.000 vues, avant d'être retirée par YouTube en fin de matinée, ont rapporté plusieurs médias américains.

Quelques conspirationnistes se manifestaient aussi sur Twitter via les mots-clé #ParklandHoax (#leCanularParkland) ou #CrisisActors, suscitant des appels immédiats à bannir leur compte.

Un autre lycéen en pointe du mouvement, Cameron Kasky, à l'origine du cri de ralliement #NeverAgain (#PlusJamais) sur Twitter, a annoncé mercredi suspendre temporairement son compte Facebook après avoir reçu des "menaces de mort" de militants de la NRA.

- Le fils du président impliqué -

Suivi par plus de 2,6 millions de personnes sur Twitter, le présentateur conservateur Bill O'Reilly, débarqué de Fox News en avril dernier après des accusations de harcèlement sexuel, a lui aussi mis en doute les motivations des lycéens.

Les médias veulent "détruire l'administration Trump par tous les moyens nécessaires. S'ils doivent utiliser des enfants pour y arriver, ils les utiliseront", accusait-il mardi.

Ces soupçons de manipulation sont remontés jusqu'à Donald Trump Junior. Le fils aîné du président, qui attaque volontiers les détracteurs de son père, a "liké" à deux reprises mardi deux tweets relayant les accusations du Gateway Pundit contre David Hogg, selon le site Trump Alert qui suit l'activité sur Twitter des membres de la famille du président.

Un élu républicain de Floride, Shawn Harrison, a de son côté confirmé mardi soir avoir renvoyé un de ses collaborateurs pour avoir relayé sur son compte Twitter les accusations contre David Hogg et Emma Gonzalez.

S'il a voté mardi, comme une majorité des élus de Floride, contre la possibilité d'interdire les fusils d'assaut, M. Harrison s'est dit "effaré" par les commentaires de ce collaborateur.

Plusieurs lycéens visés se sont montrés sidérés par ces accusations. Interrogé sur CNN, David Hogg les a jugées "incroyables" et "absolument troublantes".

"Je ne suis pas un acteur de crise, je suis quelqu'un qui a dû assister à tout cela, et qui subit tout cela", a-t-il déclaré.

cat/faa